Embargo renforcé, pétrole coupé, concessions inédites — Cuba au bord du basculement
Pour comprendre ce qui se passe à Cuba, il faut d'abord comprendre que l'embargo américain n'est pas une nouveauté. Il date des années soixante, période de guerre froide, quand l'île gouvernée par le Parti communiste s'est rapprochée de l'URSS et est devenue un symbole de résistance au bloc occidental. Depuis six décennies, les États-Unis interdisent à leurs entreprises de commercer avec Cuba et imposent des restrictions financières si sévères que même les banques étrangères refusent de traiter les transactions cubaines — de peur d'être elles-mêmes sanctionnées par Washington. Chaque année, l'ONU vote une résolution demandant la levée de cet embargo, le qualifiant de violation du droit international. Chaque année, les États-Unis s'en moquent. Et le monde, avec eux.
Mais ce qui distingue la séquence actuelle de toutes les précédentes, c'est la brutalité du calendrier. Début 2025, Washington a orchestré l'arrestation de Nicolas Maduro au Venezuela — le principal fournisseur de pétrole de Cuba depuis des années. Coup de grâce supplémentaire : Trump a signé un décret autorisant les États-Unis à frapper de droits de douane tout pays qui vendrait du pétrole à La Havane.
Le Mexique, autre fournisseur important, a cessé ses livraisons. Résultat : selon les autorités cubaines elles-mêmes, pas un litre de carburant n'est entré dans le pays depuis trois mois. C'est une crise énergétique sans précédent, délibérément provoquée, et Trump le sait. « Cuba est prêt à tomber », dit-il, citant des sources proches du dossier rapportées par le New York Times.
Ce que Trump veut réellement à Cuba, c'est la même chose qu'au Venezuela, au Groenland, au canal de Panama. Non pas un changement de régime idéologique — il ne cache plus son désintérêt pour la démocratie. Ce qu'il veut, ce sont les ressources. Cuba dispose de réserves importantes de nickel et de cobalt, deux métaux stratégiques indispensables à la fabrication de batteries pour voitures électriques et systèmes d'armement.
Dans un monde où la bataille pour les matières premières critiques fait rage entre Washington, Pékin et Moscou, une île caribéenne avec des sous-sols bien garnis prend soudainement une tout autre valeur. Trump l'a d'ailleurs dit ouvertement : il veut trouver un accord avec La Havane, pas nécessairement y installer un gouvernement pro-américain. Un accord forcé en échange d'un allègement des sanctions. Exactement le même schéma qu'avec le Venezuela.
Face à cette pression maximale, le régime cubain a commencé à bouger — timidement, douloureusement. Le président Miguel Diaz-Canel a confirmé que des discussions bilatérales ont bien eu lieu avec les États-Unis, sans en préciser le contenu.
Le weekend précédant ce 17 mars, le gouvernement a libéré une dizaine d'opposants politiques arrêtés lors des grandes manifestations de 2021. Autre signal fort : le vice-Premier ministre cubain a annoncé que l'île allait ouvrir son secteur privé aux Cubains de l'étranger pour la première fois depuis les années soixante — une rupture idéologique majeure, motivée uniquement par le besoin urgent de devises étrangères. Ces concessions successives ressemblent moins à une transition démocratique qu'à un régime en train de négocier sa survie à genoux.
Ce même mardi 17 mars, à des milliers de kilomètres de La Havane, la logique impériale américaine se décline sous une autre forme. Israël a annoncé l'assassinat ciblé d'Ali Larijani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien — l'homme le plus puissant de Téhéran depuis la mort de Khamenei le 28 février. Larijani a été tué dans la nuit, dans la maison de sa fille, avec son fils, le chef de son bureau et ses gardes du corps.
Depuis le début de la guerre le 28 février, les bombardements américano-israéliens aurait tué plus de 2 000 personnes — 1 270 en Iran et au moins 886 au Liban, dont 98 enfants selon les autorités locales. Le bilan s'alourdit chaque jour. Et pendant ce temps, dans plusieurs pays du Golfe — Oman, Bahreïn, Koweït — des frappes iraniennes ont tué au moins 15 personnes. La région brûle à feu lent, sur plusieurs fronts simultanément.
Ces deux théâtres — Cuba asphyxiée et l'Iran décapité — ne sont pas des crises distinctes. Ils sont les deux faces d'une même stratégie globale, celle d'une puissance qui a renoncé au multilatéralisme pour revenir à une forme brute de realpolitik : prendre ce dont elle a besoin, par la menace économique ou par la force militaire, selon ce qui est disponible.
Pour le citoyen marocain, la résonance est concrète : le Maroc importe l'essentiel de son pétrole via des fournisseurs exposés aux tensions du Golfe. Chaque frappe près du détroit d'Ormuz, chaque escalade au Moyen-Orient, se traduit mécaniquement par une pression sur les prix à la pompe, sur les coûts de transport, sur l'inflation. Ce qui se passe à Téhéran ou à La Havane ne reste pas là-bas.
Parmi les rares données insolites de ce panorama mondial, l'Organisation internationale de la francophonie a publié lundi un rapport révélant que le français est désormais la quatrième langue la plus parlée au monde avec 396 millions de locuteurs — 75 millions de plus qu'en 2022. Aujourd'hui, 65% des francophones vivent en Afrique, et d'ici 2050, 590 millions de personnes parleront français, dont neuf sur dix sur le continent africain.
Pour un pays comme le Maroc, acteur central de la francophonie africaine et porte entre l'Europe et le continent, ces chiffres ne sont pas qu'une note culturelle. Ils racontent une recomposition silencieuse et profonde des équilibres du monde — à rebours des guerres et des embargos qui font la une.
