Ce paradoxe mérite d’être traité avec prudence.
Les transferts des Marocains du monde ne sont pas une masse financière abstraite que l’on pourrait déplacer mécaniquement de la consommation vers l’investissement. Ils font vivre plusieurs familles au Maroc.
Ils soutiennent des parents âgés, aident des frères et sœurs, financent des études, accompagnent des soins médicaux, contribuent à l’entretien des maisons, participent aux dépenses quotidiennes et maintiennent un lien social vital entre l’extérieur et l’intérieur du pays.
Derrière chaque virement, il y a souvent une responsabilité familiale assumée à distance, un sacrifice personnel et une fidélité concrète au Maroc.
C’est pourquoi il serait utile d’évaluer plus finement la structure de ces transferts.
Quelle part est réellement destinée au soutien familial direct ? Quelle part est orientée vers l’investissement productif ? Quelle part finance la consommation, les dépenses courantes, les séjours au Maroc, les vacances, les cérémonies familiales, les achats locaux, l’entretien du patrimoine ou les projets immobiliers ?
Sans cette connaissance fine, on risque de formuler des politiques générales sans comprendre la réalité sociale, affective et économique de la diaspora.
Le Maroc gagnerait donc à mettre en place un véritable observatoire dynamique des usages des transferts des Marocains du monde. Non pas pour contrôler les familles, ni pour orienter autoritairement leur argent, mais pour mieux comprendre les équilibres réels entre solidarité, consommation, épargne, investissement, patrimoine et contribution territoriale.
Cette distinction est essentielle. La solidarité familiale ne doit pas être opposée à l’investissement productif. Elle constitue déjà une forme de protection sociale informelle, souvent indispensable à la dignité de nombreuses familles.
Ils soutiennent des parents âgés, aident des frères et sœurs, financent des études, accompagnent des soins médicaux, contribuent à l’entretien des maisons, participent aux dépenses quotidiennes et maintiennent un lien social vital entre l’extérieur et l’intérieur du pays.
Derrière chaque virement, il y a souvent une responsabilité familiale assumée à distance, un sacrifice personnel et une fidélité concrète au Maroc.
C’est pourquoi il serait utile d’évaluer plus finement la structure de ces transferts.
Quelle part est réellement destinée au soutien familial direct ? Quelle part est orientée vers l’investissement productif ? Quelle part finance la consommation, les dépenses courantes, les séjours au Maroc, les vacances, les cérémonies familiales, les achats locaux, l’entretien du patrimoine ou les projets immobiliers ?
Sans cette connaissance fine, on risque de formuler des politiques générales sans comprendre la réalité sociale, affective et économique de la diaspora.
Le Maroc gagnerait donc à mettre en place un véritable observatoire dynamique des usages des transferts des Marocains du monde. Non pas pour contrôler les familles, ni pour orienter autoritairement leur argent, mais pour mieux comprendre les équilibres réels entre solidarité, consommation, épargne, investissement, patrimoine et contribution territoriale.
Cette distinction est essentielle. La solidarité familiale ne doit pas être opposée à l’investissement productif. Elle constitue déjà une forme de protection sociale informelle, souvent indispensable à la dignité de nombreuses familles.
Depuis plusieurs années, l’expression de « treizième région » est utilisée pour désigner la diaspora marocaine.
Elle n’est pas une région administrative officielle au sens des douze régions constitutionnelles et territoriales du Royaume. Mais elle existe déjà comme idée stratégique, économique et symbolique. Le Policy Center for the New South a publié une analyse intitulée « La Diaspora, une “13ème Région” en faveur du développement socio-économique du Maroc ».
La CGEM présente MeM by CGEM comme un espace destiné à connecter les Marocains entrepreneurs et hauts potentiels du monde pour stimuler l’investissement productif et la création de valeur économique. Le ministère de l’Enseignement supérieur a également préparé des « Assises de la 13ème région » consacrées aux compétences marocaines établies à l’étranger, dans le cadre du PACTE ESRI 2030.
Il faut donc être précis. La diaspora marocaine est déjà pensée, dans plusieurs espaces institutionnels, économiques et intellectuels, comme une treizième région. Mais cette reconnaissance reste encore largement symbolique, sectorielle et dispersée.
