Au Maroc, la pêche et la transformation des produits de la mer jouent un rôle stratégique, tant pour la sécurité alimentaire que pour les exportations. Conserves, produits congelés, semi-conserves, farine et huile de poisson alimentent des chaînes nutritionnelles locales et internationales. La Fédération nationale des industries de transformation et de valorisation des produits de la pêche (FENIP), qui regroupe les industriels du secteur, défend une vision intégrée fondée sur la valorisation, l’innovation et la montée en gamme.
Mais derrière cette dynamique, les opérateurs décrivent une réalité plus fragile. Dans un entretien accordé au quotidien Le Matin, Hassan Sentissi El Idrissi pointe des dysfonctionnements qui freinent la création de valeur : accès incertain à la ressource halieutique, intermédiation jugée excessive, coûts énergétiques en hausse et concertation institutionnelle insuffisante. Selon lui, ces contraintes désorganisent la chaîne de valeur et finissent par se répercuter sur le consommateur.
Le premier défi reste l’approvisionnement en matière première. Au-delà des prix, c’est la régularité des volumes, la saisonnalité des captures et l’imprévisibilité des tailles débarquées qui posent problème. Cette instabilité complique la planification industrielle, provoque des arrêts de lignes et engendre des surcoûts. Sur le terrain, certains transformateurs reconnaissent devoir ralentir la cadence faute de visibilité, une situation qui accentue la pression sur l’emploi et la compétitivité.
L’enjeu se situe aussi en amont, au niveau de la flotte. Une partie des navires nécessite une modernisation, tant sur le plan énergétique que sur les équipements de conservation à bord, la sélectivité des captures et la qualité à la prise. Sans flotte performante et durable, il devient difficile de garantir un approvisionnement régulier répondant aux standards du marché local et international.
Parallèlement, l’aquaculture apparaît comme un levier stratégique encore sous-exploité. Bien que son potentiel soit reconnu, elle demeure en phase de structuration. Son développement pourrait sécuriser l’offre, réduire la pression sur les ressources halieutiques et accompagner la montée en valeur de la filière. Cette orientation s’inscrit dans la vision nationale d’une économie bleue durable et intégrée.
Pour le président de la FENIP, la filière se trouve à un moment charnière. Elle doit passer d’une dépendance à la variabilité des captures à une logique de complémentarité entre pêche et aquaculture, fondée sur la durabilité, l’innovation et l’efficacité organisationnelle. Le potentiel est réel, mais sa concrétisation dépend d’une gouvernance mieux coordonnée et d’investissements ciblés.
À l’heure où la souveraineté alimentaire et la valorisation durable des ressources deviennent des priorités, la filière halieutique se retrouve face à un choix déterminant : corriger ses fragilités structurelles ou risquer de freiner un moteur économique vital. L’enjeu dépasse l’industrie elle-même. Il concerne l’emploi côtier, le pouvoir d’achat et l’avenir d’une économie bleue appelée à jouer un rôle central dans le développement durable du Royaume.