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Déficit commercial : les importations creusent l'écart malgré la progression des exportations

Pourquoi la hausse des ventes marocaines à l'étranger ne suffit-elle pas à rééquilibrer le commerce extérieur ?


Rédigé par le Lundi 12 Octobre 2026

Le commerce extérieur marocain poursuit sa progression, mais son déséquilibre s'accentue. Selon les dernières données disponibles de l'Office des Changes, le déficit des échanges de marchandises a atteint 282,6 milliards de dirhams à fin août 2026, en augmentation de 25,4 % sur un an. Les importations ont progressé de 15,8 %, tandis que les exportations ont augmenté de 8,7 %. Cette évolution révèle un écart croissant entre les achats et les ventes à l'étranger, malgré la dynamique de plusieurs secteurs exportateurs.



​Un déséquilibre commercial qui s'accentue

Les chiffres publiés par l'Office des Changes montrent une augmentation significative des flux commerciaux au cours des huit premiers mois de 2026.

Les importations marocaines de marchandises ont atteint 617,508 milliards de dirhams, contre 533,242 milliards à fin août 2025.

Cette évolution correspond à une hausse de 84,266 milliards de dirhams, soit 15,8 %.

Dans le même temps, les exportations se sont établies à 334,892 milliards de dirhams, contre 307,958 milliards durant la période comparable de l'année précédente.

Leur progression atteint ainsi 26,934 milliards de dirhams, soit 8,7 %.

La croissance des importations étant plus rapide que celle des exportations, le déficit commercial s'est creusé.

Il atteint précisément 282,615 milliards de dirhams, contre 225,284 milliards un an auparavant.

L'aggravation représente 57,331 milliards de dirhams.

Le taux de couverture des importations par les exportations est passé de 57,7 % à 54,2 %, soit un recul de 3,5 points.

Cet indicateur permet de mesurer la capacité des ventes extérieures à compenser les achats de marchandises à l'étranger.

Sa diminution reflète une détérioration du rapport entre les deux flux.

​Comprendre les différentes causes des importations

L'augmentation des importations ne peut être analysée uniquement comme une progression de la consommation.

Les achats extérieurs comprennent des biens destinés directement aux ménages, mais également des matières premières, des composants industriels, des produits énergétiques et des équipements nécessaires à l'investissement.

La construction d'une usine, par exemple, peut nécessiter l'importation de machines et d'équipements spécialisés.

Ces achats augmentent temporairement la facture extérieure, tout en contribuant potentiellement au développement des capacités productives.
De même, une entreprise exportatrice peut dépendre de composants importés pour fabriquer ses produits.

Une hausse de ses exportations peut donc entraîner une progression parallèle de ses importations.

Il faut également tenir compte de l'évolution des prix internationaux.

Une augmentation du coût d'une matière première peut alourdir les importations en valeur, même lorsque les volumes achetés restent stables.

À l'inverse, une progression des achats d'équipements industriels peut traduire une hausse réelle de l'investissement.

Les données agrégées ne permettent pas d'attribuer le creusement du déficit à un facteur unique.

Une analyse détaillée par groupe de produits est nécessaire pour en préciser les principaux moteurs.

​La question de la valeur ajoutée locale

Le déséquilibre commercial soulève une question structurelle : comment améliorer la contribution nette des secteurs exportateurs à l'économie nationale ?

Le Maroc a développé plusieurs filières industrielles intégrées aux marchés internationaux.

L'automobile, l'aéronautique et différentes activités manufacturières participent à la diversification des exportations.

Cependant, le montant brut des ventes à l'étranger ne renseigne pas directement sur la valeur ajoutée effectivement produite au Maroc.

Un produit exporté peut incorporer une proportion importante de composants ou de matières premières importés.

Le développement de fournisseurs locaux permettrait, dans certaines filières, d'augmenter la part de valeur créée sur le territoire national.

Cette évolution suppose des entreprises compétitives, capables de respecter les normes de qualité et les exigences de livraison des grands groupes industriels.

Elle nécessite également des financements adaptés et une amélioration continue des compétences techniques.

La substitution aux importations ne constitue toutefois pas une solution universelle.

Produire localement certains biens peut s'avérer pertinent lorsque les conditions économiques et industrielles le permettent.

Dans d'autres cas, l'importation demeure plus efficace ou indispensable au fonctionnement des entreprises.

L'objectif consiste donc à renforcer la compétitivité globale plutôt qu'à rechercher une réduction systématique des échanges.

​Les recettes touristiques apportent un autre éclairage

Le déficit commercial de marchandises ne doit pas être confondu avec l'ensemble de la situation extérieure du Maroc.

L'économie nationale bénéficie également des exportations de services, notamment des recettes touristiques.

Selon les données de l'Office des Changes, les recettes voyages ont atteint 97,9 milliards de dirhams à fin août 2026.

Elles progressent de 9,7 % par rapport à la même période de l'année précédente.

Ces recettes constituent une source importante de devises.

Elles contribuent au financement des transactions extérieures et peuvent compenser une partie des sorties liées aux importations de marchandises.

Les transferts des Marocains résidant à l'étranger et les investissements internationaux jouent également un rôle dans les équilibres extérieurs.

Il convient néanmoins de distinguer les recettes brutes, les soldes nets et les différents postes de la balance des paiements.

Le creusement du déficit commercial représente un signal économique important, mais il ne suffit pas à lui seul pour mesurer l'évolution complète du compte courant.

​Quels indicateurs surveiller au dernier trimestre ?

Les prochaines statistiques permettront de déterminer si la progression des importations demeure supérieure à celle des exportations.

L'évolution de la facture énergétique, les investissements industriels et la demande internationale constitueront des facteurs déterminants.

Les performances des principaux secteurs exportateurs devront être examinées en parallèle avec celles des services.

À moyen terme, la capacité du Maroc à améliorer sa position extérieure dépendra notamment de la compétitivité industrielle, de l'intégration locale et de la diversification des marchés.

Les prochaines publications de l'Office des Changes permettront de disposer d'une lecture plus complète de l'année 2026.




Lundi 12 Octobre 2026
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