Elle n’a pas encore trouvé sa traduction opérationnelle dans un dispositif national intégré, capable de représenter cette diaspora, de la relier aux douze régions du Maroc, de mesurer sa contribution réelle, d’identifier ses attentes et de transformer son potentiel en projets concrets.
La CGEM présente MeM by CGEM comme un espace destiné à connecter les Marocains entrepreneurs et hauts potentiels du monde pour stimuler l’investissement productif et la création de valeur économique. Le ministère de l’Enseignement supérieur a également préparé des « Assises de la 13ème région » consacrées aux compétences marocaines établies à l’étranger, dans le cadre du PACTE ESRI 2030.
Il faut donc être précis. La diaspora marocaine est déjà pensée, dans plusieurs espaces institutionnels, économiques et intellectuels, comme une treizième région. Mais cette reconnaissance reste encore largement symbolique, sectorielle et dispersée.
Elle n’a pas encore trouvé sa traduction opérationnelle dans un dispositif national intégré, capable de représenter cette diaspora, de la relier aux douze régions du Maroc, de mesurer sa contribution réelle, d’identifier ses attentes et de transformer son potentiel en projets concrets.
C’est ici que l’idée d’un Twin Diaspora Maroc prend tout son sens.
Dans une réflexion précédente sur les Twin Cities, les Twin Regions et les Twin Diasporas, j’avais défendu l’idée que le Maroc devait dépasser la simple représentation administrative de ses territoires pour construire des jumeaux numériques capables de rendre visibles les dynamiques réelles : flux humains, compétences, investissements, mobilités, projets, besoins sociaux, opportunités économiques, liens familiaux, appartenances culturelles et capacités d’innovation. Une région ne se limite pas à une carte.
Elle est aussi faite de ses relations, de ses circulations, de ses réseaux et de ses prolongements humains dans le monde.
La diaspora marocaine est précisément cela : une région sans frontières classiques, mais avec une densité humaine, affective, économique, scientifique, culturelle et entrepreneuriale considérable.
Elle est à Paris, Bruxelles, Montréal, Madrid, Amsterdam, Düsseldorf, Milan, Londres, New York, Doha, Abidjan, Dakar, Pékin et ailleurs.
Elle est plurielle, mobile, intergénérationnelle, attachée au Maroc, mais encore trop souvent mal représentée dans les dispositifs territoriaux.
On parle souvent des douze régions du Royaume. Mais on oublie trop souvent de citer la diaspora comme cette treizième région humaine, vivante, distribuée et stratégique. Elle est appelée à contribuer, mais elle n’est pas toujours intégrée comme un territoire d’action publique à part entière.
Elle est sollicitée pour investir, mais elle est rarement cartographiée comme espace de compétences, de projets, de besoins, de confiance et de contribution.
Wald Maâlam parle de cette question avec une légitimité intime. Il ne regarde pas la diaspora marocaine de loin. Il en fait partie depuis près d’un demi-siècle. Il connaît cette situation particulière de celles et ceux qui vivent ailleurs, travaillent ailleurs, construisent ailleurs, mais gardent au fond d’eux un lien profond, parfois douloureux, parfois silencieux, avec le Maroc.
Il sait que la diaspora n’est pas seulement une catégorie statistique, ni une ligne dans les transferts financiers, ni un public que l’on convoque dans les grands forums. Elle est une expérience humaine, familiale, culturelle, professionnelle et existentielle.
Elle est aussi faite de ses relations, de ses circulations, de ses réseaux et de ses prolongements humains dans le monde.
La diaspora marocaine est précisément cela : une région sans frontières classiques, mais avec une densité humaine, affective, économique, scientifique, culturelle et entrepreneuriale considérable.
Elle est à Paris, Bruxelles, Montréal, Madrid, Amsterdam, Düsseldorf, Milan, Londres, New York, Doha, Abidjan, Dakar, Pékin et ailleurs.
Elle est plurielle, mobile, intergénérationnelle, attachée au Maroc, mais encore trop souvent mal représentée dans les dispositifs territoriaux.
On parle souvent des douze régions du Royaume. Mais on oublie trop souvent de citer la diaspora comme cette treizième région humaine, vivante, distribuée et stratégique. Elle est appelée à contribuer, mais elle n’est pas toujours intégrée comme un territoire d’action publique à part entière.
Elle est sollicitée pour investir, mais elle est rarement cartographiée comme espace de compétences, de projets, de besoins, de confiance et de contribution.
