C'est une mutation silencieuse mais fondamentale. Le Maroc tente de s'extraire d'un modèle séculaire où l'État était une puissance souveraine, pour devenir un prestataire de services jugé sur son efficacité. Mais attention à la confusion : évaluer une politique publique, ce n'est pas inspecter un fonctionnaire. Décryptage d'un changement de logiciel indispensable.
Pourquoi l'administration ne peut plus se contenter d'appliquer la loi
Pour comprendre l'ampleur du chantier, il faut revenir aux fondamentaux. Historiquement, l'administration marocaine s'est construite sur le modèle décrit par Max Weber : une structure hiérarchique, impersonnelle, où la règle prime sur le résultat. Dans ce système, le contrôle est une "inspection". On envoie des auditeurs vérifier si les actes sont légaux, si les factures sont conformes. C'est une vision policière de la gestion publique.
L'Évaluation des Politiques Publiques (EPP), telle qu'elle est définie dans le Guide de l’évaluation du Ministère de l'Économie et des Finances, est radicalement différente. C'est un processus cognitif et analytique. Elle ne demande pas "Est-ce légal ?", mais "Est-ce efficace ?". Elle cherche à mesurer l'écart entre les objectifs annoncés par un gouvernement et les résultats obtenus sur le terrain. Comme le souligne Donald F. Kettl dans The Global Public Management Revolution, nous assistons à une transition mondiale où les citoyens ne voient plus l'État comme une autorité sacrée, mais comme un fournisseur de services (santé, éducation, infrastructures) dont on exige qualité et rentabilité.
Ce glissement sémantique a des conséquences colossales. Il implique que l'administration doit accepter d'être jugée non plus sur ses intentions, mais sur ses résultats. C'est ici que réside le "Paradoxe Bureaucratique" marocain. Nous avons superposé des outils de management modernes (inspirés du New Public Management anglo-saxon) sur une culture administrative qui reste profondément traditionnelle.
L'évaluation exige de la flexibilité, de la prise de risque et une capacité d'autocritique. Or, le fonctionnaire marocain moyen, formé à l'école de la conformité, perçoit souvent l'évaluation comme une menace. Le défi n'est donc pas technique, les méthodes existent, mais culturel. Il s'agit de transformer une administration de "gestionnaires de crédits" en une administration de "managers de projets". Tant que cette révolution culturelle n'aura pas eu lieu, les rapports d'évaluation risquent de rester des documents brillants qui s'empilent sur des étagères poussiéreuses, sans jamais modifier le cours de l'action publique.
L'Évaluation des Politiques Publiques (EPP), telle qu'elle est définie dans le Guide de l’évaluation du Ministère de l'Économie et des Finances, est radicalement différente. C'est un processus cognitif et analytique. Elle ne demande pas "Est-ce légal ?", mais "Est-ce efficace ?". Elle cherche à mesurer l'écart entre les objectifs annoncés par un gouvernement et les résultats obtenus sur le terrain. Comme le souligne Donald F. Kettl dans The Global Public Management Revolution, nous assistons à une transition mondiale où les citoyens ne voient plus l'État comme une autorité sacrée, mais comme un fournisseur de services (santé, éducation, infrastructures) dont on exige qualité et rentabilité.
Ce glissement sémantique a des conséquences colossales. Il implique que l'administration doit accepter d'être jugée non plus sur ses intentions, mais sur ses résultats. C'est ici que réside le "Paradoxe Bureaucratique" marocain. Nous avons superposé des outils de management modernes (inspirés du New Public Management anglo-saxon) sur une culture administrative qui reste profondément traditionnelle.
L'évaluation exige de la flexibilité, de la prise de risque et une capacité d'autocritique. Or, le fonctionnaire marocain moyen, formé à l'école de la conformité, perçoit souvent l'évaluation comme une menace. Le défi n'est donc pas technique, les méthodes existent, mais culturel. Il s'agit de transformer une administration de "gestionnaires de crédits" en une administration de "managers de projets". Tant que cette révolution culturelle n'aura pas eu lieu, les rapports d'évaluation risquent de rester des documents brillants qui s'empilent sur des étagères poussiéreuses, sans jamais modifier le cours de l'action publique.