Et la sanction fut… ce que risque réellement le Sénégal


Rédigé par La rédaction le Dimanche 25 Janvier 2026

Finale CAN : la commission disciplinaire de la CAF va statuer ce mardi



La finale de la CAN 2025 entre le Maroc et le Sénégal restera comme l’un de ces matchs où le football cesse d’être un simple jeu pour devenir un objet juridique, politique et institutionnel. Ce qui devait consacrer un tournoi salué pour sa qualité organisationnelle et sportive a glissé, en quelques minutes, vers un dossier disciplinaire parmi les plus sensibles de l’histoire récente de la Confédération africaine de football (CAF).
 

Dès le coup de sifflet final, la rencontre n’était plus seulement analysée à l’aune du score ou des décisions arbitrales. Elle entrait dans le champ du droit. Le report de la réunion de la commission de discipline, accordé à la demande de la Fédération sénégalaise de football afin de préparer sa défense, a confirmé l’ampleur du dossier. Ce délai procédural, loin d’être anodin, traduit la conscience qu’a la CAF de jouer sa crédibilité : chaque étape, chaque forme, chaque mot pèsera dans la décision finale.
 

Dans le même temps, l’instance continentale a pris une décision symboliquement forte en écartant temporairement le président sénégalais de sa commission de discipline de l’examen de l’affaire. Une mesure classique en gouvernance sportive, mais essentielle dans un contexte où toute suspicion de conflit d’intérêts aurait pu délégitimer le verdict à venir. Ici, la procédure est devenue une partie intégrante du message.
 

Mais très vite, le débat s’est déplacé hors du terrain. Les déclarations du président de la Fédération sénégalaise, accusant le Maroc d’exercer une influence déterminante sur la CAF, ont projeté l’affaire dans une dimension politique et symbolique. En parlant de domination et d’hégémonie, le récit s’est transformé : d’un contentieux sportif, on est passé à une confrontation institutionnelle. Cette stratégie de communication a contribué à alourdir encore la tâche de la commission disciplinaire, désormais sommée de trancher sous le regard du continent et au-delà.
 

Les critiques sénégalaises ont également ciblé l’organisation logistique et sécuritaire : hébergement, billetterie, déplacements, sites d’entraînement. Pourtant, l’examen factuel des éléments disponibles révèle une réalité plus nuancée. Camp de base validé aux standards internationaux, choix de déplacement relevant de la délégation sénégalaise, quotas de billets conformes aux règlements, options d’hébergement et d’entraînement proposées puis librement choisies : aucun rapport officiel ne fait état d’entraves, d’incidents sécuritaires ou de mise en danger de la délégation. La différence entre perception et faits établis est ici centrale, car elle pèsera dans l’appréciation juridique du dossier.
 

Mais le cœur du problème reste ce qui s’est produit sur la pelouse. Après une décision arbitrale controversée, les joueurs sénégalais ont quitté le terrain pour regagner les vestiaires, sur instruction de leur sélectionneur. Cette interruption, même temporaire, constitue un précédent lourd. Elle a provoqué une montée de tension extrême dans les tribunes : tentatives d’envahissement du terrain, dégradations, affrontements avec les forces de sécurité, plusieurs blessés parmi les agents. La présence du président de la FIFA dans le stade a instantanément donné à ces images une portée mondiale, accompagnée d’un rappel ferme : l’autorité de l’arbitre ne se discute pas sur le terrain.
 

C’est désormais sur ce point précis que se concentre l’analyse disciplinaire. Les articles 82 et 84 du règlement de la CAF sont au centre des débats. Le texte est clair : une équipe qui quitte la pelouse ou refuse de jouer sans autorisation de l’arbitre peut être considérée comme ayant abandonné le match. Selon la qualification retenue — refus de jouer, abandon ou simple suspension temporaire sous pression émotionnelle — l’éventail des sanctions varie considérablement.
 

Concrètement, que risque le Sénégal ? Plusieurs scénarios sont juridiquement possibles. Le plus lourd serait une sanction sportive collective, allant jusqu’à la perte du match sur tapis vert (3-0) ou une mesure d’exclusion symbolique, même si ce scénario extrême reste peu probable compte tenu de la reprise et de l’achèvement de la rencontre. Plus réalistes sont les sanctions graduées : amendes financières, huis clos partiel ou total lors de matchs futurs, suspensions ciblées de joueurs ou de membres du staff, notamment le sélectionneur. La CAF pourrait également prononcer des interdictions de stade ou des avertissements institutionnels.
 

Les experts en droit du sport insistent toutefois sur la spécificité du cas sénégalais. Jamais, jusqu’ici, une équipe n’avait quitté momentanément une finale continentale pour protester. Cette singularité rend toute prédiction délicate. La commission devra examiner le contexte émotionnel, la durée de l’interruption, les responsabilités individuelles et collectives, ainsi que les conséquences sécuritaires engendrées.
 

Un autre élément crucial entre en jeu : le calendrier. À quelques mois de la Coupe du monde 2026, toute sanction peut avoir un impact direct sur la préparation du Sénégal. Le droit prévoit des voies de recours, y compris l’appel et, en dernier ressort, le Tribunal arbitral du sport. Mais encore faut-il que la décision soit notifiée dans des délais compatibles avec l’équité sportive. L’histoire récente montre que ces notifications peuvent parfois tarder, créant un déséquilibre de fait.
 

Au-delà du Sénégal et du Maroc, c’est l’autorité même de la CAF qui est en jeu. L’instance continentale est attendue sur une décision juridiquement solide, mais aussi sur sa capacité à expliquer, à assumer et à résister aux pressions médiatiques et politiques. Dans cette affaire, la sanction ne dira pas seulement ce que le Sénégal risque. Elle dira ce que vaut la règle quand le football africain est placé sous tension maximale.
 

Et lorsque le verdict tombera, il ne refermera pas seulement un dossier disciplinaire. Il fixera un précédent. Un signal adressé à toutes les sélections : sur la scène africaine, l’émotion peut s’exprimer, la contestation peut exister, mais le terrain reste soumis au droit.





Dimanche 25 Janvier 2026
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