Wald Maâlam parle de cette question avec une légitimité intime. Il ne regarde pas la diaspora marocaine de loin. Il en fait partie depuis près d’un demi-siècle. Il connaît cette situation particulière de celles et ceux qui vivent ailleurs, travaillent ailleurs, construisent ailleurs, mais gardent au fond d’eux un lien profond, parfois douloureux, parfois silencieux, avec le Maroc.
Il sait que la diaspora n’est pas seulement une catégorie statistique, ni une ligne dans les transferts financiers, ni un public que l’on convoque dans les grands forums. Elle est une expérience humaine, familiale, culturelle, professionnelle et existentielle.
Mais aujourd’hui, une autre question apparaît. Wald Maâlam l’appellerait volontiers la question de la diaspora+.
La diaspora+, ce sont les enfants de la diaspora. Ce sont les enfants des Marocains du monde, parfois nés en France, en Belgique, en Espagne, aux Pays-Bas, au Canada, en Allemagne, en Italie, aux États-Unis ou ailleurs. Ce sont aussi les enfants de ces enfants. Ils ne vivent pas toujours le Maroc comme leurs parents ou leurs grands-parents.
Leur rapport au pays est parfois plus fragile, plus distancié, plus symbolique, plus culturel, plus numérique aussi. Ils parlent parfois moins l’arabe ou l’amazigh. Ils connaissent parfois mieux les institutions du pays où ils sont nés que celles du pays d’origine de leurs familles.
Pourtant, ils portent encore quelque chose du Maroc : un nom, une mémoire, une cuisine, une langue entendue dans l’enfance, des vacances, une maison familiale, une histoire racontée, une fierté, parfois une blessure, et une appartenance à reconstruire.
C’est pourquoi la question de la diaspora ne peut plus concerner uniquement la première génération, les investisseurs déjà identifiés ou les transferts financiers. Elle doit intégrer cette diaspora+ qui ne se reconnaît pas toujours dans les dispositifs classiques.
Cette jeunesse issue des Marocains du monde ne demande pas seulement des informations administratives. Elle a besoin d’un récit, d’un espace, d’une reconnaissance, d’un lien vivant et d’un projet dans lequel elle puisse se projeter.
Le discours du président du CCME ouvre une voie intéressante avec Goul-IA, le chatbot institutionnel intelligent du Conseil. Cet outil est présenté comme un moyen de casser les distances et d’offrir à la diaspora un accès immédiat et fiable à l’information administrative et économique.
Le discours indique aussi que les données issues de cette plateforme constituent déjà un baromètre des attentes de la communauté, notamment en matière d’investissement, de création d’entreprise, de subventions, de Tamwilcom, de foncier, d’immobilier et de fiscalité.
Il faut le dire clairement : Goul-IA est une bonne initiative. Elle montre que l’intelligence artificielle peut être utilisée de manière concrète par une institution publique pour informer, orienter et écouter. Elle permet de réduire la distance administrative, de simplifier l’accès à l’information et de capter des signaux utiles sur les attentes des Marocains du monde.
Mais Goul-IA doit être considéré comme une première brique. Un chatbot répond à des questions. Un Twin Diaspora permettrait de construire une intelligence stratégique de la diaspora.
La différence est fondamentale. Goul-IA informe. Le Twin Diaspora cartographierait. Goul-IA répond. Le Twin Diaspora relierait. Goul-IA capte des demandes.
Le Twin Diaspora transformerait ces demandes en indicateurs, en scénarios, en décisions et en projets. Goul-IA donne accès à l’information. Le Twin Diaspora donnerait une visibilité concrète à la diaspora comme treizième région du Royaume.
Leur rapport au pays est parfois plus fragile, plus distancié, plus symbolique, plus culturel, plus numérique aussi. Ils parlent parfois moins l’arabe ou l’amazigh. Ils connaissent parfois mieux les institutions du pays où ils sont nés que celles du pays d’origine de leurs familles.
Pourtant, ils portent encore quelque chose du Maroc : un nom, une mémoire, une cuisine, une langue entendue dans l’enfance, des vacances, une maison familiale, une histoire racontée, une fierté, parfois une blessure, et une appartenance à reconstruire.
C’est pourquoi la question de la diaspora ne peut plus concerner uniquement la première génération, les investisseurs déjà identifiés ou les transferts financiers. Elle doit intégrer cette diaspora+ qui ne se reconnaît pas toujours dans les dispositifs classiques.
