Éloge du papier à l’ère de l’IA : un enjeu de souveraineté cognitive pour le Maroc


Par Dr Az-Eddine Bennani

Au Maroc, de nombreux jeunes et moins jeunes demeurent profondément attachés au papier, au livre, à la lecture imprimée. Ils fréquentent encore les librairies, s’arrêtent aux kiosques, feuillettent les journaux, achètent des ouvrages scolaires, universitaires ou littéraires. Mais cet attachement s’accompagne aujourd’hui d’une inquiétude croissante : disparition progressive des librairies indépendantes, raréfaction des kiosques, fragilisation de toute une chaîne culturelle liée au livre et à la presse écrite.



Cette inquiétude n’est pas un simple réflexe nostalgique.

Elle traduit une intuition juste : le papier et le livre ne sont pas de simples supports techniques, mais des objets culturels, éducatifs et cognitifs à préserver. Ils structurent le rapport au savoir, au temps, à la mémoire et à la transmission.

C’est dans ce contexte que l’article Éloge du papier, publié dans Le Monde diplomatique, mérite une lecture attentive au Maroc.

Non pour opposer le papier au numérique ou à l’intelligence artificielle, mais parce qu’il pose une question stratégique trop rarement formulée : qui gouverne aujourd’hui nos conditions de pensée à l’ère du numérique et de l’IA ?

Le papier n’est pas un simple médium.

C’est une technologie de la pensée. Il impose une lecture continue, un temps long, une attention soutenue.

À l’inverse, l’écosystème numérique contemporain amplifié par l’IA générative repose sur la fragmentation, l’urgence et la sollicitation permanente.

La souveraineté cognitive désigne la capacité d’une société à maîtriser ses conditions d’attention, de compréhension et de jugement, sans dépendre de systèmes techniques opaques.

À l’ère de l’intelligence artificielle, défendre le papier n’est pas refuser le progrès. C’est rappeler que penser exige du temps.

Par Dr Az-Eddine Bennani


Lundi 5 Janvier 2026

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