Comment expliquer à un enfant marocain né en 2026 que Sebta et Melilia sont des terres espagnoles


De prime à bord la question oblige à distinguer une réalité juridique actuelle, une revendication nationale et une réalité géopolitique.



Anwar CHERKAOUI - Acteur Associatif

Il serait surtout important, lorsqu’un enfant marocain sera en âge de comprendre, de ne pas lui transmettre seulement une formule nationaliste, mais de lui apprendre à distinguer les faits, l’histoire et les positions des États.

Aujourd’hui, en août 2026, la situation est paradoxale : Sebta  et Melilla sont administrées par l’Espagne, considérées par l’Espagne comme des villes espagnoles et intégrées à son système politique et à l’espace européen.

Le Maroc conteste à juste titre cette souveraineté et considère ces territoires comme faisant partie de son intégrité territoriale. 

Seulement, qu’il n’existe pas, à ce jour, de décision internationale ayant transféré leur souveraineté au Maroc. 

Comment expliquer cette situation à un enfant marocain ?

On pourrait lui dire simplement :
« Tu es né au Maroc. Quand tu grandiras, tu découvriras que ton pays est un territoire avec des frontières, une histoire et une mémoire. 
Sur les terres marocaines se trouvent deux villes, Sebta et Melilla. Aujourd’hui, elles sont administrées par l’Espagne. 

Pour y entrer, tu dois donc respecter les règles espagnoles et présenter les documents nécessaires, notamment ton passeport.

Mais le Maroc considère que ces deux villes appartiennent historiquement et géographiquement à son espace national et qu'elles devraient revenir à la souveraineté marocaine.

C’est donc une situation particulière : la réalité du pouvoir appartient aujourd’hui à l’Espagne, tandis que la revendication territoriale appartient au Maroc.

Tu peux aimer ton pays et souhaiter qu’un jour cette question soit résolue, sans pour autant détester les Espagnols qui vivent à Sebta ou Melilla. 

Les habitants de ces villes ne sont pas responsables de l’histoire qui les a placées dans cette situation. »
Cette explication a l’avantage de ne pas mentir à l’enfant.

Le paradoxe du passeport

C’est probablement le point le plus pédagogique.

Un enfant marocain peut regarder la carte et constater que Sebta et Melilla se trouvent sur la côte nord-africaine dans le territoire marocain.

Pourtant, lorsqu'il veut s'y rendre, il rencontre une frontière, des contrôles et les règles d'entrée d'un État étranger.

C'est là que la géopolitique devient concrète.

Le passeport ne dit pas nécessairement : « cette terre appartient historiquement à celui qui contrôle la frontière ».

Il signifie quelque chose de plus précis : « lorsque tu entres dans cet espace, tu entres dans une zone placée aujourd'hui sous l'autorité d'un autre État ».

C'est exactement ce qui se passe aujourd'hui.

L'Espagne exerce effectivement l'autorité administrative, politique et sécuritaire sur Sebta et Melilla. 
Elles disposent du statut de villes autonomes espagnoles et bénéficient d'un régime particulier dans l'espace Schengen. 

Mais pourquoi le Maroc continue-t-il à les revendiquer ?

C'est ici que la dimension historique et nationale intervient.

Pour le Maroc, la question ne se limite pas à quelques kilomètres carrés. 
Elle touche à l'intégrité territoriale et à la mémoire historique du pays.

La logique marocaine peut être résumée ainsi : pourquoi des territoires situés sur la côte africaine, géographiquement enchâssés dans l'espace marocain, devraient-ils continuer à relever d'une puissance européenne ?

C'est une question de géographie, d'histoire et de souveraineté.

Mais l'argument espagnol est autre  : Madrid considère que Sebta et Melilla font partie intégrante de l'Espagne depuis plusieurs siècles et refuse donc de les considérer comme des colonies devant faire l'objet d'une décolonisation.

L'Espagne rejette actuellement toute négociation sur leur souveraineté.

C'est précisément cette divergence qui explique le paradoxe.

Une question de géographie stratégique

Il faut aussi expliquer à l'enfant que les frontières ne sont jamais seulement dessinées sur une carte.

Sebta et Melilla ont une valeur stratégique considérable.

Elles se trouvent au voisinage immédiat du détroit de Gibraltar, l'un des passages maritimes les plus importants de la planète. 

Elles donnent à l'Espagne une présence territoriale permanente en Afrique du Nord et constituent également des points sensibles pour le contrôle des migrations, du trafic maritime et de la sécurité méditerranéenne.

La crise migratoire de juillet-août 2026 vient d'ailleurs de rappeler brutalement cette importance stratégique : les événements de Sebta  ont impliqué directement le Maroc, l'Espagne et l'Union européenne et ont provoqué un important renforcement sécuritaire de part et d'autre de la frontière. 

Autrement dit, Sebta et Melilla sont petites par leur superficie, mais grandes par leur valeur géopolitique.

 La logique nationaliste : revendiquer sans haïr

Il y a cependant une distinction fondamentale à enseigner à l'enfant.

Le nationalisme territorial n'a pas besoin de devenir une hostilité envers un peuple.

Si légitimement, Sebta et Melilla devraient un jour relever de la souveraineté marocaine sans que pour cela considérer l'Espagnol comme un ennemi.

C'est même probablement la manière la plus intelligente de transmettre une revendication nationale aux générations futures.

Un enfant devrait pouvoir comprendre :
« Je revendique un territoire, mais je ne rejette pas les hommes qui y vivent. »

Cette distinction est essentielle dans un monde où les conflits territoriaux peuvent rapidement se transformer en conflits identitaires.

Le temps long de la géopolitique

Il faut enfin lui apprendre une autre vérité : les frontières internationales ne sont pas éternelles.

Certaines ont changé par la guerre, d'autres par des traités, d'autres encore par des négociations pacifiques.

Des territoires considérés comme définitivement rattachés à un État ont parfois changé de statut plusieurs décennies ou siècles plus tard.

Mais personne ne peut savoir aujourd'hui ce que sera la situation de Sebta  et Melilla dans les quelques années à venir. 

C'est pourquoi il serait intellectuellement plus honnête de dire à cet enfant :
« Aujourd'hui, tu as besoin d'un passeport marocain pour entrer dans deux villes que ton pays considère comme faisant partie de son intégrité territoriale".

L'Espagne, elle, considère ces villes comme espagnoles. 

Cette contradiction est une réalité géopolitique de notre époque. 

Ton devoir n'est pas de haïr ceux qui y vivent.
Ton devoir est de connaître ton histoire, de comprendre les arguments des deux côtés et de souhaiter que les générations présentes et futures puissent résoudre cette question par le droit, la diplomatie et la paix.


Lundi 24 Aout 2026

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