Cette jeunesse issue des Marocains du monde ne demande pas seulement des informations administratives. Elle a besoin d’un récit, d’un espace, d’une reconnaissance, d’un lien vivant et d’un projet dans lequel elle puisse se projeter.
Le discours du président du CCME ouvre une voie intéressante avec Goul-IA, le chatbot institutionnel intelligent du Conseil. Cet outil est présenté comme un moyen de casser les distances et d’offrir à la diaspora un accès immédiat et fiable à l’information administrative et économique.
Le discours indique aussi que les données issues de cette plateforme constituent déjà un baromètre des attentes de la communauté, notamment en matière d’investissement, de création d’entreprise, de subventions, de Tamwilcom, de foncier, d’immobilier et de fiscalité.
Il faut le dire clairement : Goul-IA est une bonne initiative. Elle montre que l’intelligence artificielle peut être utilisée de manière concrète par une institution publique pour informer, orienter et écouter. Elle permet de réduire la distance administrative, de simplifier l’accès à l’information et de capter des signaux utiles sur les attentes des Marocains du monde.
Mais Goul-IA doit être considéré comme une première brique. Un chatbot répond à des questions. Un Twin Diaspora permettrait de construire une intelligence stratégique de la diaspora.
La différence est fondamentale. Goul-IA informe. Le Twin Diaspora cartographierait. Goul-IA répond. Le Twin Diaspora relierait. Goul-IA capte des demandes.
Le Twin Diaspora transformerait ces demandes en indicateurs, en scénarios, en décisions et en projets. Goul-IA donne accès à l’information. Le Twin Diaspora donnerait une visibilité concrète à la diaspora comme treizième région du Royaume.
Le chemin pourrait être construit en plusieurs étapes.
La première étape serait l’écoute. Les questions posées à Goul-IA ne doivent pas être lues seulement comme des demandes isolées. Elles doivent être considérées comme des signaux faibles.
Lorsque des Marocains du Canada, de Belgique, des Pays-Bas ou d’ailleurs interrogent les dispositifs d’aide, les démarches à distance, les possibilités de création d’entreprise ou les opportunités sectorielles, ils ne demandent pas seulement une réponse administrative. Ils expriment une intention, un besoin de confiance et une volonté potentielle d’agir.
La deuxième étape serait la mesure. Il faudrait mieux connaître les usages réels des transferts. Une politique sérieuse de mobilisation de la diaspora doit distinguer au moins trois grandes catégories : les transferts de soutien familial, les transferts d’investissement et les dépenses liées aux séjours de la diaspora au Maroc.
Cette dernière dimension est souvent sous-estimée. Lorsqu’un Marocain du monde vient au Maroc, il consomme, voyage, achète, rénove, invite, circule, paie des services, fréquente les commerces, soutient les restaurants, les artisans, les hôtels, les transports, les marchés locaux et parfois les événements familiaux ou culturels. Ces dépenses font aussi partie de la contribution économique de la diaspora.
La troisième étape serait la cartographie. Il faudrait représenter la diaspora par pays de résidence, région d’origine, génération, niveau de qualification, secteur d’activité, intention d’investissement, capacité de mentorat, type de contribution possible et lien avec les régions marocaines.
Cette cartographie devrait évidemment respecter la protection des données personnelles, l’anonymisation, le consentement et les règles de gouvernance éthique. Mais sans cartographie, il n’y a pas de visibilité. Et sans visibilité, il n’y a pas de stratégie.
La quatrième étape serait l’articulation avec les douze régions du Maroc. Chaque région devrait pouvoir identifier sa diaspora utile : ses ingénieurs, médecins, chercheurs, entrepreneurs, investisseurs, artistes, enseignants, cadres, artisans, étudiants, jeunes diplômés et retraités actifs établis à l’étranger. Inversement, chaque Marocain du monde devrait pouvoir identifier les projets, les filières, les besoins et les opportunités des régions marocaines.
La cinquième étape serait la simulation. Un Twin Diaspora pourrait permettre d’explorer plusieurs scénarios : que se passerait-il si une part marginale des transferts, après respect des besoins familiaux essentiels, était orientée vers des projets productifs régionaux ? Quels secteurs pourraient bénéficier d’un fonds diaspora ? Quelles régions ont le plus fort potentiel de co-investissement ? Quelles compétences marocaines à l’étranger pourraient soutenir les universités, les hôpitaux, les startups, les écoles, les collectivités locales ou les projets industriels ?
