Le nôtre occupe aujourd'hui la 67e place mondiale, avec 71 destinations accessibles sans visa préalable ou avec visa à l'arrivée, selon la dernière édition de l'indice Henley.
Hassan Jai
Septième passeport d'Afrique, premier d'Afrique du Nord. La progression sur vingt ans est réelle.
Mais 71 sur 227 signifie que les trois quarts du monde restent, pour un Marocain, une file d'attente, un dossier et des frais qui ne seront pas remboursés en cas de refus.
Face à cela, nous imaginons l'ouverture pour tous. Hors cela est improbable car un État n'accorde pas une exemption de visa par amitié. Il la calcule à partir de deux statistiques, le taux de dépassement de séjour et le nombre de demandes d'asile.
Tant que la demande porte sur un passeport entier, elle se heurte à une moyenne. Une moyenne ne distingue personne.
Mais 71 sur 227 signifie que les trois quarts du monde restent, pour un Marocain, une file d'attente, un dossier et des frais qui ne seront pas remboursés en cas de refus.
Face à cela, nous imaginons l'ouverture pour tous. Hors cela est improbable car un État n'accorde pas une exemption de visa par amitié. Il la calcule à partir de deux statistiques, le taux de dépassement de séjour et le nombre de demandes d'asile.
Tant que la demande porte sur un passeport entier, elle se heurte à une moyenne. Une moyenne ne distingue personne.
Il existe une autre voie.
Ne demandons pas la mobilité pour une nationalité, demandons-la pour une compétence. Un soudeur certifié, une infirmière diplômée, un conducteur de travaux qualifié, un technicien de maintenance validé par un organisme reconnu.
Voilà des profils que l'État marocain peut identifier et garantir.
Un visa de circulation de longue durée adossé à une qualification relève moins de la faveur que du contrat. Le Maroc dit qui est cette personne et ce qu'elle sait faire. Le pays d'accueil sait qui entre, pour quel métier, pour combien de temps.
Le raisonnement porte là où se situe réellement la peur. Ce que craignent nos partenaires n'a jamais été le travailleur qualifié, dont ils manquent et qu'ils vont chercher à grands frais jusqu'en Asie. C'est l'arrivée non identifiée. L'effet le plus intéressant ne serait pourtant pas chez eux. Il serait chez nous.
Aujourd'hui, un jeune qui hésite pour s’investir dans deux ans de formation professionnelle fait un calcul qui ne joue pas en faveur de l'école, parce que, dans dinnimaginaire, le diplôme ouvre peu de portes, ici comme ailleurs.
Renversons la règle. Si la certification devient la condition d'accès à la mobilité légale, se former cesse d'être un pari pour devenir le chemin le plus court.
Rien ne garantit l'ampleur de cet effet. Sa direction ne fait guère de doute, et nos cités des métiers en seraient les premières bénéficiaires.
Voilà des profils que l'État marocain peut identifier et garantir.
Un visa de circulation de longue durée adossé à une qualification relève moins de la faveur que du contrat. Le Maroc dit qui est cette personne et ce qu'elle sait faire. Le pays d'accueil sait qui entre, pour quel métier, pour combien de temps.
Le raisonnement porte là où se situe réellement la peur. Ce que craignent nos partenaires n'a jamais été le travailleur qualifié, dont ils manquent et qu'ils vont chercher à grands frais jusqu'en Asie. C'est l'arrivée non identifiée. L'effet le plus intéressant ne serait pourtant pas chez eux. Il serait chez nous.
Aujourd'hui, un jeune qui hésite pour s’investir dans deux ans de formation professionnelle fait un calcul qui ne joue pas en faveur de l'école, parce que, dans dinnimaginaire, le diplôme ouvre peu de portes, ici comme ailleurs.
Renversons la règle. Si la certification devient la condition d'accès à la mobilité légale, se former cesse d'être un pari pour devenir le chemin le plus court.
Rien ne garantit l'ampleur de cet effet. Sa direction ne fait guère de doute, et nos cités des métiers en seraient les premières bénéficiaires.
Ce n'est pas une construction théorique.
Les Philippines ont bâti la valeur pratique de leur passeport non sur la diplomatie mais sur la certification, avec une agence publique qui délivre les qualifications professionnelles, la TESDA, et un ministère dédié qui négocie les accords de main-d'œuvre pays par pays.
L'Allemagne a complété sa loi sur l'immigration des travailleurs qualifiés par une carte d'opportunité, entrée en vigueur en juin 2024, qui attribue des points au diplôme, à l'expérience et à la langue.
Le Canada sélectionne par points depuis 1967 et par le système Entrée express depuis 2015.
L'Europe a lancé en juin 2021 ses partenariats destinés à attirer les talents en désignant le Maroc, la Tunisie et l'Égypte comme ses trois premiers partenaires, avec cette formule explicite selon laquelle la réduction de la migration irrégulière ouvre la voie à davantage de migration régulière.
Un projet pilote a même déjà formé des informaticiens marocains pour le marché belge. Le cadre existe donc. Ce qui manque est notre capacité à l'occuper avec nos priorités plutôt qu'à le subir. Vient alors l'objection la plus sensible, qui mérite mieux qu'une phrase.
