Cinéma et pouvoir : Miroir complaisant ou arme de dénonciation ?


Rédigé par le Mardi 24 Février 2026

​Dans un Maroc où l’image pèse parfois plus que le programme, un podcast ramadanesque vient remettre une question explosive sur la table : entre la caméra et le fauteuil ministériel, qui manipule qui ? La première الحلقة de « قهوة بلا زواق » (ODJ Media) orchestre une discussion nerveuse et très générationnelle : la cinéma marocaine sert-elle la politique… ou la démasque-t-elle ?



La politique joue, la cinéma encaisse : qui écrit le scénario du Maroc ?

Le décor est simple : une animatrice, deux jeunes invités — Youssef, actif associatif, proche des enjeux de diplomatie citoyenne et passionné d’art ; Adam, venu de l’événementiel et du terrain, convaincu que si tu ne pratiques pas la politique, elle sera pratiquée sur toi. Mais derrière cette simplicité, l’échange révèle une tension plus profonde : la politique est une mise en scène permanente, et le cinéma — quand il ose — est l’un des rares miroirs capables de renvoyer l’image sans filtre.

Premier point de friction : faut-il un ministre “du domaine” pour piloter la culture et le cinéma ? L’argument revient comme un refrain : on confie volontiers aux portefeuilles “soft” (jeunesse, culture, communication) des profils “médias”, parce que ces ministères fabriquent de la visibilité plus que du concret mesurable. Là où l’éducation et la santé inspirent une crainte sérieuse, la culture semble parfois traitée comme un terrain d’animation, de selfies, de séminaires et de storytelling. Pourtant, rappelle le débat, la culture n’est pas un accessoire : c’est du soft power, un levier d’influence, de cohésion, et de récit national. Autrement dit : on fait semblant de la sous-estimer… tout en la surveillant de près.

Deuxième sujet brûlant : la télévision ramadanesque. Les invités tracent une frontière nette : la cinéma, tu la choisis ; la télévision s’impose dans ton salon. Dès lors, l’exigence change : ce qui “passe” au cinéma n’est pas forcément acceptable à heure de grande écoute. Le débat ne réclame pas une censure moraliste, mais pose une question de base : où commence le respect du public ? Et surtout, pourquoi certaines productions semblent chercher la polémique comme carburant marketing, au lieu d’assumer une ambition artistique ou sociale ?

Sur la cinéma marocaine elle-même, la discussion oscille entre reconnaissance et frustration. Oui, des films ont déjà affronté la corruption, la marginalité, l’abus de pouvoir, les zones grises du social. Oui, des réalisateurs ont ouvert des brèches. Mais une suspicion persiste : la vraie audace est-elle devenue plus rare ? Est-ce la peur des “lignes rouges”, l’économie du secteur, ou le poids du financement ? Car c’est là que la politique revient par la fenêtre : quand l’argent, les autorisations, les circuits de diffusion et les soutiens institutionnels dessinent un cadre invisible… le cinéma peut finir par critiquer “ce qui ne dérange pas trop”.

En filigrane, l’épisode dit quelque chose d’essentiel sur le rapport des jeunes à la politique : moins de fidélité aux étiquettes, plus de quête de sens. L’idée n’est pas d’être “anti-partis”, mais de refuser d’être un simple décor humain. La caméra, ici, devient un test : est-ce qu’on filme pour éclairer… ou pour maquiller ?




Un ingénieur passionné par la technique, mordu de mécanique et avide d'une liberté que seuls… En savoir plus sur cet auteur
Mardi 24 Février 2026
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