Et si la prochaine richesse du Maroc n'était ni le pétrole ni le gaz… mais le quartz ?


Rédigé par La rédaction le Mardi 14 Juillet 2026



Pendant des décennies, le Maroc a nourri l'espoir de découvrir d'importants gisements de pétrole ou de gaz capables de transformer son économie.

Des campagnes d'exploration ont été menées à terre comme en offshore, suscitant régulièrement des attentes avant d'être tempérées par des résultats souvent modestes. Cette quête énergétique reste légitime, mais elle soulève aujourd'hui une autre question, plus audacieuse : et si nous cherchions autre chose  ?

L'économie mondiale est en train de changer de boussole. Les matières premières qui feront la puissance des nations au XXIᵉ siècle ne sont plus seulement les hydrocarbures. Elles sont désormais les fondations invisibles de la révolution numérique, de l'intelligence artificielle, des véhicules électriques, des satellites et des centres de données. Parmi elles figure un matériau d'apparence banale : le quartz.

Le paradoxe est saisissant. Le quartz est l'un des minéraux les plus abondants de la croûte terrestre. On le retrouve dans le sable et nous avons beaucoup de sable au Maroc, les roches et de nombreux massifs montagneux.

Pourtant, une variété exceptionnelle de quartz ultra pur est devenue l'une des ressources les plus stratégiques de l'industrie mondiale des semi-conducteurs. Sans elle, impossible de fabriquer les creusets capables de résister à plus de mille quatre cents degrés pour produire les wafers de silicium qui serviront ensuite à concevoir les puces électroniques présentes dans chaque smartphone, ordinateur, automobile ou système d'intelligence artificielle.

Cette réalité explique pourquoi une petite ville des Appalaches, Spruce Pine, en Caroline du Nord, est devenue un maillon essentiel de l'économie mondiale. Son quartz atteint une pureté proche de 99,999 %, une qualité rarissime issue d'une histoire géologique vieille de près de trois cent quatre-vingts millions d'années. Cette singularité a longtemps placé cette mine en situation de quasi-monopole mondial, au point que les plus grands fabricants de semi-conducteurs dépendent indirectement de ce territoire isolé.

Mais rien n'est jamais figé dans l'économie des ressources. La Chine a récemment annoncé la découverte de gisements de quartz d'une pureté comparable au Tibet et dans le Xinjiang. Washington relance d'anciennes exploitations minières. L'Europe cherche à sécuriser ses approvisionnements. Partout, les grandes puissances redessinent leur stratégie minérale afin de réduire leur dépendance aux fournisseurs étrangers.

Et le Maroc dans tout cela ? Notre pays est souvent présenté comme dépourvu de grandes réserves pétrolières.

Pourtant, il dispose déjà d'un sous-sol riche en phosphates, cobalt, cuivre, manganèse, argent, fluorine et autres minerais industriels. Cette diversité géologique constitue un atout considérable. Elle invite surtout à poser une question que peu de personnes semblent aujourd'hui se poser : avons-nous réellement exploré le potentiel du Maroc en matière de quartz de très haute pureté et de matériaux critiques destinés aux industries du futur ?

Il ne s'agit évidemment pas d'affirmer que le Royaume abrite un équivalent de Spruce Pine. Aucune donnée scientifique ne permet de le dire aujourd'hui. En revanche, il est légitime de s'interroger sur le niveau de connaissance de notre sous-sol à l'heure où les ressources stratégiques deviennent un enjeu de souveraineté économique. Les progrès de la géologie, de l'imagerie satellitaire, de l'intelligence artificielle et des technologies de prospection ouvrent aujourd'hui des perspectives inédites pour réévaluer des territoires longtemps considérés comme ordinaires.

Cette réflexion dépasse largement le seul cas du quartz. Le véritable enjeu consiste à adapter notre politique minière aux besoins de l'économie de demain. Les chaînes de valeur des batteries, des semi-conducteurs, des énergies renouvelables, des data centers ou encore des infrastructures numériques nécessitent des dizaines de matériaux critiques dont la demande explose à l'échelle mondiale. Les pays capables d'identifier, d'exploiter et de transformer ces ressources disposeront d'un avantage compétitif majeur.

Le Maroc possède déjà des ambitions industrielles dans l'automobile, l'aéronautique, les batteries électriques, l'hydrogène vert et les technologies numériques. Pour franchir une nouvelle étape, il devra peut-être regarder davantage sous ses pieds que vers l'horizon. Car la prochaine révolution industrielle ne sera pas seulement celle des logiciels ou de l'intelligence artificielle ; elle sera aussi celle des minerais qui rendent ces innovations possibles.

Pendant longtemps, la grande question était de savoir si le Maroc possédait du pétrole. Demain, la question pourrait être tout autre : quelles richesses stratégiques, encore méconnues, dorment sous notre sous-sol et pourraient faire du Royaume un acteur incontournable de l'économie technologique mondiale ? Dans un monde où le sable le plus pur peut valoir plusieurs dizaines de milliers d'euros la tonne, il serait peut-être temps d'élargir notre regard sur ce que signifie réellement le mot « richesse ».




Mardi 14 Juillet 2026
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