Dans son dernier livre, la politologue analyse la fusion croissante entre pouvoir politique et géants technologiques aux États-Unis, et alerte sur les risques majeurs pour la démocratie et les libertés publiques.
Asma Mhalla n’écrit pas sur la « tech » comme on commente une industrie, mais comme on autopsie un rapport de force. Politologue franco-tunisienne, docteure de l’EHESS et chercheuse associée au CNRS, elle s’est fait connaître par un premier essai, Technopolitique (Seuil, 2024), qui posait une idée dérangeante : les infrastructures numériques ne sont pas neutres, elles fabriquent de l’obéissance et reconfigurent la souveraineté.
Cyberpunk – Le nouveau système totalitaire (Seuil, 19 septembre 2025, 208 pages) pousse le curseur plus loin : l’Amérique y est décrite comme le « laboratoire » d’un régime biface où l’État et les géants technologiques cessent d’être des pouvoirs séparés pour devenir des organes complémentaires.
Le cœur de son dernier livre tient dans une image choc, presque narrative : une créature technopolitique à deux têtes — le politique qui met en scène, la tech qui code et administre.
Le Monde résume l’argument en parlant de « totalitarisme cognitif » : pas besoin de bottes ni de parti unique quand l’interface, l’optimisation et la captation de l’attention suffisent à discipliner les comportements et à rendre chacun “complice” malgré lui. Mhalla baptise cette hybridation d’un néologisme — le « Diléviathan » — pour dire une fusion Big State / Big Tech, nourrie par des entrepreneurs-idéologues (Musk, Thiel, Altman sont souvent cités dans la conversation publique autour du livre) et par une politique américaine de plus en plus tentée par la sidération permanente.
L’intérêt journalistique de Cyberpunk n’est pas seulement l’alarme, c’est la mise en cohérence : Mhalla relie des acteurs, des infrastructures et des imaginaires (la dystopie devenue banalité) pour montrer comment une démocratie peut perdre sans “coup d’État” mais par fatigue, par déréalisation, par dépendance.
Sa thèse a aussi ses zones discutables : le vocabulaire de « totalitarisme » peut paraître maximaliste et gagnerait parfois à être adossé à des métriques plus systématiques (qui décide quoi, par quels budgets, quelles chaînes de commande, quelles régulations effectives).
Mais comme outil de lecture du moment — et comme rappel que le pouvoir se loge désormais dans les couches techniques du réel — le livre tape là où ça fait mal : la démocratie n’a pas seulement des adversaires, elle a des architectures qui la contournent.
Cyberpunk – Le nouveau système totalitaire (Seuil, 19 septembre 2025, 208 pages) pousse le curseur plus loin : l’Amérique y est décrite comme le « laboratoire » d’un régime biface où l’État et les géants technologiques cessent d’être des pouvoirs séparés pour devenir des organes complémentaires.
Le cœur de son dernier livre tient dans une image choc, presque narrative : une créature technopolitique à deux têtes — le politique qui met en scène, la tech qui code et administre.
Le Monde résume l’argument en parlant de « totalitarisme cognitif » : pas besoin de bottes ni de parti unique quand l’interface, l’optimisation et la captation de l’attention suffisent à discipliner les comportements et à rendre chacun “complice” malgré lui. Mhalla baptise cette hybridation d’un néologisme — le « Diléviathan » — pour dire une fusion Big State / Big Tech, nourrie par des entrepreneurs-idéologues (Musk, Thiel, Altman sont souvent cités dans la conversation publique autour du livre) et par une politique américaine de plus en plus tentée par la sidération permanente.
L’intérêt journalistique de Cyberpunk n’est pas seulement l’alarme, c’est la mise en cohérence : Mhalla relie des acteurs, des infrastructures et des imaginaires (la dystopie devenue banalité) pour montrer comment une démocratie peut perdre sans “coup d’État” mais par fatigue, par déréalisation, par dépendance.
Sa thèse a aussi ses zones discutables : le vocabulaire de « totalitarisme » peut paraître maximaliste et gagnerait parfois à être adossé à des métriques plus systématiques (qui décide quoi, par quels budgets, quelles chaînes de commande, quelles régulations effectives).
Mais comme outil de lecture du moment — et comme rappel que le pouvoir se loge désormais dans les couches techniques du réel — le livre tape là où ça fait mal : la démocratie n’a pas seulement des adversaires, elle a des architectures qui la contournent.
Who is Asma Mhalla
Asma Mhalla est politologue, chercheuse et essayiste franco-tunisienne, née le 26 mars 1984 à Tunis et aujourd’hui installée en France. Elle est titulaire d’un doctorat en sciences politiques de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et chercheuse associée au Laboratoire d’anthropologie politique (CNRS/EHESS), où elle étudie les rapports entre États, technologies et démocratie. Son travail analyse la gouvernance des grandes plateformes numériques, la géopolitique de l’intelligence artificielle et les transformations des pouvoirs politiques à l’ère numérique. Elle enseigne également dans des institutions prestigieuses comme Sciences Po Paris, l’École Polytechnique et l’Université de Columbia.