Constipation chronique : quand le “deuxième cerveau” pourrait être impliqué


Une revue scientifique publiée en juillet 2026 explore le lien possible entre microbiote intestinal, immunité, barrière intestinale et système nerveux entérique dans certaines formes de constipation chronique résistante.



Pour des millions de personnes, la constipation ne se résume pas à un simple ralentissement passager du transit. Elle peut devenir une gêne durable, marquée par des selles dures, des efforts douloureux, une sensation d’évacuation incomplète, des ballonnements persistants et un impact réel sur le sommeil, le travail et la vie sociale.

Les premières recommandations consistent souvent à augmenter les apports en fibres, boire davantage d’eau et bouger plus régulièrement. Ces mesures permettent d’améliorer de nombreux cas. Mais chez certains patients, les symptômes persistent malgré les changements alimentaires et l’utilisation de différents laxatifs.

Une revue scientifique publiée en juillet 2026 dans la revue Frontiers in Immunology propose une lecture plus large du problème. Selon les auteurs, certaines formes de constipation, notamment la constipation à transit lent et résistante aux traitements, pourraient être liées à un déséquilibre complexe entre le microbiote intestinal, la barrière de l’intestin, le système immunitaire et le système nerveux entérique, souvent surnommé le “deuxième cerveau”.

Quand parle-t-on de constipation chronique ?

La constipation ne se définit pas uniquement par la fréquence des selles. Elle peut correspondre à moins de trois selles par semaine, à des selles dures et sèches, à un effort important lors de l’évacuation ou encore à la sensation que l’intestin ne s’est pas complètement vidé.

Il existe aussi plusieurs formes de constipation. Certaines personnes présentent un transit normal mais ressentent malgré tout une gêne importante. D’autres souffrent d’une constipation à transit lent, où les déchets progressent trop lentement dans le côlon. Enfin, certains troubles sont liés à une mauvaise coordination des muscles du plancher pelvien et de l’anus au moment de l’évacuation.

Cette diversité explique pourquoi un traitement efficace chez un patient peut être insuffisant chez un autre. Alors que certains répondent aux fibres ou aux laxatifs, d’autres nécessitent des examens plus précis de la motricité du côlon ou une prise en charge spécialisée des muscles du plancher pelvien.

Le rôle du “deuxième cerveau”

Le système nerveux entérique est un vaste réseau de neurones et de cellules de soutien présent dans la paroi du tube digestif. Il contrôle une grande partie des fonctions intestinales, notamment les contractions qui font avancer les aliments et les selles, les sécrétions digestives, la circulation sanguine locale et les échanges avec les cellules immunitaires.

Ce système peut fonctionner de manière largement autonome, tout en restant en communication permanente avec le cerveau via les nerfs, les hormones et l’immunité. C’est cette autonomie relative qui lui vaut le surnom de **“deuxième cerveau”**.

Chez certains patients atteints de constipation sévère à transit lent, des études ont observé des modifications des nerfs intestinaux ainsi qu’une diminution des cellules interstitielles de Cajal, qui jouent un rôle clé dans la coordination des ondes électriques et des contractions musculaires du côlon. Reste toutefois à savoir si ces anomalies sont à l’origine de la constipation ou si elles apparaissent après des années de ralentissement du transit.

Un modèle en quatre étapes

Les chercheurs proposent un modèle appelé “déclencheur – porte – centre – effecteur”. Il ne s’agit pas d’un mécanisme définitivement prouvé chez l’être humain, mais d’un cadre théorique destiné à organiser les données scientifiques disponibles.

1. Le déclencheur : un microbiote déséquilibré

La première étape concernerait un changement dans la composition du microbiote intestinal ou dans les substances produites par les bactéries. L’alimentation, certains médicaments ou le mode de vie pourraient modifier la production d’acides gras à chaîne courte, d’acides biliaires, de dérivés du tryptophane ou de molécules inflammatoires.

Parmi les éléments étudiés figure notamment le méthane, un gaz associé dans certaines recherches à un ralentissement du transit intestinal. Les acides gras à chaîne courte, produits lors de la fermentation des fibres par les bactéries, pourraient également influencer la motricité intestinale et la santé de la muqueuse.

Cependant, les chercheurs n’ont pas identifié de signature microbienne unique commune à tous les patients constipés. Les données actuelles montrent surtout des associations, sans prouver de lien direct de cause à effet.

2. La porte : la barrière intestinale

La muqueuse intestinale joue le rôle de filtre. Elle permet l’absorption des nutriments tout en limitant le passage des microbes et de substances potentiellement nocives vers les tissus profonds.

La revue suggère qu’un affaiblissement de cette barrière pourrait, chez certains patients, laisser passer des signaux microbiens ou inflammatoires capables d’atteindre les cellules immunitaires et les nerfs situés à proximité.

Mais les auteurs appellent à la prudence. Le concept d’“intestin perméable” ne doit pas être considéré comme une cause certaine et isolée de la constipation. Il pourrait plutôt représenter un terrain favorisant l’amplification d’un trouble déjà existant.

