Euria : et si l’avenir de l’IA n’était pas de construire un nouveau « Generative Pre-trained Transformer » ?


Le modèle suisse rejoint l’idée défendue dans « Wald Maâlam du numérique – Tome II » : la souveraineté ne dépend pas seulement de la création d’un grand modèle, mais de la maîtrise de l’architecture qui l’héberge, l’oriente et le rend utile aux régions.

Par Dr Az-Eddine Bennani.

Sauf erreur de ma part, je n’ai trouvé, à ce jour, aucune communication publique indiquant que la solution suisse Euria ait été étudiée ou considérée officiellement dans le cadre de la stratégie marocaine de développement de l’intelligence artificielle. Cela ne signifie naturellement pas qu’aucune réflexion interne, aucun contact professionnel ou aucune expérimentation privée n’ait eu lieu. Mais cette initiative mérite toute notre attention.

Depuis plusieurs années, la course mondiale à l’intelligence artificielle semble se résumer à une compétition pour développer de nouveaux GPT. Cet acronyme anglais signifie « Generative Pre-trained Transformer », que l’on peut traduire par « transformeur génératif préentraîné ». Il désigne une famille de grands modèles de langage capables de comprendre et de générer du texte ; ChatGPT en est l’exemple le plus connu.

Chaque annonce met en avant davantage de paramètres, davantage de puissance de calcul et des centres de données toujours plus imposants.



Développé par Infomaniak, Euria orchestre plusieurs modèles open source exécutés sur des infrastructures souveraines suisses, avec une attention particulière portée à la confidentialité, à l’énergie et à la valorisation de la chaleur produite par les centres de données.

Cette réflexion rejoint directement celle que je développe dans mon ouvrage « Wald Maâlam du numérique – Tome II :

L’intelligence artificielle frugale ». J’y défends l’idée que la souveraineté ne se limite ni aux données ni aux serveurs, mais repose sur une architecture complète associant infrastructures, gouvernance, territoires, formation et responsabilité.

L’exemple d’Euria montre qu’il est possible de construire une IA souveraine sans nécessairement développer un nouveau grand modèle de langage. Pour le Maroc, cette expérience constitue une source d’inspiration intéressante.

Dans mon ouvrage, je propose une architecture fondée sur douze nœuds régionaux d’IA frugale, capables de produire des services numériques, de former les futurs Wald Maâlam numériques et de valoriser la chaleur des serveurs pour des équipements collectifs comme les hammams.

Le Maroc n’a pas besoin de copier Euria.

En revanche, il gagnerait à étudier cette expérience afin de construire sa propre architecture d’IA frugale, souveraine, territoriale et profondément enracinée dans ses réalités économiques, sociales et culturelles. Euria démontre qu’une autre intelligence artificielle est possible.

Wald Maâlam propose une voie marocaine pour aller encore plus loin : une IA qui ne se contente pas de calculer davantage, mais qui rende davantage aux citoyens, aux régions et à la société.


Mardi 21 Juillet 2026

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