Élections en Guinée : entre textes et pratiques politiques


Rédigé par PATRICIA GOMBO BOKI le Mardi 10 Février 2026

Un nouveau décret du gouvernement guinéen attribuant au ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation (MATD) l’organisation des élections soulève de vives interrogations sur la conformité avec la Constitution.



Décret contesté : le MATD en première ligne

Le pouvoir exécutif a confié au MATD la mission de procéder à l’établissement et à la mise à jour du fichier électoral, ainsi que d’organiser les élections politiques et référendums. Ce choix surprend dans un pays où la loi fondamentale réserve ces compétences à un Organe technique indépendant de gestion des élections (OTIGE), conformément à l’article 174 de la Constitution. L’indépendance du processus électoral n’est pas optionnelle ; elle est constitutionnelle.
 
Une justification fragile
 
Pour justifier cette entorse, les autorités se retranchent derrière une disposition transitoire du Code électoral, qui autoriserait la Direction générale des élections à organiser les scrutins en attendant l’installation de l’OTIGE. C’est sur cette base que l’élection présidentielle du 28 décembre 2025 a été tenue.
 
 La Constitution ne prévoit aucune transition de ce type. Une loi ordinaire ne peut corriger ou suspendre une norme constitutionnelle : elle doit s’y conformer. En donnant au MATD des compétences réservées à un organe indépendant, le décret ne règle pas le problème ; il l’aggrave.
 
Un choix politique aux risques élevés
 
Le cœur du débat n’est donc pas l’absence matérielle de l’OTIGE, mais la décision de contourner l’esprit et la lettre de la Constitution. En persistant à organiser les élections hors du cadre prévu, le pouvoir installe une pratique dangereuse, la Constitution s’adapte aux décisions politiques au lieu de les encadrer.
 
Crédibilité des institutions en jeu
 
À force de répéter que la Constitution est la loi suprême tout en la traitant comme secondaire, la confiance des citoyens dans le processus électoral s’érode. La légitimité du pouvoir, censée reposer sur un cadre clair et indépendant, devient fragile.
 
À l’horizon des élections : les points chauds à suivre
 
Les prochains scrutins devront être observés de près  ,quelle autorité supervisera réellement le processus ? Les citoyens et acteurs politiques guinéens surveilleront l’application du décret et la mise en place de garanties pour préserver l’indépendance du vote. Toute ambiguïté pourrait alimenter tensions et contestations.
 





Mardi 10 Février 2026
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