Élections 2026 : la HACA surveille les antennes, mais qui surveillera les algorithmes ?


Rédigé par La rédaction le Samedi 15 Aout 2026

Depuis ce 15 août, radios et télévisions marocaines entrent sous régime électoral spécial. Une réglementation nécessaire, qui intègre même les risques liés à l’intelligence artificielle. Mais en 2026, la bataille politique se déroule aussi sur des plateformes dont les règles échappent largement aux frontières nationales.



À partir de ce samedi 15 août, la campagne électorale marocaine change juridiquement de régime médiatique.

La période spéciale encadrée par la Haute Autorité de la communication audiovisuelle s'étend jusqu'au 22 septembre, veille des élections législatives du 23 septembre. Elle comprend 26 jours de pré-campagne puis treize jours de campagne officielle, du 10 au 22 septembre.

Le dispositif impose notamment des règles concernant l'accès des partis aux antennes, les conflits d'intérêts, la présence de candidats parmi les animateurs et la diffusion de contenus susceptibles de tromper le public.

La nouveauté est importante : l'intelligence artificielle fait désormais explicitement partie du problème électoral.

Et c'est probablement là que commence la vraie difficulté.

La campagne n'est plus seulement à la télévision

Pendant longtemps, réguler une campagne audiovisuelle consistait essentiellement à surveiller des médias identifiables : chaînes de télévision et stations de radio.

On pouvait mesurer le temps de parole, identifier l'éditeur responsable et constater un manquement.

L'environnement numérique bouleverse cette architecture.

Un contenu politique peut aujourd'hui être fabriqué sur un ordinateur portable, diffusé simultanément sur plusieurs plateformes, repris par des centaines de comptes puis envoyé dans des milliers de groupes privés avant même qu'une rédaction professionnelle ait eu le temps de le vérifier.

Avec l'IA générative, une étape supplémentaire est franchie.

Cloner une voix, fabriquer une déclaration, modifier une vidéo ou générer une photographie crédible n'est plus réservé à des spécialistes disposant d'équipements coûteux.

Une asymétrie réglementaire

La HACA a raison d'intégrer les contenus artificiels trompeurs à son dispositif.

Mais une question institutionnelle apparaît immédiatement : comment assurer une compétition équitable lorsque les médias traditionnels sont soumis à des obligations précises tandis qu'une partie croissante de la communication politique circule sur des infrastructures numériques mondiales ?

Il ne s'agit pas de réclamer une police générale des réseaux sociaux.
Il s'agit de reconnaître que la notion même de « média électoral » est en train de changer.

Le véritable concurrent d'une émission politique diffusée à 21 heures peut être une vidéo verticale de trente secondes regardée deux millions de fois.

Le citoyen devient le dernier filtre

Cette campagne pourrait donc inaugurer une nouvelle responsabilité pour les médias marocains.

Ils ne devront plus seulement informer. Ils devront vérifier.

Un média crédible devra être capable de dire rapidement : cette vidéo est authentique ; cette déclaration est tronquée ; cette image a été générée ; ce chiffre est faux ; cette séquence date de trois ans.

Le fact-checking ne peut plus être une rubrique périphérique. Pendant une campagne électorale augmentée par l'IA, il devient une fonction démocratique centrale.

Cela concerne également les partis.

Utiliser des outils génératifs pour créer une affiche ou traduire un programme n'a rien de scandaleux. Les utiliser pour fabriquer une fausse déclaration d'un adversaire franchirait une tout autre ligne.

La première campagne de l'ère synthétique

Les législatives de 2026 ne seront probablement pas « l'élection de l'intelligence artificielle ».

Mais elles pourraient être les premières élections marocaines durant lesquelles chaque citoyen devra apprendre à se poser une question nouvelle devant son écran :

Est-ce que ce que je vois a réellement eu lieu ?

La HACA peut encadrer les antennes.
Les plateformes peuvent renforcer leurs dispositifs.
Les médias peuvent vérifier.
Mais la dernière ligne de défense restera le citoyen lui-même.

Et cela transforme l'éducation aux médias en enjeu électoral à part entière.

 




Samedi 15 Aout 2026
Dans la même rubrique :