La sixième étape serait la décision. L’objectif ne serait pas de produire une plateforme de plus, mais d’aider les institutions à mieux agir. Le CCME, les régions, les CRI, l’AMDIE, les banques, le Fonds Mohammed VI pour l’Investissement, les universités, les chambres professionnelles et les associations de Marocains du monde pourraient disposer d’un même référentiel dynamique, actualisé, lisible et partagé.
Lorsque des Marocains du Canada, de Belgique, des Pays-Bas ou d’ailleurs interrogent les dispositifs d’aide, les démarches à distance, les possibilités de création d’entreprise ou les opportunités sectorielles, ils ne demandent pas seulement une réponse administrative. Ils expriment une intention, un besoin de confiance et une volonté potentielle d’agir.
La deuxième étape serait la mesure. Il faudrait mieux connaître les usages réels des transferts. Une politique sérieuse de mobilisation de la diaspora doit distinguer au moins trois grandes catégories : les transferts de soutien familial, les transferts d’investissement et les dépenses liées aux séjours de la diaspora au Maroc.
Cette dernière dimension est souvent sous-estimée. Lorsqu’un Marocain du monde vient au Maroc, il consomme, voyage, achète, rénove, invite, circule, paie des services, fréquente les commerces, soutient les restaurants, les artisans, les hôtels, les transports, les marchés locaux et parfois les événements familiaux ou culturels. Ces dépenses font aussi partie de la contribution économique de la diaspora.
La troisième étape serait la cartographie. Il faudrait représenter la diaspora par pays de résidence, région d’origine, génération, niveau de qualification, secteur d’activité, intention d’investissement, capacité de mentorat, type de contribution possible et lien avec les régions marocaines.
Cette cartographie devrait évidemment respecter la protection des données personnelles, l’anonymisation, le consentement et les règles de gouvernance éthique. Mais sans cartographie, il n’y a pas de visibilité. Et sans visibilité, il n’y a pas de stratégie.
La quatrième étape serait l’articulation avec les douze régions du Maroc. Chaque région devrait pouvoir identifier sa diaspora utile : ses ingénieurs, médecins, chercheurs, entrepreneurs, investisseurs, artistes, enseignants, cadres, artisans, étudiants, jeunes diplômés et retraités actifs établis à l’étranger. Inversement, chaque Marocain du monde devrait pouvoir identifier les projets, les filières, les besoins et les opportunités des régions marocaines.
La cinquième étape serait la simulation. Un Twin Diaspora pourrait permettre d’explorer plusieurs scénarios : que se passerait-il si une part marginale des transferts, après respect des besoins familiaux essentiels, était orientée vers des projets productifs régionaux ? Quels secteurs pourraient bénéficier d’un fonds diaspora ? Quelles régions ont le plus fort potentiel de co-investissement ? Quelles compétences marocaines à l’étranger pourraient soutenir les universités, les hôpitaux, les startups, les écoles, les collectivités locales ou les projets industriels ?
La sixième étape serait la décision. L’objectif ne serait pas de produire une plateforme de plus, mais d’aider les institutions à mieux agir. Le CCME, les régions, les CRI, l’AMDIE, les banques, le Fonds Mohammed VI pour l’Investissement, les universités, les chambres professionnelles et les associations de Marocains du monde pourraient disposer d’un même référentiel dynamique, actualisé, lisible et partagé.
Dans cette perspective, l’idée des obligations de la diaspora, évoquée par M. Driss El Yazami, prendrait une force nouvelle.
Ces obligations ne devraient pas être pensées seulement comme un instrument financier.
Elles devraient être intégrées dans une architecture de confiance : projets visibles, affectation transparente, impact territorial mesurable, suivi public, indicateurs d’emploi, de valeur ajoutée, de formation et d’innovation.
La confiance ne se décrète pas. Elle se construit par la preuve. Un Marocain du monde qui investit doit pouvoir voir où va son argent, quel projet il soutient, quelle région en bénéficie, qui accompagne le projet, quels résultats sont obtenus et comment l’impact est évalué. C’est précisément ce que pourrait permettre un Twin Diaspora bien conçu.
