Essaouira : 250 mm de pluie et 160.000 hectares emblavés, le grand réveil agricole après 7 ans de sécheresse


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Lundi 26 Janvier 2026

Après sept années de sécheresse qui ont mis l’agriculture locale sous pression, la province d’Essaouira retrouve enfin des couleurs. Depuis fin novembre, plus de 250 mm de pluie, bien répartis, ont relancé les cultures, soulagé l’élevage et ravivé l’arganier. Sur le terrain, la campagne 2025-2026 s’annonce meilleure que prévu, même si la vigilance reste de mise face aux aléas climatiques.



Après sept années consécutives de stress hydrique, Essaouira respire. Et ce n’est pas une formule : il suffit de traverser la zone de Meskala, cœur agricole de la province, pour comprendre ce que signifie « retour de la vie ». Les champs ont repris leur vert, les parcelles se remplissent, les exploitations reprennent du rythme. Cette saison, la pluie n’est pas tombée en pointillés. Elle s’est installée, avec une régularité rare, offrant une fenêtre de relance à des agriculteurs qui, ces dernières années, avaient surtout appris à composer avec l’incertitude.
 

La campagne agricole 2025-2026 avait pourtant démarré dans une atmosphère tendue. Retard des précipitations, prudence dans les semis, hésitation sur les achats d’intrants… Le scénario était connu. Puis, à partir de fin novembre, la tendance s’est renversée : la province a enregistré une pluviométrie jugée exceptionnelle, dépassant 250 mm, avec une répartition favorable. Résultat : une amélioration nette de l’humidité des sols et une recharge appréciable des réserves hydriques. Ce détail compte, car à Essaouira, ce n’est pas seulement la quantité de pluie qui fait la différence, c’est sa cadence et sa répartition.


Des cultures relancées, une confiance qui revient

Dans ce contexte, les grandes cultures ont repris de la vigueur. À l’échelle provinciale, plus de 160.000 hectares ont été emblavés en cultures d’automne, un niveau qui dépasse les objectifs initialement programmés. Ce chiffre, à lui seul, raconte une mobilisation : celle d’agriculteurs qui ont choisi d’y croire, parfois après plusieurs saisons où l’investissement semblait presque risqué. Il faut le dire : quand la pluie revient, elle ne fait pas que nourrir les sols, elle remet aussi de la confiance dans les décisions.
 

Cette dynamique a été accompagnée, selon la directrice provinciale de l’Agriculture par intérim, Loubna Boussou, par un renforcement de l’approvisionnement en semences sélectionnées et en engrais subventionnés. La responsable met également en avant l’encouragement au semis direct et au conseil agricole, deux leviers qui visent à renforcer la résilience des exploitations. Autrement dit : profiter de l’embellie, oui, mais en gardant en tête que le climat, lui, ne signe aucun contrat de stabilité.
 

L’élevage, autre pilier de l’économie rurale, profite aussi de ce retournement. La régénération du couvert végétal naturel a amélioré les pâturages et réduit la dépendance aux aliments achetés. Pour de nombreux éleveurs, c’est un soulagement immédiat : moins de dépenses, moins de pression sur les marges, et une capacité à maintenir le cheptel sans se saigner financièrement. Dans une province où l’élevage est souvent un filet de sécurité pour les ménages, cette baisse des charges n’a rien d’anecdotique.
 

Du côté du maraîchage, les indicateurs sont également orientés au vert. Essaouira compte près de 6.000 hectares dédiés aux cultures légumières : tomate, oignon, poivron, petit pois, carotte, navet… La perspective d’une production plus abondante arrive à un moment sensible, à l’approche du Ramadan, période où la demande locale monte en flèche. Là aussi, l’enjeu dépasse la seule production : il touche à l’équilibre des marchés, à la disponibilité des produits et, en filigrane, au pouvoir d’achat des ménages.


Arganier, olive, eau : une embellie… à sécuriser

Mais l’un des symboles les plus forts de cette saison reste sans doute l’arganier. Après sept années de sécheresse sévère, l’arbre emblématique de la province connaît une forme de renaissance. La phase coutumière de protection de la forêt, l’Agdal, devrait être activée à partir de mai ou juin, en vue d’une récolte prévue en septembre. Avec plus de 136.000 hectares de forêt d’arganiers dans la province, les prévisions évoquent un rendement dépassant une tonne par hectare pour les vergers agricoles, et une production pouvant atteindre 2.000 tonnes d’huile, soit environ 25% de la production nationale. Une amélioration qui, si elle se confirme, pourrait contribuer à stabiliser les prix de cette huile devenue précieuse, parfois même inaccessible pour une partie des consommateurs.
 

La filière oléicole, elle aussi, reprend de l’élan. Floraison et fructification se sont nettement améliorées, laissant espérer une campagne prometteuse en rendement comme en qualité. Les retombées attendues sont doubles : plus d’activité pour les unités de trituration et un regain d’emploi local, notamment saisonnier. Sur les marchés, certains agriculteurs parlent déjà d’une baisse des prix de l’huile d’olive au niveau local, portée par l’abondance de la production.
 

Sur le plan des ressources hydriques, les pluies ont permis une recharge appréciable des nappes phréatiques, notamment dans les zones irriguées. Cette évolution renforce la durabilité de l’irrigation, en particulier le goutte-à-goutte, devenu essentiel pour amortir les chocs climatiques et sécuriser la production.
 

Sur le terrain, les témoignages confirment l’ambiance. « Grâce aux précipitations abondantes, l’état des cultures est excellent. Nous avons pu apporter les engrais nécessaires et préparer sereinement les cultures de printemps », confie un agriculteur , évoquant une mobilisation agricole rarement vue depuis les années de sécheresse. Dans la commune voisine d’Aït Said, réputée pour le blé et la farine, Ahmed Boumaiz se félicite de rendements pouvant atteindre 40 quintaux à l’hectare, un niveau redevenu possible après plusieurs saisons où il semblait hors de portée. Et pour Abdellah Rachid, agriculteur et éleveur, la saison est « exceptionnelle », avec des huileries tournant à plein régime et des rendements en huile atteignant jusqu’à 20 litres pour 100 kg d’olives.
 

Dans l’ensemble, cette saison marque un redémarrage global des filières agricoles d’Essaouira : amélioration des conditions de production, réduction des charges, regain de confiance, et renforcement de la sécurité alimentaire. Mais personne n’ignore la fragilité de ce retour à la normale. Les autorités agricoles restent mobilisées pour consolider ces acquis et poursuivre les efforts visant à renforcer la résilience du secteur face aux changements climatiques.
 

À Essaouira, la pluie a relancé plus que des cultures : elle a ravivé une économie rurale qui refuse de céder au fatalisme. La vraie question, désormais, n’est pas seulement de profiter de cette embellie, mais de la transformer en stratégie durable, pour que la prochaine sécheresse ne remette pas tout à zéro.





Lundi 26 Janvier 2026
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