L'ordinateur qui n'existe pas encore pourrait changer votre vie avant 2035
Il faut d'abord tordre le cou à une idée reçue. L'ordinateur quantique n'est pas un ordinateur classique en mieux. Ce n'est pas comme passer d'un iPhone 13 à un iPhone 15. C'est une façon radicalement différente de calculer, qui exploite les lois de la physique quantique — ces règles étranges qui régissent le comportement des particules à l'échelle atomique, là où la matière ne se comporte plus du tout comme dans notre monde visible.
Dans un ordinateur classique, chaque information est codée en bits : soit 0, soit 1, comme un interrupteur éteint ou allumé. Dans un ordinateur quantique, on utilise des qubits — des systèmes si petits, 10 000 fois plus fins qu'un cheveu, qu'ils obéissent à d'autres lois. Un qubit peut être 0, 1 ou une combinaison des deux à la fois, avec des probabilités variables. Et quand on combine plusieurs qubits, ils interagissent comme des vagues — certaines se renforcent, d'autres s'annulent — permettant d'explorer simultanément un nombre astronomique de possibilités.
Pour saisir pourquoi ça change tout, prenons un exemple concret. Créer un nouveau médicament contre une maladie rare nécessite de tester la combinaison correcte de molécules parmi des milliards de possibilités.
Un ordinateur classique, aussi puissant soit-il, ne peut pas résoudre ce problème en temps raisonnable — les calculs prendraient des millénaires. Un ordinateur quantique pourrait simuler directement le comportement des protéines, reproduire la façon dont l'énergie circule à l'intérieur d'une cellule, comprendre pourquoi une molécule se replie correctement ou disfonctionne. Ce n'est pas une amélioration marginale de la recherche pharmaceutique.
C'est une rupture totale. Les mêmes logiques s'appliquent à la découverte de nouveaux matériaux, à l'optimisation des réseaux électriques pour les énergies renouvelables, ou encore à la logistique maritime mondiale — des domaines où le Maroc, engagé dans une transition énergétique ambitieuse et un positionnement logistique régional, a directement quelque chose à gagner ou à perdre.
Mais l'informatique quantique ouvre aussi des portes moins réjouissantes. L'algorithme capable de casser le chiffrement RSA — ce protocole qui protège la quasi-totalité des transactions financières mondiales — existe déjà sur le papier. Il s'appelle l'algorithme de Shor, il a été découvert en 1994. Il attend simplement un ordinateur quantique suffisamment puissant pour l'exécuter.
Quand ce jour viendra, toutes les données chiffrées aujourd'hui selon les standards actuels deviendront lisibles. C'est ce qu'on appelle le problème du « harvest now, decrypt later » : des acteurs malveillants collectent dès maintenant des données chiffrées, en attendant d'avoir la puissance de calcul pour les déchiffrer dans dix ou quinze ans. En 2024, le NIST américain a adopté les premiers standards de cryptographie post-quantique pour préparer cette transition. Les banques marocaines, les opérateurs télécoms et les institutions gouvernementales devraient prendre note de ce calendrier.
Techniquement, la situation ressemble étrangement à celle des débuts de l'informatique dans les années 1950. On cherchait alors la bonne manière de construire un ordinateur fiable. On est passé par les tubes à vide — ces gros composants encombrants qui pesaient des tonnes — avant que Bell Labs ne découvre le transistor, cette petite pièce qui allait révolutionner toute l'informatique moderne. Aujourd'hui, on cherche l'équivalent du transistor pour l'informatique quantique.
Et la grande différence avec ce qu'on imagine, c'est qu'il n'existe pas une seule approche. On en dénombre au moins six, chacune utilisant des matériaux et des phénomènes physiques différents. Les supraconducteurs — ces circuits refroidis à -273°C, soit près du zéro absolu — sont portés par IBM et Google et ont longtemps eu de l'avance.
Les atomes froids, manipulés par des lasers. Les photons, ces particules de lumière canalisées dans des circuits optiques. Les nanotubes de carbone. Les ions piégés. Et les qubits topologiques, sur lesquels Microsoft a présenté en 2025 sa puce Majorana 1.
Pour l'instant, aucune de ces six familles n'a démontré de supériorité absolue — et une idée nouvelle émerge : peut-être que l'avenir ne sera pas un seul type d'ordinateur quantique dominant, mais plusieurs technologies coexistant, coordonnées par une couche logicielle intelligente qui répartit les calculs selon les forces de chacune.
