Par Abdelghani El Arrasse Analyste économique Membre de L’AEI
À l’approche des prochaines élections législatives, le débat public va naturellement se concentrer sur les partis, les candidatures, les programmes, les alliances et, comme à chaque échéance électorale, les promesses.
C’est le fonctionnement normal d’une démocratie.
Mais au-delà de la compétition électorale, une question me paraît beaucoup plus importante pour les cinq prochaines années :
De quels parlementaires le Maroc a-t-il réellement besoin ?
Car gagner une élection et exercer efficacement un mandat parlementaire sont deux choses différentes.
Un Maroc qui change exige un Parlement à la hauteur de ses transformations
Notre pays a profondément changé au cours des dernières décennies.
Le Maroc investit dans les infrastructures, l’industrie, les énergies renouvelables, la protection sociale, les transports et la transformation numérique. Il prépare également de grands rendez-vous internationaux et renforce progressivement son positionnement économique entre l’Europe et l’Afrique.
Mais parallèlement à ces avancées demeurent des défis considérables : chômage des jeunes, qualité de l’éducation et de la santé, pouvoir d’achat, développement du capital humain, gestion de l’eau, disparités territoriales, compétitivité des entreprises et adaptation aux bouleversements provoqués par le numérique et l’intelligence artificielle.
Les cinq prochaines années seront donc déterminantes.
Face à des sujets aussi complexes, le Parlement ne peut être seulement un espace de représentation politique. Il doit être davantage un espace de compétence, de contrôle, d’évaluation, de débat et de proposition.
La responsabilité commence par le choix des candidats
Cela pose naturellement la question des investitures.
Les partis politiques ont ici une responsabilité considérable.
La capacité d’un candidat à mobiliser des électeurs est évidemment importante dans toute compétition démocratique. Mais elle ne devrait pas constituer le seul critère.
L’intégrité, la compétence, la connaissance du territoire, la capacité d’écoute, la compréhension des politiques publiques et l’aptitude à défendre des dossiers complexes devraient également peser dans la sélection des candidats.
Car le meilleur candidat n’est pas nécessairement celui qui sait le mieux gagner une campagne.
C’est aussi celui qui saura être utile au Parlement et au pays lorsque la campagne sera terminée.
Notre économie et notre société étant devenues plus complexes, la représentation nationale doit également pouvoir mobiliser une diversité de compétences : économie, droit, santé, éducation, agriculture, industrie, environnement, numérique, intelligence artificielle, politiques sociales, entrepreneuriat ou développement territorial.
La représentativité démocratique et la compétence ne doivent pas être opposées. Elles doivent se compléter.
Un député n’est pas un président de commune
Il existe également une confusion qu’il serait utile de dissiper pendant cette campagne.
Un député n’est ni un président de commune, ni une administration locale, ni quelqu’un capable de résoudre individuellement toutes les difficultés quotidiennes de sa circonscription.
Sa fonction constitutionnelle est d’une autre nature : voter les lois, contrôler l’action du gouvernement et évaluer les politiques publiques, tout en portant les préoccupations des citoyens et des territoires au niveau national.
Cette distinction est essentielle.
Elle permettrait aux candidats de faire des promesses correspondant réellement à leurs compétences et aux citoyens d’évaluer leurs élus sur ce qu’ils sont effectivement en mesure d’accomplir.
Promettre une réalisation qui ne relève pas des compétences d’un parlementaire peut éventuellement séduire pendant quelques semaines.
Mais une promesse impossible à tenir finit généralement par produire davantage de déception que de confiance.
Et si nous évaluions davantage le travail parlementaire ?
Notre culture électorale accorde beaucoup d’attention au moment de l’élection. Nous devrions probablement en accorder davantage aux cinq années qui suivent.
Pourquoi ne pas développer progressivement une véritable culture de reddition des comptes du mandat parlementaire ?
Le citoyen devrait pouvoir connaître et comprendre l'activité de son représentant : sa participation aux travaux parlementaires et aux commissions, les questions posées, les amendements et propositions défendus, les dossiers territoriaux portés au niveau national, ainsi que sa contribution au contrôle et à l’évaluation des politiques publiques.
Il ne s’agit pas de transformer le mandat parlementaire en simple addition de statistiques.
Il s’agit d’installer une culture simple : celui qui reçoit un mandat doit pouvoir expliquer régulièrement ce qu’il en fait.
La proximité ne doit pas commencer avec la campagne
La relation avec le citoyen constitue l’autre enjeu majeur.
