Et si l’intelligence artificielle ouvrait une nouvelle décennie de prospérité ?


Rédigé par le Vendredi 24 Juillet 2026



Le débat sur l’intelligence artificielle est souvent dominé par la peur : emplois supprimés, précarisation, concentration des richesses, déclassement des classes moyennes. Mais un autre scénario est possible. Un scénario dans lequel l’IA ne détruit pas d’abord le travail, mais réduit le temps nécessaire pour accomplir les tâches, augmente fortement la productivité et libère des heures disponibles pour une deuxième activité rémunérée.

Dans cette hypothèse, la révolution de l’intelligence artificielle ne débouche pas sur une société sans travail. Elle conduit à une société où le travail principal devient plus court, plus efficace et moins exclusif.

Le premier basculement : produire autant en moins de temps

À partir de 2027, les outils d’intelligence artificielle deviennent aussi courants que les ordinateurs ou les smartphones.

Dans les entreprises, les salariés utilisent des assistants numériques pour rédiger des documents, analyser des données, préparer des présentations, répondre aux clients, organiser des rendez-vous, traduire des contenus ou automatiser une partie de la comptabilité.

Les gains sont rapides. Une mission qui demandait une journée entière peut être réalisée en quelques heures. Une petite équipe devient capable d’atteindre le niveau de production d’un service beaucoup plus important.

La productivité augmente dans presque tous les secteurs : services, industrie, commerce, santé, éducation, transport, agriculture et administration.

Mais au lieu de conserver les mêmes horaires avec moins de salariés, certaines entreprises choisissent une autre voie. Elles réduisent progressivement le temps de travail tout en maintenant une grande partie des rémunérations, car la valeur produite par heure augmente fortement.

La semaine de trente ou trente-deux heures devient progressivement la norme dans les métiers les plus transformés par l’IA.

Le deuxième emploi devient accessible

Le temps libéré n’est pas uniquement consacré au repos. Une partie des actifs décide d’exercer une deuxième activité, plus flexible et parfois plus créative.

Un enseignant donne des cours en ligne.
Un comptable conseille de petites entreprises.
Un journaliste produit une newsletter ou une émission spécialisée.
Un ingénieur accompagne des startups quelques heures par semaine.
Un artisan vend ses créations sur des plateformes internationales.
Un salarié du tourisme organise des expériences locales durant le week-end.

L’intelligence artificielle facilite cette diversification. Elle aide à créer un site internet, préparer une offre commerciale, produire des visuels, automatiser les factures, communiquer sur les réseaux sociaux et gérer les relations avec les clients.

La barrière à l’entrée dans l’entrepreneuriat diminue fortement.

Des millions de personnes peuvent lancer une activité complémentaire sans quitter immédiatement leur emploi principal. Le risque devient plus faible, car la seconde activité commence progressivement.

Le modèle économique dominant n’est plus celui d’un salarié dépendant d’un employeur unique. Il devient celui d’un actif disposant de plusieurs sources de revenus.

Plus de revenus, donc plus de consommation

Même lorsque le deuxième emploi ne représente que 15 % ou 20 % du revenu principal, ses effets macroéconomiques sont considérables.

Les ménages disposent de davantage de pouvoir d’achat. Ils consomment plus, mais surtout ils consomment différemment.

Ils voyagent davantage, fréquentent plus souvent les restaurants, investissent dans la formation, améliorent leur logement, achètent des services de santé, pratiquent davantage de loisirs et soutiennent les activités culturelles.

La demande augmente également pour les services de proximité : garde d’enfants, soutien scolaire, entretien, sport, mobilité, restauration, assistance aux personnes âgées et tourisme local.

Les entreprises, confrontées à cette hausse de la consommation, investissent pour augmenter leurs capacités. Elles achètent de nouveaux équipements, développent de nouveaux produits et recrutent.

Un cercle vertueux commence alors à fonctionner :

l’IA améliore la productivité, la productivité libère du temps, le temps disponible permet une deuxième activité, la deuxième activité augmente les revenus, les revenus soutiennent la consommation, et la consommation relance l’investissement et l’emploi.

L’explosion des microentreprises : Cette nouvelle économie favorise une forte croissance du nombre de petites structures.

Grâce à l’IA, une personne seule peut accomplir des tâches qui nécessitaient autrefois plusieurs salariés : marketing, gestion administrative, prospection commerciale, analyse de marché, création graphique et service après-vente.

Les microentreprises se multiplient dans le conseil, la formation, la communication, le commerce électronique, l’agriculture spécialisée, la maintenance, le bien-être et les loisirs.

La création d’entreprise devient moins coûteuse. Il n’est plus nécessaire de disposer immédiatement de bureaux, d’une grande équipe ou d’un capital important.

L’économie devient plus décentralisée. Les villes moyennes et les zones rurales profitent de nouvelles opportunités, car de nombreuses activités peuvent être exercées à distance.

La croissance n’est plus uniquement portée par les grands groupes. Elle repose aussi sur une multitude de petites initiatives individuelles.

Les entreprises entrent dans une nouvelle logique

Au début, certains employeurs résistent. Ils craignent que leurs salariés consacrent leur énergie à une autre activité.

Mais les entreprises comprennent progressivement qu’un salarié disposant de plus d’autonomie peut être plus motivé, plus innovant et moins dépendant d’une seule organisation. De nouvelles formes de contrats apparaissent. Le salarié est évalué sur les objectifs atteints plutôt que sur le nombre d’heures passées au bureau.