Dans un ordinateur classique, chaque information est codée en bits : soit 0, soit 1, comme un interrupteur éteint ou allumé. Dans un ordinateur quantique, on utilise des qubits — des systèmes si petits, 10 000 fois plus fins qu'un cheveu, qu'ils obéissent à d'autres lois. Un qubit peut être 0, 1 ou une combinaison des deux à la fois, avec des probabilités variables. Et quand on combine plusieurs qubits, ils interagissent comme des vagues — certaines se renforcent, d'autres s'annulent — permettant d'explorer simultanément un nombre astronomique de possibilités.
Pour saisir pourquoi ça change tout, prenons un exemple concret. Créer un nouveau médicament contre une maladie rare nécessite de tester la combinaison correcte de molécules parmi des milliards de possibilités.
Un ordinateur classique, aussi puissant soit-il, ne peut pas résoudre ce problème en temps raisonnable — les calculs prendraient des millénaires. Un ordinateur quantique pourrait simuler directement le comportement des protéines, reproduire la façon dont l'énergie circule à l'intérieur d'une cellule, comprendre pourquoi une molécule se replie correctement ou disfonctionne. Ce n'est pas une amélioration marginale de la recherche pharmaceutique.
C'est une rupture totale. Les mêmes logiques s'appliquent à la découverte de nouveaux matériaux, à l'optimisation des réseaux électriques pour les énergies renouvelables, ou encore à la logistique maritime mondiale — des domaines où le Maroc, engagé dans une transition énergétique ambitieuse et un positionnement logistique régional, a directement quelque chose à gagner ou à perdre.
Mais l'informatique quantique ouvre aussi des portes moins réjouissantes. L'algorithme capable de casser le chiffrement RSA — ce protocole qui protège la quasi-totalité des transactions financières mondiales — existe déjà sur le papier. Il s'appelle l'algorithme de Shor, il a été découvert en 1994. Il attend simplement un ordinateur quantique suffisamment puissant pour l'exécuter.
Quand ce jour viendra, toutes les données chiffrées aujourd'hui selon les standards actuels deviendront lisibles. C'est ce qu'on appelle le problème du « harvest now, decrypt later » : des acteurs malveillants collectent dès maintenant des données chiffrées, en attendant d'avoir la puissance de calcul pour les déchiffrer dans dix ou quinze ans. En 2024, le NIST américain a adopté les premiers standards de cryptographie post-quantique pour préparer cette transition. Les banques marocaines, les opérateurs télécoms et les institutions gouvernementales devraient prendre note de ce calendrier.
Techniquement, la situation ressemble étrangement à celle des débuts de l'informatique dans les années 1950. On cherchait alors la bonne manière de construire un ordinateur fiable. On est passé par les tubes à vide — ces gros composants encombrants qui pesaient des tonnes — avant que Bell Labs ne découvre le transistor, cette petite pièce qui allait révolutionner toute l'informatique moderne. Aujourd'hui, on cherche l'équivalent du transistor pour l'informatique quantique.
Et la grande différence avec ce qu'on imagine, c'est qu'il n'existe pas une seule approche. On en dénombre au moins six, chacune utilisant des matériaux et des phénomènes physiques différents. Les supraconducteurs — ces circuits refroidis à -273°C, soit près du zéro absolu — sont portés par IBM et Google et ont longtemps eu de l'avance.
Les atomes froids, manipulés par des lasers. Les photons, ces particules de lumière canalisées dans des circuits optiques. Les nanotubes de carbone. Les ions piégés. Et les qubits topologiques, sur lesquels Microsoft a présenté en 2025 sa puce Majorana 1.
Pour l'instant, aucune de ces six familles n'a démontré de supériorité absolue — et une idée nouvelle émerge : peut-être que l'avenir ne sera pas un seul type d'ordinateur quantique dominant, mais plusieurs technologies coexistant, coordonnées par une couche logicielle intelligente qui répartit les calculs selon les forces de chacune.
Médicaments, énergie, chiffrement bancaire : ce que l'ordinateur quantique va bouleverser
La France a décidé de ne pas regarder ce chantier de loin. Consciente d'avoir raté le virage de l'intelligence artificielle, elle a lancé le programme Proxima avec 500 millions d'euros pour soutenir cinq start-ups nationales. Cinq candidates à ce que certains appellent la Coupe de Feu de la clé quantique. Parmi elles, C12 — qui développe des puces quantiques à base de nanotubes de carbone dans un laboratoire qui ressemble, pour l'instant, à une grande expérience de physique ultra-sophistiquée.
Ou encore Pasqal avec ses atomes froids, Quandela avec ses photons, Alice & Bob avec ses circuits supraconducteurs. En 2028, l'État compte éliminer deux de ces cinq start-ups. En 2032, il n'en restera que deux, concentrant toutes les ressources. C'est un pari industriel brutal, mais assumé. « Nous avons la capacité d'être les meilleurs ou parmi les tout meilleurs. Il y a une urgence pour que la France se mette sur ce sujet », déclarait la députée Paula Forteza chargée de la mission quantique lors du premier mandat de Macron.
