C’est cette idée que j’ai souhaité porter aujourd’hui en tant que keynote speaker à l’ICISCT 2026, à la Faculté des Sciences Ben M’Sick de l’Université Hassan II de Casablanca :
Une Smart City ne devient réellement intelligente que lorsque le territoire qui l’entoure devient lisible, simulable, gouvernable et souverain.
Pendant longtemps, nous avons parlé de villes intelligentes comme si la technologie pouvait, à elle seule, résoudre les problèmes urbains.
Nous avons parfois confondu connexion et intelligence, automatisation et gouvernance, données et connaissance, plateforme et politique publique. Or, une ville connectée n’est pas nécessairement une ville intelligente. Une ville équipée n’est pas nécessairement une ville juste.
Une ville numérisée n’est pas nécessairement une ville gouvernée. L’intelligence territoriale commence lorsque l’on accepte de regarder les interdépendances. Casablanca ne peut pas être pensée sans ses corridors logistiques, ses flux humains, son hinterland industriel, ses besoins en eau, ses tensions foncières, ses mobilités quotidiennes et ses liens avec les autres régions.
Rabat ne peut pas être pensée seulement comme capitale administrative, sans prendre en compte son rôle universitaire, culturel, diplomatique, technologique et symbolique. Tanger, Marrakech, Fès, Agadir, Oujda ou Dakhla ne sont pas de simples points sur une carte.
Ce sont des systèmes vivants, reliés à des ressources, à des populations, à des histoires, à des attentes et à des trajectoires.
C’est pourquoi il faut dépasser la Smart City pour penser la Smart Region. Le jumeau numérique de la ville, que l’on appelle parfois Twin City, peut être utile.
Il permet de visualiser la mobilité, l’énergie, l’environnement, la sécurité, les services publics, la santé, l’éducation, le logement ou la qualité de vie.
Mais il devient insuffisant si la région reste invisible. Une ville qui optimise ses flux sans comprendre son territoire risque de produire une performance locale au détriment d’un équilibre global.
Pendant longtemps, nous avons parlé de villes intelligentes comme si la technologie pouvait, à elle seule, résoudre les problèmes urbains.
Nous avons parfois confondu connexion et intelligence, automatisation et gouvernance, données et connaissance, plateforme et politique publique. Or, une ville connectée n’est pas nécessairement une ville intelligente. Une ville équipée n’est pas nécessairement une ville juste.
Une ville numérisée n’est pas nécessairement une ville gouvernée. L’intelligence territoriale commence lorsque l’on accepte de regarder les interdépendances. Casablanca ne peut pas être pensée sans ses corridors logistiques, ses flux humains, son hinterland industriel, ses besoins en eau, ses tensions foncières, ses mobilités quotidiennes et ses liens avec les autres régions.
Rabat ne peut pas être pensée seulement comme capitale administrative, sans prendre en compte son rôle universitaire, culturel, diplomatique, technologique et symbolique. Tanger, Marrakech, Fès, Agadir, Oujda ou Dakhla ne sont pas de simples points sur une carte.
Ce sont des systèmes vivants, reliés à des ressources, à des populations, à des histoires, à des attentes et à des trajectoires.
C’est pourquoi il faut dépasser la Smart City pour penser la Smart Region. Le jumeau numérique de la ville, que l’on appelle parfois Twin City, peut être utile.
Il permet de visualiser la mobilité, l’énergie, l’environnement, la sécurité, les services publics, la santé, l’éducation, le logement ou la qualité de vie.
Mais il devient insuffisant si la région reste invisible. Une ville qui optimise ses flux sans comprendre son territoire risque de produire une performance locale au détriment d’un équilibre global.
Le jumeau numérique régional, ou Twin Region, permet de changer d’échelle.
Il ne s’agit pas de classer naïvement les régions, ni de fabriquer une compétition artificielle entre territoires. Il s’agit de comprendre les trajectoires, les forces, les fragilités et les priorités.
Il s’agit de visualiser les effets possibles d’une décision métropolitaine sur les périphéries, sur les zones rurales, sur les ressources hydriques, sur les bassins d’emploi, sur les universités régionales, sur les chaînes de valeur et sur la cohésion sociale.
