Contrôle financier : les EEP entrent dans l’ère numérique


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Mardi 10 Février 2026

Dans un contexte où l’efficacité et la transparence du secteur public sont scrutées de près, le Maroc franchit une étape majeure dans la réforme des Établissements et Entreprises Publics (EEP). Grâce à un projet ambitieux de digitalisation, l’État entend moderniser le contrôle financier, renforcer la gouvernance et instaurer un pilotage par la performance pour ses 267 EEP.



La Direction des Entreprises Publiques et de la Privatisation (DEPP) du ministère de l’Économie et des Finances s’apprête à déployer un système d’information intégré, destiné à transformer profondément le contrôle des EEP. Ce chantier s’inscrit dans le cadre des lois récentes sur la simplification des procédures administratives (Loi n° 55-19) et la réforme des EEP (Loi-cadre n° 50-21). Ces textes redéfinissent les priorités : un contrôle recentré sur la performance, la qualité de la gouvernance et la prévention des risques financiers.
 

À fin septembre 2025, le portefeuille public marocain comptait 267 EEP — dont 217 établissements publics et 50 sociétés anonymes à participation directe du Trésor — répartis sur tout le territoire. Les missions de contrôle actuelles sont assurées par plusieurs acteurs institutionnels : contrôleurs d’État, commissaires du gouvernement, trésoriers payeurs et agents comptables, conformément à la Loi n° 69-00. Ces contrôles couvrent la régularité des dépenses et des recettes, l’évaluation des systèmes d’information, de la gestion interne et de la performance économique et financière des EEP.
 

Cependant, face à la complexité croissante du portefeuille public, la DEPP a initié depuis plusieurs années la construction d’un système d’information métier structuré, reposant sur deux plateformes principales : MASSAR pour la centralisation des données économiques, financières et sociales des EEP, et AD@E, dédié à la gestion des paiements via les paieries et agences comptables. Ces outils permettent déjà la fédération des données, la génération de tableaux de bord et l’échange automatisé de données avec les systèmes partenaires.
 

Pour les acteurs de terrain, cette évolution est un vrai soulagement. « Avant, chaque contrôle ressemblait à un puzzle dont il manquait une pièce », confie un agent de la DEPP. Aujourd’hui, l’objectif est de centraliser l’information financière, d’évaluer les performances, de détecter les risques et de faciliter la décision publique grâce à une lecture globale et en temps réel.
 

Ce nouveau projet vise à consolider le socle numérique existant pour permettre un contrôle basé sur la performance et non plus seulement sur la régularité administrative. Les modules MASSAR et AD@E seront interconnectés pour offrir une vision complète du cycle de la dépense et de la recette, couvrant engagements, paiements, recouvrements, marchés, contrats et conventions.
 

Cette transformation n’est pas uniquement technique. Elle impose un changement culturel dans la gestion des EEP, passant d’un contrôle administratif traditionnel à un modèle orienté données, performance et redevabilité. La digitalisation devient ainsi un levier stratégique pour renforcer l’efficacité du secteur public, optimiser les ressources de l’État et renforcer la confiance des citoyens et des partenaires économiques.
 

Dans un contexte économique où les dépenses publiques et les attentes sociales sont scrutées de près, cette réforme apparaît comme un tournant décisif. Elle prépare le terrain pour une gestion plus moderne, plus transparente et plus proche des réalités du terrain, tout en consolidant la compétitivité des EEP et leur contribution au développement national.
 

Avec ce chantier, le Maroc montre que la digitalisation et la performance peuvent transformer la gouvernance publique. En intégrant innovation, contrôle financier et pilotage stratégique, l’État trace une voie claire vers un secteur public plus efficace, responsable et connecté aux besoins des générations montantes.





Mardi 10 Février 2026
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