Les entreprises permettent parfois à leurs collaborateurs de développer des projets personnels, à condition qu’ils ne soient pas directement concurrents. Certaines sociétés vont encore plus loin. Elles deviennent des plateformes de compétences, où les salariés travaillent sur plusieurs missions internes et externes.

La frontière entre salariat, entrepreneuriat et travail indépendant devient plus souple.

Une nouvelle politique sociale : Ce scénario ne peut fonctionner que si les États adaptent rapidement leurs systèmes fiscaux et sociaux.

Les droits sociaux doivent être attachés à la personne et non à un seul emploi.

Un individu qui cumule un salaire, une activité indépendante et quelques missions ponctuelles doit continuer à bénéficier d’une couverture médicale, de droits à la retraite et d’une assurance en cas de perte d’activité.

Les démarches administratives sont simplifiées. Les revenus complémentaires sont déclarés automatiquement. Les cotisations sont calculées en temps réel.

Les gouvernements instaurent un statut du travailleur multi-actif.

Ils investissent également dans la formation permanente. Chaque citoyen dispose d’un compte personnel lui permettant d’acquérir de nouvelles compétences tout au long de sa vie. L’objectif n’est plus seulement de former à un métier, mais d’apprendre à combiner plusieurs savoir-faire.

​Le début des « dix glorieuses de l’intelligence artificielle »

Entre 2028 et 2038, cette dynamique produit une période de croissance soutenue.

Les économistes commencent à parler des « dix glorieuses de l’intelligence artificielle ».

La productivité progresse rapidement. Les revenus réels augmentent. La création d’entreprises atteint des niveaux historiques. Les investissements se multiplient dans les technologies, l’énergie, la santé, la formation, la culture et les infrastructures.

La hausse de la demande ne provoque pas nécessairement une inflation incontrôlée, car l’offre augmente elle aussi grâce aux gains de productivité.

Les entreprises produisent plus vite et à moindre coût. Les consommateurs bénéficient de produits et de services plus personnalisés.

Les États enregistrent davantage de recettes fiscales, ce qui leur permet de financer les retraites, les hôpitaux, les écoles et les transports.

La confiance revient. Les ménages investissent, les entreprises innovent et les jeunes générations retrouvent la conviction qu’elles peuvent améliorer leur niveau de vie.

Le cas des pays émergents qui pourraient être parmi les principaux bénéficiaires de ce cycle.

L’intelligence artificielle réduit l’écart de productivité entre les petites entreprises locales et les grandes entreprises internationales.

Un entrepreneur marocain, africain ou asiatique peut accéder aux mêmes outils de conception, de traduction, de marketing et d’analyse que ses concurrents européens ou américains.

Les jeunes diplômés peuvent vendre des services à l’échelle mondiale tout en vivant dans leur pays.

Les territoires disposant d’une population jeune, connectée et multilingue deviennent particulièrement attractifs.

Le Maroc, par exemple, pourrait profiter de sa proximité avec l’Europe, de son ouverture sur l’Afrique, de ses infrastructures numériques et de la diversité linguistique de sa population.

Une classe moyenne de travailleurs multi-actifs pourrait émerger : salariés le jour, consultants, créateurs, formateurs ou commerçants numériques quelques heures par semaine.

Une prospérité sous conditions. Ce scénario reste cependant fragile.

La première condition est que les gains de productivité soient partagés. Si l’essentiel de la richesse créée est capté par quelques grandes plateformes, la consommation ne progressera pas suffisamment.

La deuxième condition est que le deuxième emploi reste un choix. Il ne doit pas devenir une obligation destinée à compenser la baisse des salaires du premier. Le risque serait de remplacer la semaine de quarante heures par deux emplois totalisant soixante heures.

La troisième condition concerne la protection sociale. Les travailleurs multi-actifs ne doivent pas devenir des travailleurs sans droits.

Enfin, l’accès aux outils d’intelligence artificielle doit rester suffisamment ouvert. Une économie dans laquelle seules quelques entreprises disposent des meilleures technologies renforcerait les inégalités au lieu de les réduire.

La fin du travail unique : La grande transformation provoquée par l’IA pourrait donc être moins la disparition du travail que la disparition du travail unique.

Pendant des décennies, la vie professionnelle était organisée autour d’un emploi principal, d’un employeur et d’un revenu.

Demain, un individu pourrait disposer de plusieurs activités, plusieurs clients, plusieurs compétences et plusieurs sources de revenus. Cette évolution augmenterait sa capacité d’adaptation. La perte d’un emploi ne signifierait plus nécessairement la perte de la totalité de ses revenus.

L’intelligence artificielle deviendrait alors un multiplicateur de possibilités.

Elle permettrait de produire davantage sans travailler nécessairement plus longtemps. Elle libérerait du temps, faciliterait l’initiative individuelle et soutiendrait une nouvelle vague de consommation.

Les « dix glorieuses » de l’IA ne reposeraient donc pas sur le retour du plein emploi classique, mais sur l’avènement du plein emploi multiple.

Une société dans laquelle chacun pourrait gagner du temps, diversifier ses revenus et participer plus directement à la création de richesse.

Le pari est ambitieux. Mais il n’est pas absurde.

La prochaine grande période de croissance pourrait naître non pas d’une multiplication des emplois traditionnels, mais d’une multiplication des activités rendues possibles par l’intelligence artificielle.




Vendredi 24 Juillet 2026
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