Mais le Maroc possède une autre richesse que les cartes administratives ne savent pas toujours représenter : sa diaspora. Cette diaspora ne doit pas être pensée comme un extérieur lointain.
Elle est une région symbolique, une treizième région relationnelle, faite de compétences, de capitaux, de réseaux, de mémoire, de confiance, d’influence et de capacité de projection. Le Maroc réel ne s’arrête pas à ses frontières géographiques.
Il se prolonge dans ses citoyens, ses talents, ses familles, ses entrepreneurs, ses chercheurs, ses ingénieurs, ses médecins, ses artistes et ses étudiants présents en Europe, en Afrique, en Amérique du Nord, au Moyen-Orient et ailleurs. C’est pour cela que je parle de Twin City, Twin Region et Twin Diaspora.
La ville, la région et la diaspora doivent être pensées comme trois niveaux d’un même système. Le territoire n’est pas seulement une surface. Il est une organisation vivante. Il est une mémoire. Il est une chaîne de dépendances. Il est une capacité de décision. Il est aussi une souveraineté.
Dans ce débat, l’intelligence artificielle ne doit pas être présentée comme une intelligence supérieure qui déciderait à la place des élus, des institutions, des experts ou des citoyens.
Ce que l’on appelle aujourd’hui IA reste un dispositif numérique, une évolution puissante de la science informatique, des logiciels, des données, des modèles et des plateformes. Elle peut aider à simuler. Elle peut aider à comparer.
Elle peut aider à visualiser. Elle peut aider à détecter des tensions. Elle peut aider à ouvrir le débat. Mais elle ne doit pas remplacer la responsabilité politique, la délibération publique, le jugement institutionnel, les priorités sociales et la légitimité démocratique.
Il s’agit de visualiser les effets possibles d’une décision métropolitaine sur les périphéries, sur les zones rurales, sur les ressources hydriques, sur les bassins d’emploi, sur les universités régionales, sur les chaînes de valeur et sur la cohésion sociale.
Mais le Maroc possède une autre richesse que les cartes administratives ne savent pas toujours représenter : sa diaspora. Cette diaspora ne doit pas être pensée comme un extérieur lointain.
Elle est une région symbolique, une treizième région relationnelle, faite de compétences, de capitaux, de réseaux, de mémoire, de confiance, d’influence et de capacité de projection. Le Maroc réel ne s’arrête pas à ses frontières géographiques.
Il se prolonge dans ses citoyens, ses talents, ses familles, ses entrepreneurs, ses chercheurs, ses ingénieurs, ses médecins, ses artistes et ses étudiants présents en Europe, en Afrique, en Amérique du Nord, au Moyen-Orient et ailleurs. C’est pour cela que je parle de Twin City, Twin Region et Twin Diaspora.
La ville, la région et la diaspora doivent être pensées comme trois niveaux d’un même système. Le territoire n’est pas seulement une surface. Il est une organisation vivante. Il est une mémoire. Il est une chaîne de dépendances. Il est une capacité de décision. Il est aussi une souveraineté.
Dans ce débat, l’intelligence artificielle ne doit pas être présentée comme une intelligence supérieure qui déciderait à la place des élus, des institutions, des experts ou des citoyens.
Ce que l’on appelle aujourd’hui IA reste un dispositif numérique, une évolution puissante de la science informatique, des logiciels, des données, des modèles et des plateformes. Elle peut aider à simuler. Elle peut aider à comparer.
Elle peut aider à visualiser. Elle peut aider à détecter des tensions. Elle peut aider à ouvrir le débat. Mais elle ne doit pas remplacer la responsabilité politique, la délibération publique, le jugement institutionnel, les priorités sociales et la légitimité démocratique.
La carte produite par l’IA n’est jamais le territoire.
Elle est une représentation pédagogique de choix. Elle dépend des données retenues, des indicateurs choisis, des pondérations appliquées, des hypothèses introduites et des objectifs poursuivis. Celui qui choisit les indicateurs influence déjà la lecture du territoire.
Celui qui contrôle la plateforme contrôle une partie de la décision. Celui qui héberge les données détient une partie de la souveraineté. C’est ici que la question devient stratégique.
