Engrais : Fitch anticipe une hausse des intrants, les phosphates du Maroc résistent


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Lundi 16 Mars 2026

Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient commencent à se répercuter sur le marché mondial des engrais. Dans une récente note, Fitch Ratings a relevé ses prévisions de prix pour plusieurs intrants agricoles, notamment azotés. Dans ce contexte de volatilité, le Maroc bénéficie d’un facteur de stabilité majeur : la solidité du marché des phosphates.



Les turbulences au Moyen-Orient continuent de produire des effets bien au-delà de la sphère diplomatique. Cette fois, c’est le marché mondial des engrais qui ressent les secousses. Dans une récente alerte publiée dans un « Fitch Wire », l’agence de notation Fitch Ratings a revu à la hausse ses hypothèses de prix pour plusieurs intrants agricoles essentiels. À l’origine de cette révision : les perturbations du commerce énergétique et maritime liées aux tensions régionales.
 

Le détroit d’Ormuz concentre particulièrement les inquiétudes. En temps normal, près d’un tiers des exportations mondiales de pétrole y transitent. Lorsque cette route maritime stratégique se retrouve perturbée, les effets se répercutent rapidement sur les marchés énergétiques. Or, la production de nombreux engrais dépend étroitement du gaz naturel. Toute tension sur l’énergie se traduit donc presque mécaniquement par une pression sur les coûts de production des fertilisants.
 

Dans son analyse, Fitch estime que les engrais azotés seront les plus exposés à cette hausse des coûts. Les nouvelles projections pour 2026 traduisent clairement cette tendance. Le prix de l’ammoniac matière première clé dans la fabrication d’engrais devrait atteindre 375 dollars la tonne, contre 300 dollars dans les estimations précédentes pour les prix FOB Moyen-Orient. L’urée, autre intrant majeur du secteur, pourrait grimper à 420 dollars la tonne, alors que les projections antérieures l’établissaient autour de 340 dollars. Cette évolution correspond à une augmentation de plus de 23 %.
 

Cette hausse reflète la forte dépendance des engrais azotés aux coûts énergétiques. Lorsque le prix du gaz naturel augmente ou que l’approvisionnement devient plus incertain, l’industrie agricole mondiale en ressent immédiatement les effets. Les tensions logistiques et les perturbations maritimes accentuent encore cette volatilité, rendant les projections de prix particulièrement sensibles aux évolutions géopolitiques.
 

Dans ce climat tendu, le segment des engrais phosphatés apparaît plus stable. Et c’est précisément là que le Maroc dispose d’un avantage stratégique. Selon Fitch Ratings, le prix de la roche phosphatée devrait rester autour de 150 dollars la tonne en 2026, en prix FOB Maroc. Cette stabilité relative s’explique notamment par la configuration géographique des principaux pays producteurs. Le Maroc, la Jordanie et la Syrie disposent d’accès directs à la Méditerranée ou à la mer Rouge, ce qui limite l’impact des perturbations maritimes dans le Golfe.
 

Pour le Royaume, détenteur des plus importantes réserves mondiales de phosphates, cette situation constitue un avantage compétitif notable dans un marché mondial devenu plus volatil. Alors que certains intrants agricoles subissent de fortes pressions sur les coûts, la stabilité relative des phosphates renforce l’attractivité des engrais issus de cette filière.
 

Certains segments du marché restent néanmoins sous surveillance. Le phosphate di-ammonique (DAP) devrait atteindre environ 650 dollars la tonne, une tension alimentée notamment par la pénurie internationale de soufre et par certaines restrictions sur les exportations chinoises. Du côté de la potasse, Fitch anticipe une progression plus modérée : les prix pourraient passer d’environ 260 dollars à 280 dollars la tonne en 2026, en prix FOB Vancouver.
 

L’agence de notation nuance toutefois ces tensions. Selon ses projections, la pression actuelle sur les prix des engrais pourrait progressivement s’atténuer à partir de 2027-2028, à mesure que les chaînes d’approvisionnement mondiales se stabilisent et que les flux commerciaux retrouvent un fonctionnement plus fluide.
 

Dans un marché agricole mondial marqué par l’incertitude, la stabilité devient un avantage rare. La résilience des phosphates confère ainsi au Maroc une position relativement solide face aux turbulences du marché des intrants agricoles. Pour les producteurs marocains, cette configuration pourrait renforcer l’attractivité de leurs fertilisants sur les marchés internationaux. Dans un contexte où la sécurité d’approvisionnement et la stabilité des prix deviennent des critères décisifs, la filière marocaine des phosphates apparaît plus que jamais comme un pilier stratégique de l’économie agricole mondiale.





Lundi 16 Mars 2026
Dans la même rubrique :