Wald Maâlam dirait peut-être les choses autrement. Dans l’artisanat, un fil isolé reste fragile. Mais lorsqu’il entre dans une trame, il devient tissu. La diaspora marocaine est composée de millions de fils dispersés dans le monde.
Certains sont économiques, d’autres scientifiques, culturels, familiaux, affectifs, entrepreneuriaux ou artistiques. Le défi du Maroc n’est pas seulement de compter ces fils. Il est de les tisser.
Elles devraient être intégrées dans une architecture de confiance : projets visibles, affectation transparente, impact territorial mesurable, suivi public, indicateurs d’emploi, de valeur ajoutée, de formation et d’innovation.
La confiance ne se décrète pas. Elle se construit par la preuve. Un Marocain du monde qui investit doit pouvoir voir où va son argent, quel projet il soutient, quelle région en bénéficie, qui accompagne le projet, quels résultats sont obtenus et comment l’impact est évalué. C’est précisément ce que pourrait permettre un Twin Diaspora bien conçu.
Wald Maâlam dirait peut-être les choses autrement. Dans l’artisanat, un fil isolé reste fragile. Mais lorsqu’il entre dans une trame, il devient tissu. La diaspora marocaine est composée de millions de fils dispersés dans le monde.
Certains sont économiques, d’autres scientifiques, culturels, familiaux, affectifs, entrepreneuriaux ou artistiques. Le défi du Maroc n’est pas seulement de compter ces fils. Il est de les tisser.
Le Twin Diaspora serait ce métier à tisser numérique, humain et territorial.
Il permettrait de passer d’une diaspora évoquée à une diaspora représentée. D’une diaspora sollicitée à une diaspora accompagnée. D’une diaspora affective à une diaspora stratégique. D’une diaspora invisible dans les tableaux de bord territoriaux à une treizième région pleinement intégrée aux politiques publiques.
Il permettrait aussi de relier trois niveaux aujourd’hui trop séparés : les douze régions du Royaume, la diaspora comme treizième région, et la diaspora+ comme prolongement générationnel de cette treizième région.
Sans cela, le risque est clair : nous continuerons à parler des Marocains du monde en pensant surtout à ceux qui ont connu directement le Maroc, alors qu’une partie de l’avenir se joue déjà chez leurs enfants.
Le Maroc ne part pas de rien. Le discours du président du CCME rappelle la Fondation Hassan II pour les MRE, l’opération Marhaba, les dispositifs bancaires, les CRI, MDM Invest, MDM Tamwil, l’AMDIE, le Fonds Mohammed VI pour l’Investissement et les initiatives récentes en faveur du co-investissement avec les porteurs de projets issus de la diaspora.
Mais l’accumulation des dispositifs ne suffit pas toujours à produire de la lisibilité. Le problème n’est pas uniquement de créer de nouveaux instruments. Il est de les rendre compréhensibles, reliés, accessibles, évaluables et appropriables. Le Twin Diaspora pourrait jouer ce rôle d’intégrateur.
Il permettrait de construire un parcours simple pour les Marocains du monde : je m’informe, je précise mon projet, j’identifie une région, je découvre les opportunités, je comprends les dispositifs, je suis orienté vers le bon interlocuteur, je trouve éventuellement un partenaire, je suis accompagné, je peux suivre l’impact de mon investissement ou de ma contribution.
Cette approche permettrait également de dépasser une vision trop réductrice des Marocains du monde comme simples envoyeurs de fonds.
Leur contribution ne se limite pas aux transferts. Elle inclut les compétences, les réseaux, la recherche, la formation, l’entrepreneuriat, l’innovation, la culture, le mentorat, la diplomatie économique et la capacité à ouvrir des marchés.
Le discours du CCME le rappelle avec force en soulignant que l’émigration marocaine a plus d’un siècle d’histoire et qu’elle a contribué à l’émergence du mouvement national, du roman, du cinéma, des arts plastiques, de la photographie, de la danse, de la chanson, de l’administration et de la littérature marocaine contemporaine.
Cette profondeur historique impose un changement de regard. Les Marocains du monde ne sont pas une annexe du Maroc. Ils sont une partie du Maroc. Ils ne sont pas seulement dehors. Ils sont aussi dedans, autrement. Ils ne sont pas seulement absents du territoire national. Ils sont présents dans la mémoire, les transferts, les familles, les projets, les compétences, les imaginaires et les réseaux.