Qui produit les données de la ville, de la région et des services publics ? Qui les valide ? Qui les héberge ? Qui les sécurise ? Qui définit les indicateurs ? Qui décide des pondérations ? Qui explique les résultats ? Qui répond devant les citoyens lorsque des décisions sont prises à partir de ces modèles ? Ces questions sont plus importantes que la technologie elle-même.
Le risque serait de reproduire, avec les jumeaux numériques et l’IA, les dépendances que nous avons déjà connues avec les grands systèmes d’information, les ERP, les plateformes fermées, les clouds étrangers et les solutions importées.
Demain, certaines entreprises et certains territoires pourraient croire qu’ils deviennent intelligents alors qu’ils deviennent seulement plus dépendants. La souveraineté numérique ne consiste pas à refuser la technologie. Elle consiste à garder la capacité de comprendre, de choisir, d’adapter, de gouverner et, si nécessaire, de contester.
Le Maroc peut devenir un laboratoire vivant de cette nouvelle intelligence territoriale. Non pas en copiant des modèles importés de Smart City, mais en construisant une voie marocaine, technologique, souveraine, inclusive, frugale, humaine et adaptée aux réalités locales.
Le Maroc est fait de métropoles, de villes intermédiaires, de zones rurales, de littoral, de montagne, de ports, d’agriculture, d’espaces sahariens, de patrimoine et de fortes transformations sociales. Cette diversité est une richesse. Elle doit devenir une donnée stratégique.
Mais pour cela, il faut commencer par des prototypes pédagogiques, des démonstrateurs, des outils de visualisation, des espaces de comparaison et de discussion. Il ne faut pas confondre simulation et décision publique.
Un prototype n’est pas une carte officielle. Une démonstration n’est pas une réforme administrative. Une visualisation n’est pas une vérité. Elle est un support de débat, un outil pour apprendre à poser les bonnes questions avant de prétendre apporter les bonnes réponses.
Celui qui contrôle la plateforme contrôle une partie de la décision. Celui qui héberge les données détient une partie de la souveraineté. C’est ici que la question devient stratégique.
Qui produit les données de la ville, de la région et des services publics ? Qui les valide ? Qui les héberge ? Qui les sécurise ? Qui définit les indicateurs ? Qui décide des pondérations ? Qui explique les résultats ? Qui répond devant les citoyens lorsque des décisions sont prises à partir de ces modèles ? Ces questions sont plus importantes que la technologie elle-même.
Le risque serait de reproduire, avec les jumeaux numériques et l’IA, les dépendances que nous avons déjà connues avec les grands systèmes d’information, les ERP, les plateformes fermées, les clouds étrangers et les solutions importées.
Demain, certaines entreprises et certains territoires pourraient croire qu’ils deviennent intelligents alors qu’ils deviennent seulement plus dépendants. La souveraineté numérique ne consiste pas à refuser la technologie. Elle consiste à garder la capacité de comprendre, de choisir, d’adapter, de gouverner et, si nécessaire, de contester.
Le Maroc peut devenir un laboratoire vivant de cette nouvelle intelligence territoriale. Non pas en copiant des modèles importés de Smart City, mais en construisant une voie marocaine, technologique, souveraine, inclusive, frugale, humaine et adaptée aux réalités locales.
Le Maroc est fait de métropoles, de villes intermédiaires, de zones rurales, de littoral, de montagne, de ports, d’agriculture, d’espaces sahariens, de patrimoine et de fortes transformations sociales. Cette diversité est une richesse. Elle doit devenir une donnée stratégique.
Mais pour cela, il faut commencer par des prototypes pédagogiques, des démonstrateurs, des outils de visualisation, des espaces de comparaison et de discussion. Il ne faut pas confondre simulation et décision publique.
Un prototype n’est pas une carte officielle. Une démonstration n’est pas une réforme administrative. Une visualisation n’est pas une vérité. Elle est un support de débat, un outil pour apprendre à poser les bonnes questions avant de prétendre apporter les bonnes réponses.
Le jumeau numérique territorial responsable doit être explicable, auditable, réversible et appropriable.
Explicable, parce que les citoyens et les décideurs doivent comprendre comment les résultats sont produits. Auditable, parce que les données, les modèles et les indicateurs doivent pouvoir être vérifiés. Réversible, parce qu’aucune automatisation ne doit enfermer durablement une politique publique.