Pendant les campagnes électorales, les candidats retournent naturellement sur le terrain, organisent des rencontres, écoutent les habitants et multiplient les contacts.
Mais cette proximité devrait se poursuivre après le scrutin.
Un parlementaire devrait maintenir un dialogue régulier avec son territoire, rencontrer les acteurs économiques et sociaux, écouter les jeunes et les entreprises, comprendre les difficultés locales et expliquer son action parlementaire.
La proximité ne signifie pas promettre de résoudre personnellement chaque problème.
Elle signifie écouter, expliquer, transmettre, défendre et rendre compte.
C’est ainsi que peut progressivement se reconstruire la confiance.
À l’ère des réseaux sociaux, attention à la politique de l’apparence
Cette exigence devient encore plus importante avec la transformation de la communication politique.
Les réseaux sociaux permettent aujourd’hui à un candidat ou à un élu de toucher des milliers de personnes en quelques minutes. Ils constituent un formidable outil de dialogue démocratique.
Mais ils peuvent également favoriser les slogans faciles, la simplification excessive, la désinformation et parfois la confusion entre visibilité et efficacité.
Une vidéo largement partagée ne remplace pas un amendement bien préparé.
Une publication virale ne remplace pas le contrôle d’une politique publique.
Et la popularité numérique ne peut constituer, à elle seule, la mesure de l’utilité d’un parlementaire.
Le prochain Parlement devra donc apprendre à conjuguer communication et travail de fond.
Passer des grandes infrastructures à l’efficacité et au capital humain
Le Maroc a consacré des efforts considérables à la modernisation de ses infrastructures et poursuit cette dynamique.
Mais les prochaines années devront également être celles du capital humain et de l’efficacité des politiques publiques.
Construire une école est indispensable. Encore faut-il mesurer la qualité de l’apprentissage.
Construire ou moderniser un établissement de santé est essentiel. Encore faut-il évaluer la qualité et l’accessibilité des soins.
Créer des programmes en faveur de l’emploi est nécessaire. Encore faut-il savoir combien d’emplois durables ils permettent réellement de créer.
Mobiliser des milliards de dirhams dans une politique publique est important. Mais le Parlement doit également se demander : quels résultats ces investissements produisent-ils concrètement pour le citoyen ?
C’est probablement l’un des grands défis de la prochaine législature : passer progressivement d’une culture des moyens engagés à une culture des résultats obtenus.
Le débat électoral devrait aussi porter sur les solutions
Une campagne électorale est naturellement une confrontation entre projets politiques.
Les divergences sont légitimes et même nécessaires.
Mais le débat gagnerait à porter davantage sur les solutions que sur les personnes.
Comment créer davantage d’emplois de qualité ? Comment améliorer réellement l’école ? Comment renforcer notre système de santé ? Comment mieux accompagner les TPE et les PME ? Comment réduire les disparités territoriales ? Comment préparer les compétences marocaines à l’intelligence artificielle ? Comment améliorer l’efficacité de la dépense publique ?
Sur ces sujets, les citoyens ont besoin de propositions crédibles, chiffrées lorsque cela est possible et compatibles avec les réalités économiques du pays.
La politique retrouve toute sa noblesse lorsqu’elle devient une compétition entre solutions pour servir l’intérêt général, et non simplement entre slogans.
Une élection mesure des voix, un mandat mesure une responsabilité
Une campagne électorale ne dure que quelques semaines.
Un mandat parlementaire dure cinq ans.
Le jour du scrutin, les électeurs départageront les candidats par leurs voix.
Mais pendant les cinq années suivantes, d’autres critères devront permettre d’apprécier le mandat : la présence, le travail, la compétence, l’intégrité, la capacité d’écoute, la qualité des propositions et les résultats obtenus.
Les élections passent. Les institutions demeurent.
Et la confiance des citoyens ne peut être reconstruite uniquement pendant une campagne électorale.
Le véritable enjeu des élections de 2026 n’est donc pas seulement de savoir qui gagnera des sièges. Il est de savoir quelle qualité de représentation nationale nous voulons pour accompagner le Maroc des cinq prochaines années.
Avant de solliciter la confiance des électeurs, chaque candidat pourrait ainsi se poser une question simple :
« Que vais-je réellement apporter au Parlement, à mon territoire et à mon pays pendant cinq ans ? »
Et avant de choisir, chaque électeur pourrait s’en poser une autre :
« Qui sera encore présent, compétent, responsable et utile lorsque la campagne sera terminée ? »
C’est le fonctionnement normal d’une démocratie.