Les signaux d'accélération se multiplient depuis 2024. Jensen Huang, le patron de Nvidia — l'entreprise qui fabrique les puces qui font tourner toute l'intelligence artificielle mondiale — déclarait en janvier 2025 au Consumer Electronics Show de Las Vegas qu'il ne voyait pas d'ordinateur quantique commercialement utile avant 2040. Quatre mois plus tard à Paris, il faisait volte-face et signait des partenariats avec des entreprises du secteur.
Alain Aspect, prix Nobel de physique, répondait en 2019 qu'un ordinateur quantique utile arriverait « entre dans 20 ans et jamais » — en 2023, il avait radicalement changé de discours face aux avancées du domaine.
En décembre 2024, Google a présenté son processeur Willow : 105 qubits capables de résoudre en cinq minutes un problème qui prendrait dix septillions d'années à un supercalculateur classique. Ces retournements de positions de personnalités aussi mesurées disent quelque chose d'important sur la vitesse à laquelle la donne est en train de changer. Les premiers ordinateurs quantiques commerciaux, limités à des cas d'usage en chimie et simulation moléculaire, sont attendus au début des années 2030. Les machines universelles, capables de traiter l'ensemble des applications envisagées, pourraient suivre dans la décennie d'après.
Le Maroc n'a pas de programme Proxima. Pas encore de start-ups quantiques identifiées. Mais il a des universités, des ingénieurs formés à l'étranger qui rentrent, et une stratégie numérique nationale qui pourrait intégrer cet enjeu avant qu'il ne soit trop tard. La question n'est pas de construire un ordinateur quantique à Casablanca d'ici 2030 — c'est irréaliste.
La question est de savoir si les décideurs marocains, publics et privés, comprennent assez tôt que cette technologie va redessiner les avantages compétitifs dans la pharmacie, l'énergie, la finance et la défense. Et que ceux qui ne s'y préparent pas aujourd'hui risquent, dans dix ans, d'être dans la position de quelqu'un qui découvre l'internet en 2010.
Ou encore Pasqal avec ses atomes froids, Quandela avec ses photons, Alice & Bob avec ses circuits supraconducteurs. En 2028, l'État compte éliminer deux de ces cinq start-ups. En 2032, il n'en restera que deux, concentrant toutes les ressources. C'est un pari industriel brutal, mais assumé. « Nous avons la capacité d'être les meilleurs ou parmi les tout meilleurs. Il y a une urgence pour que la France se mette sur ce sujet », déclarait la députée Paula Forteza chargée de la mission quantique lors du premier mandat de Macron.
Les signaux d'accélération se multiplient depuis 2024. Jensen Huang, le patron de Nvidia — l'entreprise qui fabrique les puces qui font tourner toute l'intelligence artificielle mondiale — déclarait en janvier 2025 au Consumer Electronics Show de Las Vegas qu'il ne voyait pas d'ordinateur quantique commercialement utile avant 2040. Quatre mois plus tard à Paris, il faisait volte-face et signait des partenariats avec des entreprises du secteur.
Alain Aspect, prix Nobel de physique, répondait en 2019 qu'un ordinateur quantique utile arriverait « entre dans 20 ans et jamais » — en 2023, il avait radicalement changé de discours face aux avancées du domaine.
En décembre 2024, Google a présenté son processeur Willow : 105 qubits capables de résoudre en cinq minutes un problème qui prendrait dix septillions d'années à un supercalculateur classique. Ces retournements de positions de personnalités aussi mesurées disent quelque chose d'important sur la vitesse à laquelle la donne est en train de changer. Les premiers ordinateurs quantiques commerciaux, limités à des cas d'usage en chimie et simulation moléculaire, sont attendus au début des années 2030. Les machines universelles, capables de traiter l'ensemble des applications envisagées, pourraient suivre dans la décennie d'après.
Le Maroc n'a pas de programme Proxima. Pas encore de start-ups quantiques identifiées. Mais il a des universités, des ingénieurs formés à l'étranger qui rentrent, et une stratégie numérique nationale qui pourrait intégrer cet enjeu avant qu'il ne soit trop tard. La question n'est pas de construire un ordinateur quantique à Casablanca d'ici 2030 — c'est irréaliste.
La question est de savoir si les décideurs marocains, publics et privés, comprennent assez tôt que cette technologie va redessiner les avantages compétitifs dans la pharmacie, l'énergie, la finance et la défense. Et que ceux qui ne s'y préparent pas aujourd'hui risquent, dans dix ans, d'être dans la position de quelqu'un qui découvre l'internet en 2010.