Appropriable, parce qu’un outil que seuls quelques experts comprennent finit toujours par éloigner les citoyens de la décision.
Il faut également former les décideurs territoriaux, les élus, les cadres publics, les chercheurs, les entrepreneurs, les étudiants et les citoyens à la lecture critique des données et des modèles.
La question n’est pas seulement de produire plus de données. La question est de transformer les données territoriales en intelligence collective. Un tableau de bord ne gouverne pas. Un algorithme ne remplace pas une vision. Une plateforme ne fabrique pas la confiance.
Ce sont les femmes et les hommes, les institutions, les territoires et les citoyens qui donnent du sens aux outils numériques. Le Maroc a donc devant lui une opportunité majeure : ne pas subir la prochaine génération des plateformes territoriales, mais contribuer à les concevoir.
Penser les communs de données territoriales. Développer des standards ouverts. Protéger l’hébergement et la traçabilité. Associer les universités, les collectivités, les entreprises, les citoyens et la diaspora. Relier la ville, la région et les Marocains du monde. Faire de la simulation un instrument de lucidité, et non un masque technologique.
La ville intelligente de demain ne sera pas celle qui accumule le plus de capteurs. Ce sera celle qui comprendra le mieux ses dépendances, ses ressources, ses fragilités et ses responsabilités. La région intelligente ne sera pas celle qui se contente d’être bien classée dans un tableau de bord. Ce sera celle qui saura transformer ses données en projet collectif. La diaspora intelligente ne sera pas seulement celle qui envoie des capitaux.
Ce sera celle qui participe à la connaissance, à la confiance, à l’innovation et à la souveraineté du pays. Connecter ne suffit plus. Il faut rendre lisible. Il faut simuler sans décider à la place des humains. Il faut gouverner sans déléguer la responsabilité aux machines. Il faut numériser sans dépendre.
Il faut innover sans importer aveuglément. Il faut construire une intelligence territoriale marocaine, enracinée, ouverte, responsable et souveraine. C’est à cette condition que la Smart City cessera d’être un slogan technologique pour devenir un véritable système territorial intelligent.
Appropriable, parce qu’un outil que seuls quelques experts comprennent finit toujours par éloigner les citoyens de la décision.
Il faut également former les décideurs territoriaux, les élus, les cadres publics, les chercheurs, les entrepreneurs, les étudiants et les citoyens à la lecture critique des données et des modèles.
La question n’est pas seulement de produire plus de données. La question est de transformer les données territoriales en intelligence collective. Un tableau de bord ne gouverne pas. Un algorithme ne remplace pas une vision. Une plateforme ne fabrique pas la confiance.
Ce sont les femmes et les hommes, les institutions, les territoires et les citoyens qui donnent du sens aux outils numériques. Le Maroc a donc devant lui une opportunité majeure : ne pas subir la prochaine génération des plateformes territoriales, mais contribuer à les concevoir.
Penser les communs de données territoriales. Développer des standards ouverts. Protéger l’hébergement et la traçabilité. Associer les universités, les collectivités, les entreprises, les citoyens et la diaspora. Relier la ville, la région et les Marocains du monde. Faire de la simulation un instrument de lucidité, et non un masque technologique.
La ville intelligente de demain ne sera pas celle qui accumule le plus de capteurs. Ce sera celle qui comprendra le mieux ses dépendances, ses ressources, ses fragilités et ses responsabilités. La région intelligente ne sera pas celle qui se contente d’être bien classée dans un tableau de bord. Ce sera celle qui saura transformer ses données en projet collectif. La diaspora intelligente ne sera pas seulement celle qui envoie des capitaux.
Ce sera celle qui participe à la connaissance, à la confiance, à l’innovation et à la souveraineté du pays. Connecter ne suffit plus. Il faut rendre lisible. Il faut simuler sans décider à la place des humains. Il faut gouverner sans déléguer la responsabilité aux machines. Il faut numériser sans dépendre.
Il faut innover sans importer aveuglément. Il faut construire une intelligence territoriale marocaine, enracinée, ouverte, responsable et souveraine. C’est à cette condition que la Smart City cessera d’être un slogan technologique pour devenir un véritable système territorial intelligent.