Il y a des défaites qui font mal mais qui enseignent. Hier soir, l'élimination des U17 marocains en demi-finale face au Sénégal appartient aux deux catégories :
Douloureuse par le contexte, c’est difficile de perdre à domicile et de supporter l'attitude impertinente des jeunes sénégalais à la fin du match. Une attitude accentuée par la provocation puérile d’un des membres du staff au tout début du match. Précieuse si l’on se fie au comportement du public marocain qui a su rester digne et également si l’on en fait une lecture correcte. Depuis la demi-finale historique de 2022, le football marocain vit au sommet de la montagne, une altitude inhabituelle et nouvelle. À cet effet, il faut arrêter avec le délire qui consiste à dire qu’une victoire à la CAN est supérieure à une présence en demi-finale de Coupe du Monde. Faire partie du Top 4 mondial c’est l’extase pour un pays du Sud Global footballistique. D’autant que cette demi-finale a permis au football marocain de franchir une étape. Les succès se sont enchaînés, ces trois dernières années, toutes catégories confondues — et ce n'est pas le fruit du hasard. C'est le résultat d'investissements considérables et structurels : des stades modernes, des complexes d'entraînement de niveau mondial, une politique de formation repensée de fond en comble, et un travail de détection qui va chercher les talents d'origine marocaine jusqu'aux académies européennes les plus lointaines. L'attribution de la Coupe du monde 2030, que le Maroc va organiser avec l'Espagne et le Portugal, a amplifié cette dynamique. Fort de sa légitimité nouvelle, le Maroc s'est porté candidat à l'organisation de nombreuses compétitions de premier plan à l'échelle mondiale. Il a montré sa capacité à organiser les compétitions les plus relevées aux standards les plus élevés.
Mais il ne savait pas qu’en haut de la montagne le vent souffle plus fort. Quand on était l'outsider qui montait, chaque victoire était un bonus. Aujourd'hui que le Maroc est attendu, scruté, ciblé avec une pression énorme sur les joueurs, la moindre contre-performance devient source de dénigrement. C'est le prix du statut. C'est aussi le signal que le travail n'est jamais terminé. On était, il y a quelques mois encore, le pays leader d’une Afrique bienveillante, qui nous célébrait à coup de klaxons, nous sommes aujourd’hui la cible d’une campagne de haine qui rend les arbitres très prudents lorsqu’il s’agit de trancher une décision litigieuse. La campagne d’avant la finale, orchestrée par l’entraineur sénégalais et le Président de sa fédération, a marqué les esprits. Ça n’explique pas les déboires récents, notamment à domicile.
À l’exception de la belle victoire en CAN U23, le bilan récent est une succession de finales perdues et de rendez-vous manqués :
La CAN féminine (entachée d’une injustice arbitrale incontestable), La Ligue des Champions d'Afrique avec l'AS FAR (victime de quelques erreurs d’appréciations, comme une expulsion directe à la 10ème minute et quelques pénalty non sifflés), La CAN 2025 — dont le dénouement reste suspendu à une éventuelle décision sur tapis vert — et hier, Cette élimination en U17 qui fait l'effet d'une gifle. Autant de déboires qu’il faudra analyser pour ne pas transformer en crise ce qui n’est que la loi de la montagne. Sur sa route le Maroc, depuis quelques mois, rencontre le Sénégal, un des rares pays africains à avoir investi dans la formation. Un pays frère en mutation, pour ainsi dire. Après le comportement anti sportif de la finale de la CAN, ses joueurs ont récidivé. Ce n’est pas pour contester leur qualification mais la victoire sénégalaise d'hier soir aurait pu être belle. Elle ne l'a pas été, du moins dans l'attitude. Les provocations répétées, le comportement irrespectueux d'une partie du staff ont laissé un goût amer que le résultat seul n'explique pas. Seul le public, et l’entraineur, est resté correct. Les relations sportives entre les deux pays sont devenues exécrables, et ce n'est pas le fait du Maroc. C’est pour ça qu’il ne faut pas répondre à la provocation par la provocation. Le pays a construit quelque chose de sérieux et de durable, il ne peut plus se permettre des écarts. Les dérives observées sur la toile ne correspondent pas à ce quoi on aspire.
Le Maroc a besoin de corriger ses erreurs pour ne plus les refaire. Ces résultats douloureux nous rappellent que l'infrastructure ne suffit pas, que la détection ne suffit pas, que le talent ne suffit pas. Il faut aussi un travail sur le moral des joueurs pour supporter cette nouvelle pression. La montagne a été gravie. C'est un fait historique que personne ne peut effacer. Mais y rester exige encore plus que d'y monter. Le Maroc de 2026 a tout pour répondre présent. À condition de ne pas confondre l'altitude acquise avec une garantie d'éternité.