Dans un monde où Trump revendique Cuba comme un trophée, où des enfants de cinq ans sont tués en Cisjordanie par des soldats qui se sentaient menacés, où le philosophe kantien de Téhéran finit assassiné dans la maison de sa fille, cette progression tranquille du français en Afrique ressemble presque à une provocation car l'histoire n'avance pas seulement à coups de missiles peut-être ? Les langues ont encore leurs mots à dire
Mais ce qui distingue la séquence actuelle de toutes les précédentes, c'est la brutalité du calendrier. Début 2025, Washington a orchestré l'arrestation de Nicolas Maduro au Venezuela — le principal fournisseur de pétrole de Cuba depuis des années. Coup de grâce supplémentaire : Trump a signé un décret autorisant les États-Unis à frapper de droits de douane tout pays qui vendrait du pétrole à La Havane.
Le Mexique, autre fournisseur important, a cessé ses livraisons. Résultat : selon les autorités cubaines elles-mêmes, pas un litre de carburant n'est entré dans le pays depuis trois mois. C'est une crise énergétique sans précédent, délibérément provoquée, et Trump le sait. « Cuba est prêt à tomber », dit-il, citant des sources proches du dossier rapportées par le New York Times.
Ce que Trump veut réellement à Cuba, c'est la même chose qu'au Venezuela, au Groenland, au canal de Panama. Non pas un changement de régime idéologique — il ne cache plus son désintérêt pour la démocratie. Ce qu'il veut, ce sont les ressources. Cuba dispose de réserves importantes de nickel et de cobalt, deux métaux stratégiques indispensables à la fabrication de batteries pour voitures électriques et systèmes d'armement.
Dans un monde où la bataille pour les matières premières critiques fait rage entre Washington, Pékin et Moscou, une île caribéenne avec des sous-sols bien garnis prend soudainement une tout autre valeur. Trump l'a d'ailleurs dit ouvertement : il veut trouver un accord avec La Havane, pas nécessairement y installer un gouvernement pro-américain. Un accord forcé en échange d'un allègement des sanctions. Exactement le même schéma qu'avec le Venezuela.
Face à cette pression maximale, le régime cubain a commencé à bouger — timidement, douloureusement. Le président Miguel Diaz-Canel a confirmé que des discussions bilatérales ont bien eu lieu avec les États-Unis, sans en préciser le contenu.
Le weekend précédant ce 17 mars, le gouvernement a libéré une dizaine d'opposants politiques arrêtés lors des grandes manifestations de 2021. Autre signal fort : le vice-Premier ministre cubain a annoncé que l'île allait ouvrir son secteur privé aux Cubains de l'étranger pour la première fois depuis les années soixante — une rupture idéologique majeure, motivée uniquement par le besoin urgent de devises étrangères. Ces concessions successives ressemblent moins à une transition démocratique qu'à un régime en train de négocier sa survie à genoux.
Ce même mardi 17 mars, à des milliers de kilomètres de La Havane, la logique impériale américaine se décline sous une autre forme. Israël a annoncé l'assassinat ciblé d'Ali Larijani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien — l'homme le plus puissant de Téhéran depuis la mort de Khamenei le 28 février. Larijani a été tué dans la nuit, dans la maison de sa fille, avec son fils, le chef de son bureau et ses gardes du corps.
Depuis le début de la guerre le 28 février, les bombardements américano-israéliens aurait tué plus de 2 000 personnes — 1 270 en Iran et au moins 886 au Liban, dont 98 enfants selon les autorités locales. Le bilan s'alourdit chaque jour. Et pendant ce temps, dans plusieurs pays du Golfe — Oman, Bahreïn, Koweït — des frappes iraniennes ont tué au moins 15 personnes. La région brûle à feu lent, sur plusieurs fronts simultanément.
Ces deux théâtres — Cuba asphyxiée et l'Iran décapité — ne sont pas des crises distinctes. Ils sont les deux faces d'une même stratégie globale, celle d'une puissance qui a renoncé au multilatéralisme pour revenir à une forme brute de realpolitik : prendre ce dont elle a besoin, par la menace économique ou par la force militaire, selon ce qui est disponible.
Pour le citoyen marocain, la résonance est concrète : le Maroc importe l'essentiel de son pétrole via des fournisseurs exposés aux tensions du Golfe. Chaque frappe près du détroit d'Ormuz, chaque escalade au Moyen-Orient, se traduit mécaniquement par une pression sur les prix à la pompe, sur les coûts de transport, sur l'inflation. Ce qui se passe à Téhéran ou à La Havane ne reste pas là-bas.
Parmi les rares données insolites de ce panorama mondial, l'Organisation internationale de la francophonie a publié lundi un rapport révélant que le français est désormais la quatrième langue la plus parlée au monde avec 396 millions de locuteurs — 75 millions de plus qu'en 2022. Aujourd'hui, 65% des francophones vivent en Afrique, et d'ici 2050, 590 millions de personnes parleront français, dont neuf sur dix sur le continent africain.
Pour un pays comme le Maroc, acteur central de la francophonie africaine et porte entre l'Europe et le continent, ces chiffres ne sont pas qu'une note culturelle. Ils racontent une recomposition silencieuse et profonde des équilibres du monde — à rebours des guerres et des embargos qui font la une.
Dans un monde où Trump revendique Cuba comme un trophée, où des enfants de cinq ans sont tués en Cisjordanie par des soldats qui se sentaient menacés, où le philosophe kantien de Téhéran finit assassiné dans la maison de sa fille, cette progression tranquille du français en Afrique ressemble presque à une provocation car l'histoire n'avance pas seulement à coups de missiles peut-être ? Les langues ont encore leurs mots à dire