Combien de mégawatts le Maroc doit-il mettre dans son « autoroute du calcul » ?


Rédigé par La rédaction le Dimanche 6 Septembre 2026



L’intelligence artificielle vient de changer d’unité de mesure. Après les milliards de paramètres et les millions de GPU, voici les gigawatts. En Inde, TCS et ses partenaires préparent à Hyderabad un campus de data centers consacré à l’IA pouvant atteindre 1 GW, pour un investissement allant jusqu’à 7,4 milliards de dollars.

Pour le Maroc, une question devient urgente : de quelle puissance de calcul voulons-nous réellement disposer en 2030 ? Un gigawatt.

Le chiffre semble abstrait lorsqu’il s’agit d’informatique. Il l’est beaucoup moins lorsqu’on réalise qu’il correspond à l’ordre de grandeur de la puissance d’une grande centrale électrique.

C’est pourtant la capacité que la filiale HyperVault de Tata Consultancy Services veut développer à Hyderabad.

Le groupe a sécurisé 264 acres de terrain pour construire progressivement un immense campus destiné aux hyperscalers et aux entreprises développant les modèles d’intelligence artificielle les plus exigeants.

L’investissement de TCS et de ses partenaires pourrait atteindre 700 milliards de roupies, soit environ 7,4 milliards de dollars.

L’IA devient une infrastructure lourde

Nous continuons parfois à parler de l’intelligence artificielle comme d’un logiciel. C’est de moins en moins exact.

Pour entraîner et exploiter les modèles, il faut des GPU par dizaines de milliers, des bâtiments, des transformateurs, des kilomètres de fibre, des systèmes de refroidissement et énormément d’électricité.

Le projet indien prévoit justement du calcul haute densité et du refroidissement liquide. TCS met également en avant le recours aux énergies renouvelables.

L’IA ressemble donc progressivement à une nouvelle industrie lourde.

Et combien pour le Maroc ? L’ODJ posait récemment la question d’une « autoroute nationale du calcul IA »

Hyderabad permet maintenant de pousser le raisonnement.

Le Maroc doit-il viser 50 MW de capacités spécialisées ? 100 MW ? 500 MW à terme ?

La réponse ne peut pas être improvisée. Il faudrait d’abord mesurer la puissance déjà disponible dans les data centers marocains, celle réellement accessible aux universités et startups, puis estimer les besoins à cinq et dix ans.

L’électricité… et l’eau

Le Maroc possède des cartes intéressantes : renouvelables, proximité de l’Europe, câbles sous-marins, stabilité des infrastructures et ambitions numériques.

Mais accueillir massivement du calcul IA pose aussi une question que nous ne pouvons éviter dans un pays confronté au stress hydrique.

Comment refroidir ces infrastructures ?
Avec quelle eau ?
Avec quelle énergie ?
Et à quel prix ?

Construire une souveraineté numérique sans stratégie énergétique serait une contradiction.

Après les autoroutes, les ports et les centrales électriques, la puissance de calcul devient donc une infrastructure nationale.

L’Inde commence à la mesurer en gigawatts.

Le Maroc devrait peut-être commencer, lui, par savoir précisément combien de mégawatts de calcul il possède — avant de décider combien il lui en faudra demain.




Dimanche 6 Septembre 2026
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