La confiance n’est jamais un concept abstrait lorsqu’il s’agit d’investir. Avant de s’implanter dans un pays, les entreprises, notamment les multinationales, passent au crible une série de paramètres décisifs : coûts, risques juridiques, stabilité institutionnelle, fiscalité, efficacité administrative. Cette grille de lecture, méthodique et souvent impitoyable, conditionne le niveau d’engagement et la durée de présence sur un territoire. Dans ce jeu d’équilibre, la transparence économique et la fiabilité des institutions pèsent autant que les incitations financières.
C’est précisément sur ces dimensions que le Maroc est aujourd’hui évalué par la Banque mondiale. Dans son rapport Business Ready 2025, qui couvre 101 pays, l’institution attribue au Royaume un score global de 63,44/100. Un résultat qui place le Maroc au deuxième rang en Afrique, derrière le Rwanda, et au deuxième rang dans le monde arabe, derrière Bahreïn. La performance dépasse les moyennes régionale et mondiale, confirmant une trajectoire globalement positive.
Le détail des indicateurs éclaire cependant les forces et les fragilités du modèle. Le pilier du cadre réglementaire obtient 70,06/100, traduisant des avancées notables en matière de droit des affaires et de sécurité juridique. Les services publics, évalués à 64,55/100, bénéficient des efforts de modernisation et de digitalisation engagés ces dernières années, notamment via les Centres régionaux d’investissement, désormais érigés en établissements publics. En revanche, l’efficacité opérationnelle, qui mesure la mise en œuvre concrète des règles, plafonne à 55,71/100, tirant le classement vers le bas et révélant un décalage persistant entre la norme et la pratique.
Ce contraste n’est pas nouveau. Depuis les années 1990, le Maroc a multiplié les réformes structurelles : adoption d’un Code de commerce modernisé, refonte du système financier, encouragement de l’investissement privé, création de juridictions commerciales spécialisées. Ces chantiers ont amélioré l’environnement formel des affaires. Mais sur le terrain, les entrepreneurs continuent de composer avec des délais administratifs, des interprétations variables des textes et une application parfois inégale des décisions judiciaires, malgré les avancées liées à la digitalisation.
La transparence économique ne se limite toutefois pas aux procédures. Elle renvoie aussi à la qualité de la gouvernance et à l’intégrité des acteurs. Or, certaines zones grises demeurent. L’absence de qualification explicite du conflit d’intérêts comme infraction pénale ou les limites encadrant les alertes issues de la société civile et des médias indépendants nourrissent un débat récurrent. Les rapports de la Banque mondiale offrent une photographie utile, mais partielle. D’autres évaluations internationales, notamment celles des agences onusiennes, insistent sur l’articulation entre croissance, droits humains et qualité du capital humain.
Dans cette perspective, l’éducation, la formation, la recherche et l’innovation deviennent des indicateurs aussi déterminants que les classements économiques. La récente adoption d’une loi organique sur le droit de grève, longtemps attendue, illustre cette dynamique complexe : un progrès institutionnel salué, mais encore discuté par les partenaires sociaux quant à ses effets concrets.
Au fond, l’intégrité s’impose comme le socle invisible de toute économie performante. Bien avant les tableaux de chiffres, elle conditionne la confiance, stimule l’innovation et protège l’initiative privée des dérives qui finissent toujours par coûter cher. Comme le rappelait déjà Schumpeter, entreprendre, c’est transformer. Encore faut-il que cette transformation repose sur des règles claires, appliquées équitablement, et sur une éthique partagée.
Avec ses 63,44/100, le Maroc envoie un signal encourageant aux investisseurs et confirme une trajectoire réformatrice crédible. Mais l’enjeu décisif reste devant lui : transformer la reconnaissance internationale en expérience réelle pour les entreprises et les citoyens. C’est dans l’écart entre la loi écrite et la pratique quotidienne que se jouera, durablement, l’attractivité économique du Royaume.