Mais au-delà de la compétition électorale, une question me paraît beaucoup plus importante pour les cinq prochaines années :
De quels parlementaires le Maroc a-t-il réellement besoin ?
Car gagner une élection et exercer efficacement un mandat parlementaire sont deux choses différentes.
Un Maroc qui change exige un Parlement à la hauteur de ses transformations
Notre pays a profondément changé au cours des dernières décennies.
Le Maroc investit dans les infrastructures, l’industrie, les énergies renouvelables, la protection sociale, les transports et la transformation numérique. Il prépare également de grands rendez-vous internationaux et renforce progressivement son positionnement économique entre l’Europe et l’Afrique.
Mais parallèlement à ces avancées demeurent des défis considérables : chômage des jeunes, qualité de l’éducation et de la santé, pouvoir d’achat, développement du capital humain, gestion de l’eau, disparités territoriales, compétitivité des entreprises et adaptation aux bouleversements provoqués par le numérique et l’intelligence artificielle.
Les cinq prochaines années seront donc déterminantes.
Face à des sujets aussi complexes, le Parlement ne peut être seulement un espace de représentation politique. Il doit être davantage un espace de compétence, de contrôle, d’évaluation, de débat et de proposition.
La responsabilité commence par le choix des candidats
Cela pose naturellement la question des investitures.
Les partis politiques ont ici une responsabilité considérable.
La capacité d’un candidat à mobiliser des électeurs est évidemment importante dans toute compétition démocratique. Mais elle ne devrait pas constituer le seul critère.
L’intégrité, la compétence, la connaissance du territoire, la capacité d’écoute, la compréhension des politiques publiques et l’aptitude à défendre des dossiers complexes devraient également peser dans la sélection des candidats.
Car le meilleur candidat n’est pas nécessairement celui qui sait le mieux gagner une campagne.
C’est aussi celui qui saura être utile au Parlement et au pays lorsque la campagne sera terminée.
Notre économie et notre société étant devenues plus complexes, la représentation nationale doit également pouvoir mobiliser une diversité de compétences : économie, droit, santé, éducation, agriculture, industrie, environnement, numérique, intelligence artificielle, politiques sociales, entrepreneuriat ou développement territorial.
La représentativité démocratique et la compétence ne doivent pas être opposées. Elles doivent se compléter.
Un député n’est pas un président de commune
Il existe également une confusion qu’il serait utile de dissiper pendant cette campagne.
Un député n’est ni un président de commune, ni une administration locale, ni quelqu’un capable de résoudre individuellement toutes les difficultés quotidiennes de sa circonscription.
Sa fonction constitutionnelle est d’une autre nature : voter les lois, contrôler l’action du gouvernement et évaluer les politiques publiques, tout en portant les préoccupations des citoyens et des territoires au niveau national.
Cette distinction est essentielle.
Elle permettrait aux candidats de faire des promesses correspondant réellement à leurs compétences et aux citoyens d’évaluer leurs élus sur ce qu’ils sont effectivement en mesure d’accomplir.
Promettre une réalisation qui ne relève pas des compétences d’un parlementaire peut éventuellement séduire pendant quelques semaines.
Mais une promesse impossible à tenir finit généralement par produire davantage de déception que de confiance.
Et si nous évaluions davantage le travail parlementaire ?
Notre culture électorale accorde beaucoup d’attention au moment de l’élection. Nous devrions probablement en accorder davantage aux cinq années qui suivent.
Pourquoi ne pas développer progressivement une véritable culture de reddition des comptes du mandat parlementaire ?
Le citoyen devrait pouvoir connaître et comprendre l'activité de son représentant : sa participation aux travaux parlementaires et aux commissions, les questions posées, les amendements et propositions défendus, les dossiers territoriaux portés au niveau national, ainsi que sa contribution au contrôle et à l’évaluation des politiques publiques.
Il ne s’agit pas de transformer le mandat parlementaire en simple addition de statistiques.
Il s’agit d’installer une culture simple : celui qui reçoit un mandat doit pouvoir expliquer régulièrement ce qu’il en fait.
La proximité ne doit pas commencer avec la campagne
La relation avec le citoyen constitue l’autre enjeu majeur.
Pendant les campagnes électorales, les candidats retournent naturellement sur le terrain, organisent des rencontres, écoutent les habitants et multiplient les contacts.