Il permettrait aussi de relier trois niveaux aujourd’hui trop séparés : les douze régions du Royaume, la diaspora comme treizième région, et la diaspora+ comme prolongement générationnel de cette treizième région.
Sans cela, le risque est clair : nous continuerons à parler des Marocains du monde en pensant surtout à ceux qui ont connu directement le Maroc, alors qu’une partie de l’avenir se joue déjà chez leurs enfants.
Le Maroc ne part pas de rien. Le discours du président du CCME rappelle la Fondation Hassan II pour les MRE, l’opération Marhaba, les dispositifs bancaires, les CRI, MDM Invest, MDM Tamwil, l’AMDIE, le Fonds Mohammed VI pour l’Investissement et les initiatives récentes en faveur du co-investissement avec les porteurs de projets issus de la diaspora.
Mais l’accumulation des dispositifs ne suffit pas toujours à produire de la lisibilité. Le problème n’est pas uniquement de créer de nouveaux instruments. Il est de les rendre compréhensibles, reliés, accessibles, évaluables et appropriables. Le Twin Diaspora pourrait jouer ce rôle d’intégrateur.
Il permettrait de construire un parcours simple pour les Marocains du monde : je m’informe, je précise mon projet, j’identifie une région, je découvre les opportunités, je comprends les dispositifs, je suis orienté vers le bon interlocuteur, je trouve éventuellement un partenaire, je suis accompagné, je peux suivre l’impact de mon investissement ou de ma contribution.
Cette approche permettrait également de dépasser une vision trop réductrice des Marocains du monde comme simples envoyeurs de fonds.
Leur contribution ne se limite pas aux transferts. Elle inclut les compétences, les réseaux, la recherche, la formation, l’entrepreneuriat, l’innovation, la culture, le mentorat, la diplomatie économique et la capacité à ouvrir des marchés.
Le discours du CCME le rappelle avec force en soulignant que l’émigration marocaine a plus d’un siècle d’histoire et qu’elle a contribué à l’émergence du mouvement national, du roman, du cinéma, des arts plastiques, de la photographie, de la danse, de la chanson, de l’administration et de la littérature marocaine contemporaine.
Cette profondeur historique impose un changement de regard. Les Marocains du monde ne sont pas une annexe du Maroc. Ils sont une partie du Maroc. Ils ne sont pas seulement dehors. Ils sont aussi dedans, autrement. Ils ne sont pas seulement absents du territoire national. Ils sont présents dans la mémoire, les transferts, les familles, les projets, les compétences, les imaginaires et les réseaux.
C’est pourquoi la notion de treizième région ne doit pas rester une belle formule. Elle doit devenir une méthode d’action.
Reconnaître la diaspora comme treizième région, ce n’est pas lui donner artificiellement un statut administratif identique aux douze régions du Royaume. C’est lui donner une visibilité stratégique comparable.
C’est l’intégrer dans les tableaux de bord nationaux. C’est mesurer sa contribution autrement que par les transferts. C’est relier ses compétences aux besoins des territoires. C’est rendre ses projets visibles. C’est associer ses talents aux politiques publiques. C’est faire de ses réseaux un levier de développement régional, scientifique, économique et culturel.
Mais reconnaître la diaspora+, c’est aller encore plus loin. C’est accepter que le lien avec le Maroc ne se transmet plus automatiquement. Il doit être entretenu, expliqué, modernisé, rendu désirable et concret.
Les enfants de la diaspora ne reviendront pas au Maroc uniquement par nostalgie. Ils reviendront par projet, par opportunité, par reconnaissance, par expérience, par culture, par confiance et par possibilité de contribuer autrement.
Le Maroc entre dans une période où les territoires ne peuvent plus être pensés seulement comme des espaces géographiques. Ils doivent être pensés comme des systèmes vivants.
Les régions ont des prolongements humains dans le monde. Les villes ont des diasporas. Les familles ont des trajectoires transnationales. Les compétences circulent. Les investissements suivent la confiance. Les projets naissent souvent dans l’intersection entre mémoire, opportunité et accompagnement.
C’est pour cela qu’il faut passer du simple discours sur la diaspora à une architecture d’intelligence territoriale.
C’est l’intégrer dans les tableaux de bord nationaux. C’est mesurer sa contribution autrement que par les transferts. C’est relier ses compétences aux besoins des territoires. C’est rendre ses projets visibles. C’est associer ses talents aux politiques publiques. C’est faire de ses réseaux un levier de développement régional, scientifique, économique et culturel.