3. Le centre : la rencontre entre immunité et nerfs

Dans la paroi intestinale, les cellules immunitaires, les cellules gliales entériques et les neurones sont en contact étroit. Elles communiquent en permanence au moyen de signaux chimiques.

Les cellules immunitaires peuvent libérer des substances comme l’histamine ou des cytokines, susceptibles d’influencer les nerfs et les muscles intestinaux. Les cellules gliales, quant à elles, participent à la protection des neurones et à la régulation de l’inflammation.

Selon l’hypothèse des chercheurs, un dérèglement de cette zone pourrait transformer des signaux venus du microbiote en stress immunitaire et nerveux, affectant progressivement la motricité du côlon. Néanmoins, une grande partie des preuves disponibles provient encore de modèles animaux ou d’autres maladies digestives, et non d’études directes sur des patients constipés.

4. L’effecteur : le ralentissement de la motricité du côlon

Si les signaux anormaux persistent, ils pourraient contribuer à des altérations des nerfs entériques, des cellules de Cajal et des muscles lisses. Le côlon perdrait alors une partie de sa capacité à produire des contractions régulières et efficaces pour faire avancer les selles.

Des études sur des tissus humains ont effectivement montré une diminution des cellules de Cajal et des modifications nerveuses dans certaines formes sévères de constipation à transit lent. Mais la chaîne complète, allant du déséquilibre bactérien jusqu’à l’échec de la motricité intestinale, n’a pas encore été démontrée.

 Pas encore un nouveau traitement

Cette revue scientifique ne présente pas un nouveau traitement et ne prouve pas qu’une bactérie précise soit responsable de la constipation. Elle ne démontre pas non plus que la correction du microbiote puisse restaurer les nerfs intestinaux ou les cellules de Cajal.

Les auteurs reconnaissent que le niveau global de preuve reste modéré. Les connaissances actuelles reposent largement sur des études observationnelles chez l’humain, ainsi que sur des travaux menés en laboratoire ou chez l’animal.

Le modèle proposé doit donc être vu comme une piste de recherche, et non comme une explication universelle applicable à toutes les personnes souffrant de constipation chronique.

Les probiotiques peuvent-ils aider ?

Certains probiotiques et prébiotiques ont montré des bénéfices modestes dans quelques études, notamment sur la fréquence des selles ou leur consistance. Mais les résultats varient selon les souches utilisées, les doses, la durée du traitement et le type de constipation.

À ce jour, aucune preuve solide ne montre que ces produits réparent le système nerveux entérique ou restaurent les cellules de Cajal chez l’être humain. De même, la transplantation de microbiote fécal, les traitements ciblant l’immunité ou les cellules gliales restent encore du domaine de la recherche et ne constituent pas des traitements courants de la constipation.

Identifier le type de constipation reste essentiel

La prise en charge commence généralement par des mesures simples : augmenter progressivement les fibres, boire suffisamment, pratiquer une activité physique régulière et ne pas ignorer l’envie d’aller à la selle. Chez l’adulte, les besoins en fibres se situent généralement entre 22 et 34 grammes par jour, selon l’âge et le sexe.

Les recommandations américaines soutiennent fortement l’utilisation du polyéthylène glycol dans la constipation chronique idiopathique. Si les traitements disponibles sans ordonnance ne suffisent pas, un médecin peut prescrire d’autres médicaments, comme le linaclotide, le plécanatide ou le prucalopride.

En revanche, lorsque la constipation est liée à un trouble de l’évacuation ou à une mauvaise coordination des muscles du plancher pelvien, les laxatifs seuls sont souvent insuffisants. Dans ces cas, le biofeedback et la rééducation musculaire peuvent être plus adaptés, après confirmation du diagnostic.

Pour les formes résistantes, le médecin peut demander des examens comme la mesure du temps de transit colique, la manométrie ano-rectale ou une exploration du plancher pelvien. Ces tests permettent d’éviter de multiplier les laxatifs au hasard sans comprendre la cause du problème.

Les signes qui doivent alerter

Une consultation médicale est nécessaire si la constipation ne s’améliore pas malgré les mesures de base, si elle apparaît brutalement et persiste, ou s’il existe des antécédents familiaux de cancer colorectal.

Certains symptômes imposent une évaluation rapide : saignement rectal, présence de sang dans les selles, douleur abdominale persistante, vomissements, fièvre, perte de poids inexpliquée ou impossibilité d’émettre des gaz.

Le message principal de cette revue n’est donc pas que toute constipation serait due à un dysfonctionnement du “deuxième cerveau”. Elle rappelle plutôt que la constipation chronique regroupe des troubles différents. Mieux comprendre les liens entre bactéries intestinales, immunité et système nerveux pourrait, à l’avenir, permettre de proposer des traitements plus personnalisés et plus efficaces.

Mercredi 29 Juillet 2026



Rédigé par le Mercredi 29 Juillet 2026
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