Consommation au Maroc : cinq régions captent74,4 % des dépenses des ménages

Où sont les consommateurs marocains ? Quand la carte de la consommation raconte un autre Maroc


Rédigé par La rédaction le Mardi 14 Juillet 2026

Le dernier rapport régional du Haut-Commissariat au Plan (HCP) ne se contente pas d'aligner des chiffres. Il dessine une véritable géographie économique du Royaume. Une géographie où la consommation, moteur essentiel de la croissance, se concentre toujours davantage autour de quelques grands pôles urbains. Cette photographie soulève une interrogation qui dépasse les statistiques : le Maroc avance-t-il à plusieurs vitesses, ou assiste-t-on simplement aux effets naturels du développement économique ?



HCP : la consommation des ménages confirme le poids des grandes régions

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. En 2024, les dépenses de consommation finale des ménages ont atteint 944,1 milliards de dirhams. Une somme considérable qui traduit le dynamisme de la demande intérieure, traditionnellement l'un des principaux moteurs de l'économie marocaine.

Mais derrière cette progression globale apparaît une réalité beaucoup moins homogène.

Selon le HCP, cinq régions concentrent à elles seules 74,4 % des dépenses nationales. Casablanca-Settat domine largement avec 25,3 %, suivie de Rabat-Salé-Kénitra (14,8 %), Tanger-Tétouan-Al Hoceima (11,6 %), Fès-Meknès (11,4 %) et Marrakech-Safi (11,3 %).

Autrement dit, les sept autres régions du Royaume doivent se partager un peu plus du quart de la consommation nationale. Certaines restent même très éloignées des grands centres économiques, comme Dakhla-Oued Eddahab qui ne représente que 0,8 % des dépenses nationales.

À première vue, cette concentration peut surprendre. Pourtant, elle reflète aussi une réalité démographique et économique connue : les grandes métropoles attirent les entreprises, les emplois, les investissements et, naturellement, les consommateurs.

Pouvoir d'achat et disparités : faut-il s'inquiéter ? C'est ici que le débat devient plus complexe.

Les données du HCP montrent que l'écart absolu moyen entre les dépenses des régions est passé de 48,5 milliards de dirhams en 2023 à 51,5 milliards en 2024.

Le constat est clair : les différences territoriales continuent de s'accentuer.

Faut-il y voir un signal d'alarme ? Oui... mais pas uniquement.

On peut considérer que cette évolution traduit une concentration persistante de la richesse, des investissements privés et des opportunités économiques dans les grands bassins urbains. Lorsqu'une région concentre les sièges sociaux, les universités, les zones industrielles, les infrastructures logistiques et une grande partie des emplois qualifiés, elle attire mécaniquement davantage de revenus... et donc davantage de consommation.

Le risque est connu. À terme, certains territoires peuvent entrer dans un cercle moins favorable : moins d'activité économique, moins de pouvoir d'achat, moins d'investissements commerciaux et davantage de difficultés à retenir leurs jeunes talents.

Mais il existe aussi une autre lecture : Le développement économique n'a jamais été parfaitement uniforme dans aucun pays. Les grandes métropoles jouent souvent un rôle de locomotive. Casablanca, Rabat ou Tanger irriguent une partie importante de l'économie nationale, créent des emplois, génèrent des recettes fiscales et alimentent de nombreuses chaînes de valeur qui bénéficient indirectement à d'autres territoires.

Autrement dit, la concentration n'est pas nécessairement un échec. Elle devient problématique uniquement lorsqu'elle cesse de produire un effet d'entraînement.

​Consommation, développement territorial et économie : le véritable défi

Les dépenses par habitant apportent un éclairage supplémentaire. La moyenne nationale atteint 25.664 dirhams par habitant.

Six régions dépassent cette moyenne : Dakhla-Oued Eddahab (34.515 DH), Casablanca-Settat (31.173 DH), l'Oriental (27.805 DH), Rabat-Salé-Kénitra (27.250 DH), Tanger-Tétouan-Al Hoceima (27.210 DH) et Laâyoune-Sakia El Hamra (25.696 DH).

Là encore, ces chiffres doivent être interprétés avec prudence.

Des dépenses plus élevées ne signifient pas automatiquement que tous les habitants disposent d'un meilleur niveau de vie. Elles traduisent une moyenne qui peut masquer d'importantes différences sociales à l'intérieur même des régions. Casablanca, par exemple, concentre autant des quartiers où la consommation est très élevée que des zones où les contraintes budgétaires restent fortes.

Le HCP relève également que l'écart moyen des dépenses par habitant est passé de 3.423 dirhams à 3.609 dirhams entre 2023 et 2024. Une évolution qui confirme le creusement progressif des écarts territoriaux.

Cette tendance interroge les politiques publiques.

Les grands projets d'infrastructures, les zones industrielles, les ports, les investissements dans les énergies renouvelables ou encore la régionalisation avancée ont précisément pour ambition de mieux répartir la création de richesse sur l'ensemble du territoire.

Les effets existent déjà dans plusieurs régions. Mais ils demandent du temps. L'histoire économique montre que les transformations territoriales s'inscrivent rarement dans le court terme.

Reste une question que beaucoup de Marocains se posent, parfois sans même regarder les statistiques : où sont passés les consommateurs ?

La réponse est finalement simple. Ils sont là où se trouvent les emplois, les revenus, les services, les universités, les transports et les entreprises. Autrement dit, la consommation suit l'activité économique bien plus qu'elle ne la précède.

Le véritable enjeu pour les prochaines années ne sera donc pas de déplacer artificiellement les consommateurs d'une région à une autre. Il sera de créer davantage de consommateurs partout au Maroc, grâce à une croissance plus inclusive, à des investissements mieux répartis et à une montée en gamme des économies régionales.

Car une économie solide ne se mesure pas uniquement au volume de consommation qu'elle génère. Elle se juge aussi à sa capacité à offrir aux citoyens, quel que soit leur territoire, les moyens de participer pleinement à cette dynamique. C'est probablement sur ce terrain que se jouera la prochaine étape du développement économique marocain.




Mardi 14 Juillet 2026
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