Mais reconnaître la diaspora+, c’est aller encore plus loin. C’est accepter que le lien avec le Maroc ne se transmet plus automatiquement. Il doit être entretenu, expliqué, modernisé, rendu désirable et concret.
Les enfants de la diaspora ne reviendront pas au Maroc uniquement par nostalgie. Ils reviendront par projet, par opportunité, par reconnaissance, par expérience, par culture, par confiance et par possibilité de contribuer autrement.
Le Maroc entre dans une période où les territoires ne peuvent plus être pensés seulement comme des espaces géographiques. Ils doivent être pensés comme des systèmes vivants.
Les régions ont des prolongements humains dans le monde. Les villes ont des diasporas. Les familles ont des trajectoires transnationales. Les compétences circulent. Les investissements suivent la confiance. Les projets naissent souvent dans l’intersection entre mémoire, opportunité et accompagnement.
C’est pour cela qu’il faut passer du simple discours sur la diaspora à une architecture d’intelligence territoriale.
Goul-IA peut être l’une des portes d’entrée de cette architecture. Mais le Twin Diaspora pourrait en être la colonne vertébrale.
Il ne s’agirait pas d’opposer les deux. Au contraire, il faudrait les articuler. Goul-IA pourrait continuer à répondre, informer et orienter. Le Twin Diaspora pourrait agréger, analyser, visualiser, simuler et aider à décider.
Ensemble, ils permettraient de transformer les questions posées par les Marocains du monde en connaissance utile, la connaissance utile en orientation, l’orientation en projets, les projets en investissements et les investissements en développement partagé.
Le Maroc a douze régions administratives. Il a aussi une treizième région humaine, historique, économique, scientifique et culturelle. Cette région est souvent évoquée, parfois mobilisée, mais pas encore suffisamment structurée comme telle.
Elle mérite mieux qu’une citation occasionnelle. Elle mérite une représentation, une méthode, une plateforme, des indicateurs, une gouvernance et une stratégie.
La diaspora marocaine ne demande pas seulement à être célébrée. Elle demande à être reconnue, comprise, accompagnée et associée.
Wald Maâlam dirait sans doute que le Maroc ne manque pas de fils. Il lui manque parfois le bon métier à tisser. Le Twin Diaspora pourrait être ce métier à tisser numérique et humain capable de relier les Marocains du monde aux douze régions du Royaume, non pas dans la nostalgie, mais dans la construction concrète de l’avenir.
Et peut-être faut-il ajouter ceci : le fil le plus fragile n’est pas toujours celui de la première génération.
Il est parfois celui des enfants et petits-enfants de la diaspora, cette diaspora+ qui portera demain le lien avec le Maroc, ou qui risque de le perdre si nous ne lui donnons pas une place, une voix, une image et un projet.
Par Dr Az-Eddine Bennani.
Ensemble, ils permettraient de transformer les questions posées par les Marocains du monde en connaissance utile, la connaissance utile en orientation, l’orientation en projets, les projets en investissements et les investissements en développement partagé.
Le Maroc a douze régions administratives. Il a aussi une treizième région humaine, historique, économique, scientifique et culturelle. Cette région est souvent évoquée, parfois mobilisée, mais pas encore suffisamment structurée comme telle.
Elle mérite mieux qu’une citation occasionnelle. Elle mérite une représentation, une méthode, une plateforme, des indicateurs, une gouvernance et une stratégie.
La diaspora marocaine ne demande pas seulement à être célébrée. Elle demande à être reconnue, comprise, accompagnée et associée.
Wald Maâlam dirait sans doute que le Maroc ne manque pas de fils. Il lui manque parfois le bon métier à tisser. Le Twin Diaspora pourrait être ce métier à tisser numérique et humain capable de relier les Marocains du monde aux douze régions du Royaume, non pas dans la nostalgie, mais dans la construction concrète de l’avenir.
Et peut-être faut-il ajouter ceci : le fil le plus fragile n’est pas toujours celui de la première génération.
Il est parfois celui des enfants et petits-enfants de la diaspora, cette diaspora+ qui portera demain le lien avec le Maroc, ou qui risque de le perdre si nous ne lui donnons pas une place, une voix, une image et un projet.
Par Dr Az-Eddine Bennani.