Cour des Comptes : Du gendarme au stratège


Rédigé par le Lundi 19 Janvier 2026



C'est le "gardien du temple" de la nouvelle gouvernance. La Cour des Comptes a opéré une mutation spectaculaire. Historiquement cantonnée à la vérification de la régularité des comptes, elle est devenue, grâce à la Constitution de 2011, l'évaluateur en chef des politiques publiques. Une montée en puissance qui dérange autant qu'elle assainit.

Au-delà des chiffres : Quand les magistrats jugent l'opportunité

Pendant longtemps, la crainte du gestionnaire public était simple : "Ai-je respecté la procédure ?". Si la réponse était oui, la Cour des Comptes n'avait rien à dire, même si le projet était un échec total sur le plan de l'utilité publique. L'argent pouvait être gaspillé légalement.

Ce temps est révolu. La mission de la Cour s'est élargie pour inclure l'évaluation des projets et des organismes publics. Elle ne regarde plus seulement la légalité, elle regarde la gestion. Elle pose un jugement sur la pertinence, l'efficience et l'efficacité des choix opérés par l'Exécutif. Les rapports annuels de la Cour, désormais très médiatisés, sont devenus des audits stratégiques complets.

Comme le souligne le Guide de l’évaluation, la Cour apporte "la vue externe" indispensable. Dans un système administratif souvent fermé sur lui-même, où l'autocritique est rare, la Cour joue le rôle de tiers de confiance objectif. Elle fournit la "colonne vertébrale technocratique" du système d'évaluation. Ses magistrats décortiquent des sujets complexes : de la gestion de l'eau à la stratégie industrielle, et produisent des données factuelles qui contredisent souvent la communication politique officielle.

Cependant, cette nouvelle posture n'est pas sans tensions. Comme l'analysent Damart et Roy (2009), il existe toujours une friction entre la légitimité "technique" de l'expert (la Cour) et la légitimité "politique" de l'élu (le Gouvernement). Jusqu'où le juge financier peut-il aller sans empiéter sur le pouvoir discrétionnaire du politique ?

Pour l'instant, la Cour des Comptes s'impose comme la seule institution capable de réaliser des évaluations ex-post sérieuses. Elle met en lumière les défaillances systémiques, les retards et les surcoûts. Mais son pouvoir s'arrête au constat. Elle ne peut pas obliger l'administration à se réformer ; elle ne peut que la mettre face à ses contradictions. C'est un miroir tendu à l'État, parfois cruel, mais toujours nécessaire.




Journaliste junior passionné par l'écriture, la communication, les relations internationales et la… En savoir plus sur cet auteur
Lundi 19 Janvier 2026
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