Mais cette proximité devrait se poursuivre après le scrutin.
Un parlementaire devrait maintenir un dialogue régulier avec son territoire, rencontrer les acteurs économiques et sociaux, écouter les jeunes et les entreprises, comprendre les difficultés locales et expliquer son action parlementaire.
La proximité ne signifie pas promettre de résoudre personnellement chaque problème.
Elle signifie écouter, expliquer, transmettre, défendre et rendre compte.
C’est ainsi que peut progressivement se reconstruire la confiance.
À l’ère des réseaux sociaux, attention à la politique de l’apparence
Cette exigence devient encore plus importante avec la transformation de la communication politique.
Les réseaux sociaux permettent aujourd’hui à un candidat ou à un élu de toucher des milliers de personnes en quelques minutes. Ils constituent un formidable outil de dialogue démocratique.
Mais ils peuvent également favoriser les slogans faciles, la simplification excessive, la désinformation et parfois la confusion entre visibilité et efficacité.
Une vidéo largement partagée ne remplace pas un amendement bien préparé.
Une publication virale ne remplace pas le contrôle d’une politique publique.
Et la popularité numérique ne peut constituer, à elle seule, la mesure de l’utilité d’un parlementaire.
Le prochain Parlement devra donc apprendre à conjuguer communication et travail de fond.
Passer des grandes infrastructures à l’efficacité et au capital humain
Le Maroc a consacré des efforts considérables à la modernisation de ses infrastructures et poursuit cette dynamique.
Mais les prochaines années devront également être celles du capital humain et de l’efficacité des politiques publiques.
Construire une école est indispensable. Encore faut-il mesurer la qualité de l’apprentissage.
Construire ou moderniser un établissement de santé est essentiel. Encore faut-il évaluer la qualité et l’accessibilité des soins.
Créer des programmes en faveur de l’emploi est nécessaire. Encore faut-il savoir combien d’emplois durables ils permettent réellement de créer.
Mobiliser des milliards de dirhams dans une politique publique est important. Mais le Parlement doit également se demander : quels résultats ces investissements produisent-ils concrètement pour le citoyen ?
C’est probablement l’un des grands défis de la prochaine législature : passer progressivement d’une culture des moyens engagés à une culture des résultats obtenus.
Le débat électoral devrait aussi porter sur les solutions
Une campagne électorale est naturellement une confrontation entre projets politiques.
Les divergences sont légitimes et même nécessaires.
Mais le débat gagnerait à porter davantage sur les solutions que sur les personnes.
Comment créer davantage d’emplois de qualité ? Comment améliorer réellement l’école ? Comment renforcer notre système de santé ? Comment mieux accompagner les TPE et les PME ? Comment réduire les disparités territoriales ? Comment préparer les compétences marocaines à l’intelligence artificielle ? Comment améliorer l’efficacité de la dépense publique ?
Sur ces sujets, les citoyens ont besoin de propositions crédibles, chiffrées lorsque cela est possible et compatibles avec les réalités économiques du pays.
La politique retrouve toute sa noblesse lorsqu’elle devient une compétition entre solutions pour servir l’intérêt général, et non simplement entre slogans.
Une élection mesure des voix, un mandat mesure une responsabilité
Une campagne électorale ne dure que quelques semaines.
Un mandat parlementaire dure cinq ans.
Le jour du scrutin, les électeurs départageront les candidats par leurs voix.
Mais pendant les cinq années suivantes, d’autres critères devront permettre d’apprécier le mandat : la présence, le travail, la compétence, l’intégrité, la capacité d’écoute, la qualité des propositions et les résultats obtenus.
Les élections passent. Les institutions demeurent.
Et la confiance des citoyens ne peut être reconstruite uniquement pendant une campagne électorale.
Le véritable enjeu des élections de 2026 n’est donc pas seulement de savoir qui gagnera des sièges. Il est de savoir quelle qualité de représentation nationale nous voulons pour accompagner le Maroc des cinq prochaines années.
Avant de solliciter la confiance des électeurs, chaque candidat pourrait ainsi se poser une question simple :
« Que vais-je réellement apporter au Parlement, à mon territoire et à mon pays pendant cinq ans ? »
Et avant de choisir, chaque électeur pourrait s’en poser une autre :
« Qui sera encore présent, compétent, responsable et utile lorsque la campagne sera terminée ? »
Car finalement, on peut gagner une élection avec des voix. Mais on ne réussit un mandat qu’en méritant durablement la confiance.