Former pour que d'autres récoltent, n'est-ce pas organiser notre propre appauvrissement ? Chaque année, entre six cents et sept cents médecins quittent le Maroc, soit près d'un tiers d'une promotion.
Quatorze mille praticiens marocains exercent à l'étranger. Notre densité médicale reste autour de huit médecins pour dix mille habitants, contre les quinze recommandés par l'Organisation mondiale de la santé.
L'Allemagne a complété sa loi sur l'immigration des travailleurs qualifiés par une carte d'opportunité, entrée en vigueur en juin 2024, qui attribue des points au diplôme, à l'expérience et à la langue.
Le Canada sélectionne par points depuis 1967 et par le système Entrée express depuis 2015.
L'Europe a lancé en juin 2021 ses partenariats destinés à attirer les talents en désignant le Maroc, la Tunisie et l'Égypte comme ses trois premiers partenaires, avec cette formule explicite selon laquelle la réduction de la migration irrégulière ouvre la voie à davantage de migration régulière.
Un projet pilote a même déjà formé des informaticiens marocains pour le marché belge. Le cadre existe donc. Ce qui manque est notre capacité à l'occuper avec nos priorités plutôt qu'à le subir. Vient alors l'objection la plus sensible, qui mérite mieux qu'une phrase.
Former pour que d'autres récoltent, n'est-ce pas organiser notre propre appauvrissement ? Chaque année, entre six cents et sept cents médecins quittent le Maroc, soit près d'un tiers d'une promotion.
Quatorze mille praticiens marocains exercent à l'étranger. Notre densité médicale reste autour de huit médecins pour dix mille habitants, contre les quinze recommandés par l'Organisation mondiale de la santé.
Ces chiffres ne contredisent pas la proposition.
Ils en dictent les conditions. D'abord parce qu'ils décrivent une hémorragie qui se produit déjà, sans cadre et sans contrepartie. Nous formons à nos frais, puis nous offrons.
Ensuite parce qu'un accord permet ce que l'absence d'accord interdit. On peut y inscrire des métiers exclus tant que nos propres besoins ne sont pas couverts, et la médecine en fait évidemment partie.
On peut y inscrire des quotas par filière, une durée, un cofinancement des centres de formation par les pays destinataires, des clauses de circularité.
Un pays qui négocie choisit ce qu'il cède. Un pays qui subit perd ce qu'on lui prend. Enfin parce que l'expérience des pays ayant ouvert ces voies suggère qu'elles forment davantage de gens qu'elles n'en font partir, même si la mesure exacte de ce gain reste discutée par les économistes.
Reste une condition qui ne dépend que de nous. Une qualification marocaine ne servira de passeport que si personne ne peut la mettre en doute. Cela suppose une évaluation par tiers indépendant, un registre national qu'un employeur étranger puisse consulter en ligne, une tolérance nulle sur les faux certificats. Travail administratif ingrat, sans ruban à couper.
C'est aussi le seul qui donne de la valeur à tout le reste. Les Grecs avaient un objet pour cela. Deux familles liées par l'hospitalité brisaient un tesson en deux et en gardaient chacune une moitié.
Des générations plus tard, on rapprochait les morceaux, l'étranger était reconnu, accueilli, puis raccompagné chez lui. Ils appelaient cela le symbolon.
C'est l'ancêtre exact du passeport, un objet qui dit d'un homme qu'il est attendu quelque part et qu'il a une maison où rentrer. Donnons à nos jeunes ce tesson. Non pas pour qu'ils partent, mais pour qu'ils reviennent.
Par Hassan Jai, entrepreneur.
Ensuite parce qu'un accord permet ce que l'absence d'accord interdit. On peut y inscrire des métiers exclus tant que nos propres besoins ne sont pas couverts, et la médecine en fait évidemment partie.
On peut y inscrire des quotas par filière, une durée, un cofinancement des centres de formation par les pays destinataires, des clauses de circularité.
Un pays qui négocie choisit ce qu'il cède. Un pays qui subit perd ce qu'on lui prend. Enfin parce que l'expérience des pays ayant ouvert ces voies suggère qu'elles forment davantage de gens qu'elles n'en font partir, même si la mesure exacte de ce gain reste discutée par les économistes.
Reste une condition qui ne dépend que de nous. Une qualification marocaine ne servira de passeport que si personne ne peut la mettre en doute. Cela suppose une évaluation par tiers indépendant, un registre national qu'un employeur étranger puisse consulter en ligne, une tolérance nulle sur les faux certificats. Travail administratif ingrat, sans ruban à couper.
C'est aussi le seul qui donne de la valeur à tout le reste. Les Grecs avaient un objet pour cela. Deux familles liées par l'hospitalité brisaient un tesson en deux et en gardaient chacune une moitié.
Des générations plus tard, on rapprochait les morceaux, l'étranger était reconnu, accueilli, puis raccompagné chez lui. Ils appelaient cela le symbolon.
C'est l'ancêtre exact du passeport, un objet qui dit d'un homme qu'il est attendu quelque part et qu'il a une maison où rentrer. Donnons à nos jeunes ce tesson. Non pas pour qu'ils partent, mais pour qu'ils reviennent.
Par Hassan Jai, entrepreneur.