Chômage des diplômés, une responsabilité partagée entre université, marché du travail et politiques publiques.


Rédigé par Salma Chmanti Houari le Vendredi 30 Janvier 2026

La question du chômage des diplômés continue de susciter un large débat au Maroc. Face aux critiques visant directement l’université, le ministre de l’Enseignement supérieur, Azzedine El Midaoui, a récemment rappelé que l’institution universitaire ne peut, à elle seule, être tenue responsable de l’insertion professionnelle des jeunes diplômés.

Une prise de position qui invite à repenser le problème dans sa globalité, en tenant compte des transformations du marché du travail, des choix d’orientation et du rôle des acteurs économiques.

Depuis plusieurs années, le taux de chômage des jeunes diplômés reste élevé malgré les efforts engagés pour moderniser l’enseignement supérieur. Beaucoup de jeunes sortent de l’université avec un bagage académique solide mais peinent à trouver un emploi correspondant à leur niveau de qualification. Cette situation alimente une perception négative du système universitaire, accusé de former des profils déconnectés des besoins réels du marché.



Pour El Midaoui, cette lecture est incomplète.

L’université a pour mission principale de transmettre des connaissances, de développer l’esprit critique et de former des citoyens capables de s’adapter à un monde en constante évolution.

Elle ne peut pas être réduite à une simple machine à produire des employés immédiatement opérationnels.

La responsabilité de l’employabilité repose aussi sur l’environnement économique, la capacité des entreprises à créer des postes et la dynamique globale de croissance. Le ministre souligne que le chômage des diplômés est un phénomène complexe, influencé par plusieurs facteurs structurels.

D’abord, il existe un déséquilibre entre certaines filières universitaires et les besoins du marché. Certains secteurs produisent un grand nombre de diplômés alors que la demande reste limitée.

À l’inverse, d’autres domaines peinent à recruter faute de profils suffisamment formés.

Ensuite, la transformation rapide des métiers liée à la digitalisation et à l’intelligence artificielle rend certaines compétences obsolètes plus rapidement qu’auparavant.

Les universités doivent donc constamment adapter leurs programmes, mais cette adaptation nécessite du temps, des moyens et une coordination étroite avec le monde professionnel.

El Midaoui insiste également sur le rôle de l’orientation scolaire et universitaire.

Beaucoup d’étudiants choisissent leurs filières sans réelle connaissance des débouchés professionnels. Le manque d’accompagnement dès le lycée conduit parfois à des parcours peu alignés avec les opportunités d’emploi. Selon lui, renforcer l’orientation et l’information sur les métiers est une priorité nationale.

Le problème ne concerne pas uniquement l’offre de formation, mais aussi la structure du tissu économique. Un pays peut former des milliers de diplômés chaque année, mais si la croissance économique ne génère pas suffisamment d’emplois qualifiés, le chômage persiste.

L’université ne peut compenser à elle seule les limites du marché du travail.

Dans ce contexte, le ministre plaide pour une responsabilité collective.

Les universités doivent moderniser leurs méthodes pédagogiques, intégrer davantage de stages, de projets pratiques et de partenariats avec les entreprises. Les entreprises, de leur côté, doivent s’impliquer davantage dans la formation en accueillant des stagiaires, en définissant leurs besoins en compétences et en participant à la construction des programmes.

Les pouvoirs publics ont également un rôle central à jouer. Ils doivent soutenir l’innovation, encourager l’entrepreneuriat et créer un environnement favorable à l’investissement. La création d’emplois qualifiés dépend largement de politiques économiques ambitieuses et durables.

Un autre point soulevé concerne la perception sociale du diplôme. Pendant longtemps, l’université était vue comme la voie principale vers la stabilité professionnelle. Aujourd’hui, cette équation n’est plus automatique.

Le marché valorise de plus en plus les compétences transversales comme la communication, l’adaptabilité et la maîtrise des outils numériques. Le diplôme reste important, mais il doit être accompagné d’une capacité à évoluer et à apprendre en continu.

El Midaoui rappelle aussi que l’université ne doit pas être jugée uniquement à travers le prisme de l’emploi immédiat.

Elle joue un rôle essentiel dans la recherche scientifique, la production du savoir et le développement culturel du pays. Réduire son rôle à l’insertion professionnelle serait ignorer sa mission fondamentale dans la construction d’une société éclairée. Cependant, le ministre reconnaît la nécessité de réformes.

L’université marocaine doit renforcer ses liens avec le monde économique, encourager l’innovation pédagogique et développer des formations plus flexibles.

Les cursus doivent mieux intégrer les compétences pratiques sans sacrifier la dimension théorique. La question du chômage des diplômés apparaît ainsi comme un miroir des transformations profondes de la société.

Elle révèle les tensions entre formation académique et exigences économiques, entre aspirations des jeunes et réalité du marché du travail. La solution ne peut être unique ni simpliste.

Pour El Midaoui, le défi est collectif.

Université, entreprises, État et étudiants doivent agir ensemble. L’étudiant lui-même est invité à devenir acteur de son parcours, en développant ses compétences, en multipliant les expériences et en s’adaptant aux nouvelles réalités professionnelles.

Cette vision rompt avec l’idée d’une université seule coupable et ouvre la voie à une réflexion plus équilibrée.

Le chômage des diplômés n’est pas seulement un problème éducatif, c’est un enjeu économique, social et culturel. En mettant en avant cette approche globale, le ministre appelle à dépasser les discours accusateurs pour construire des solutions durables.

La formation des jeunes et leur insertion professionnelle doivent être pensées comme un projet commun, où chaque acteur assume sa part de responsabilité.

L’avenir de l’emploi des diplômés dépendra donc de la capacité du pays à coordonner ses politiques éducatives et économiques, à anticiper les mutations du travail et à accompagner les jeunes vers des parcours professionnels plus diversifiés.

Une équation complexe, mais indispensable pour transformer le potentiel académique en véritable moteur de développement.




Vendredi 30 Janvier 2026
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