Citoyenneté numérique : sans droits, pas d’économie digitale viable (9/17)

Dossier GEN Z du Manifeste du 11 Janvier 2026 : 9-Garantir les droits liés à la citoyenneté numérique, dans un environnement sûr, éthique et inclusif, respectueux de la vie privée et des règles de l’intelligence artificielle.


Rédigé par Salma Chmanti Houari le Mercredi 14 Janvier 2026

Le numérique est souvent présenté comme une opportunité naturelle pour la jeunesse marocaine. Start-up, freelancing, création de contenus, intelligence artificielle : l’imaginaire collectif associe spontanément les jeunes à cette nouvelle économie.

Mais derrière cette promesse se cache une réalité plus fragile. Sans droits clairs, sans cadre éthique et sans protection effective, l’économie digitale repose sur des bases instables.

En affirmant la citoyenneté numérique comme un droit fondamental, la Charte du 11 Janvier pour la Jeunesse aborde un enjeu économique aussi stratégique que sous-estimé.



La citoyenneté numérique ne se limite pas à l’accès à Internet ou aux outils technologiques.

Elle concerne la maîtrise des données personnelles, la protection de la vie privée, la sécurité en ligne, mais aussi la compréhension des règles qui gouvernent les plateformes, les algorithmes et l’intelligence artificielle.

Autrement dit, elle conditionne la capacité des jeunes à participer pleinement et équitablement à l’économie numérique. Du point de vue économique, l’absence de droits numériques clairs fragilise toute la chaîne de valeur.

Les jeunes freelances, créateurs ou travailleurs des plateformes évoluent souvent sans statut précis, exposés à l’arbitraire algorithmique, aux abus contractuels et à une forte volatilité des revenus.

Cette précarité numérique limite l’investissement dans les compétences, décourage la spécialisation et freine la montée en gamme de l’offre marocaine.

À l’échelle macroéconomique, un écosystème digital non régulé inspire peu de confiance. Les investisseurs, les entreprises internationales et même les talents hésitent à s’engager durablement dans un environnement où la protection des données, la cybersécurité et l’éthique de l’IA sont floues.

La compétitivité numérique d’un pays repose autant sur ses infrastructures que sur la solidité de son cadre de droits.

La jeunesse marocaine est pourtant déjà au cœur de cette économie.

Elle produit des contenus, développe des applications, gère des communautés, alimente des plateformes mondiales. Mais cette participation se fait souvent sans pouvoir réel.

Les règles sont fixées ailleurs, les données exploitées ailleurs, la valeur captée ailleurs. Sans citoyenneté numérique, le risque est de transformer une génération connectée en simple réservoir de main-d’œuvre digitale à bas coût.

La Charte insiste sur un environnement sûr, éthique et inclusif, respectueux de la vie privée et des règles de l’intelligence artificielle. Ce point est crucial. L’IA redéfinit les métiers, automatise des tâches, influence les décisions.

Sans cadre clair, elle peut accentuer les inégalités, reproduire des biais et fragiliser les parcours professionnels des jeunes.

Avec des règles adaptées, elle devient au contraire un levier de productivité et d’innovation. Il y a aussi un enjeu de souveraineté économique. Les données sont aujourd’hui une ressource stratégique.

Former des jeunes conscients de leurs droits numériques, capables de protéger et de valoriser leurs données, c’est renforcer la capacité du pays à négocier sa place dans l’économie mondiale.

À l’inverse, une jeunesse désinformée devient vulnérable à l’exploitation et à la dépendance technologique.

Sur le plan social, la citoyenneté numérique contribue à réduire les fractures.

Un accès équitable aux droits en ligne limite les abus, protège les plus vulnérables et favorise une participation plus équilibrée des femmes et des jeunes issus des territoires éloignés. L’inclusion numérique n’est donc pas seulement une question d’accès, mais de pouvoir.

La Charte du 11 Janvier esquisse ainsi une vision exigeante : faire du numérique un espace de droits avant d’en faire un espace de profit. Cette approche peut sembler contraignante à court terme, mais elle est économiquement rationnelle.

Les économies digitales les plus solides sont celles qui ont su bâtir la confiance, condition indispensable de la création de valeur durable.

À l’horizon 2040, le numérique sera omniprésent dans l’économie marocaine. La question n’est plus de savoir si les jeunes y participeront, mais dans quelles conditions. Sans citoyenneté numérique, l’économie digitale restera fragile et inégalitaire.

Avec elle, la jeunesse peut devenir non seulement consommatrice, mais coproductrice de valeur et de souveraineté.




Mercredi 14 Janvier 2026
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