Damas rejoint le basculement diplomatique en faveur du Maroc


Par Said Temsamani.

Dans les grandes batailles géopolitiques, certains signaux valent davantage que de longs discours. Le soutien officiellement exprimé par la Syrie à l’intégrité territoriale du Maroc et à la souveraineté du Royaume sur son Sahara constitue précisément l’un de ces marqueurs politiques qui dépassent le simple cadre protocolaire.

Derrière le communiqué conjoint publié à Rabat à l’occasion de la visite du ministre syrien des Affaires étrangères, Asaad Hassan Al-Shaibani, se dessine en réalité une recomposition silencieuse mais profonde des équilibres diplomatiques autour du dossier du Sahara marocain.



Ce déplacement, le premier du chef de la diplomatie syrienne au Maroc à la tête d’une importante délégation officielle, intervient dans un contexte international où le réalisme stratégique tend progressivement à remplacer les anciennes lectures idéologiques.

Pendant des décennies, plusieurs capitales avaient entretenu une prudence calculée sur ce dossier, souvent dictée par les logiques de blocs, les rivalités régionales ou les héritages de la Guerre froide. Aujourd’hui, le paysage change.

Et il change vite. En saluant explicitement la résolution 2797 du Conseil de sécurité, Damas ne se contente pas d’adopter une position de circonstance.

La Syrie reconnaît implicitement que la dynamique onusienne actuelle s’oriente désormais vers une approche pragmatique, centrée sur une solution politique réaliste, durable et fondée sur le compromis.

Or, depuis plusieurs années, une évidence s’impose progressivement au sein des cercles diplomatiques internationaux : l’initiative marocaine d’autonomie sous souveraineté marocaine demeure la seule proposition crédible capable de sortir ce différend régional de l’impasse.

La portée de cette déclaration dépasse également le cadre bilatéral maroco-syrien.

Elle illustre l’élargissement constant du cercle des États qui considèrent désormais la stabilité régionale comme une priorité stratégique supérieure aux anciennes postures idéologiques.

Dans un Moyen-Orient et une Afrique traversés par les tensions sécuritaires, les fractures étatiques et les recompositions d’alliances, le Maroc apparaît de plus en plus comme un pôle de stabilité, un acteur fiable et un partenaire crédible.

Ce repositionnement syrien s’inscrit ainsi dans une séquence diplomatique internationale plus large marquée par l’accumulation des soutiens au plan marocain d’autonomie.

De Washington à Madrid, de plusieurs capitales africaines aux partenaires arabes et européens, le même constat finit par émerger : la question du Sahara n’est plus abordée sous l’angle figé d’un conflit hérité du passé, mais à travers la recherche d’une architecture régionale stable, économiquement viable et politiquement réaliste.

Le Maroc, lui, récolte aujourd’hui les fruits d’une stratégie diplomatique patiente, cohérente et multidimensionnelle. Sous l’impulsion de la vision royale, Rabat a progressivement déplacé le centre de gravité du débat international : d’une logique de gestion du conflit vers une logique de solution.

Cette évolution est essentielle.

Car elle traduit un changement de perception du Royaume lui-même, désormais considéré non plus comme une partie défensive dans un différend régional, mais comme une puissance d’équilibre capable de proposer une vision de stabilité pour l’ensemble de son environnement géostratégique.

La visite du ministre syrien des Affaires étrangères revêt enfin une dimension symbolique forte : elle marque la volonté des deux États d’ouvrir une nouvelle phase dans leurs relations bilatérales.

Mais au-delà des symboles, c’est surtout le message politique qui retient l’attention.

Un message clair : le mouvement international en faveur de la souveraineté du Maroc sur son Sahara continue de gagner du terrain, y compris dans des espaces diplomatiques où certains observateurs ne l’attendaient pas encore.

Et dans les batailles diplomatiques de long terme, ce sont souvent ces basculements progressifs qui annoncent les victoires durables.

Par Said Temsamani.


Vendredi 15 Mai 2026

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