FINANCE — Banques marocaines : l’Open Banking se rapproche, la bataille des données commence


Rédigé par La Rédaction le Mardi 4 Aout 2026

Le système bancaire marocain poursuit sa transformation numérique, avec 39,8 millions de comptes recensés à fin 2025. La montée des paiements mobiles et l’arrivée de nouveaux acteurs monétiques modifient progressivement les usages. Bank Al-Maghrib travaille parallèlement à un cadre réglementaire pour l’Open Banking. Ce modèle permettrait à des services autorisés d’accéder, avec le consentement du client, à certaines données bancaires standardisées. Les promesses sont nombreuses : comparaison, agrégation de comptes, crédit mieux ciblé et services financiers plus fluides. Mais l’ouverture place la cybersécurité, le consentement et la responsabilité en cas d’incident au premier plan.



Des comptes plus nombreux, des services moins attachés à l’agence

Le rapport de supervision bancaire portant sur 2025 décrit un secteur qui ne se résume plus à son réseau physique. Le nombre de comptes a atteint 39,8 millions, soit 1,6 million de plus en un an, tandis que les usages mobiles et les paiements numériques gagnent du terrain. Cette progression ne signifie pas que chaque Marocain dispose d’un accès financier complet, car une même personne peut détenir plusieurs comptes et certains restent peu actifs.

   

Elle confirme néanmoins que la relation bancaire se déplace vers les applications, les parcours à distance et les services disponibles en continu. Dans ce contexte, l’Open Banking représente une étape plus profonde que la simple numérisation d’une agence. Son principe consiste à permettre à un client d’autoriser un prestataire agréé à consulter certaines informations ou à initier un service selon des règles communes.

   

Une application pourrait, par exemple, réunir les soldes de plusieurs banques, classer les dépenses ou proposer une comparaison plus précise. Pour fonctionner, ce modèle exige des interfaces techniques standardisées, souvent appelées API, ainsi qu’un dispositif solide d’identification et d’authentification. Le chantier réglementaire mené par Bank Al-Maghrib devra définir qui peut accéder aux données, pour quelle durée, avec quel niveau d’information du client et sous quelle surveillance.

   

Il devra également préciser le partage des responsabilités entre banque, fintech et fournisseur technique. L’enjeu concurrentiel est majeur. Les banques détiennent l’historique transactionnel, mais des acteurs spécialisés peuvent transformer cette donnée en services plus simples ou plus personnalisés.

   

Une ouverture mal préparée exposerait les clients à des autorisations incomprises, à des pratiques commerciales agressives ou à des failles. Une ouverture trop restrictive, à l’inverse, préserverait les positions existantes sans libérer l’innovation attendue.


La confiance, véritable infrastructure de l’ouverture bancaire

L’Open Banking peut être utile au Maroc s’il répond à des problèmes concrets plutôt qu’à une mode importée. Pour un ménage, il peut améliorer la visibilité sur les dépenses, signaler des frais évitables ou simplifier la gestion de plusieurs comptes. Pour une très petite entreprise, l’analyse consentie des flux peut faciliter une demande de financement et réduire la dépendance à des garanties difficiles à fournir.

   

Pour les fintechs, l’accès encadré ouvre un marché de services nouveaux. Mais la donnée bancaire révèle des habitudes intimes : revenus, santé, déplacements, achats ou difficultés financières. Le consentement ne peut donc pas se réduire à une case cochée au milieu de conditions illisibles.

   

Il doit être spécifique, révocable et limité à la finalité annoncée. Le client doit savoir quelle entreprise accède à quelles informations et pouvoir interrompre cet accès facilement. La sécurité devra être conçue pour l’ensemble de la chaîne.

   

Une banque très protégée peut rester vulnérable si un prestataire tiers conserve mal les données ou si l’utilisateur est trompé par une fausse interface. Des mécanismes de certification, d’audit, de notification des incidents et d’indemnisation seront indispensables. L’inclusion constitue un autre point de vigilance.

   

Si les meilleurs services supposent un smartphone récent, une connexion stable et une bonne maîtrise numérique, ils risquent d’avantager les publics déjà les mieux servis. Des parcours accessibles, en arabe comme en français, et une assistance humaine doivent accompagner l’innovation. Le Maroc n’a pas besoin d’une ouverture précipitée ; il a besoin de règles lisibles et testées.

   

Des environnements pilotes peuvent permettre d’évaluer les risques avant une généralisation. La réussite se mesurera à l’émergence de services réellement utiles, à une concurrence accrue et à l’absence de recul dans la protection du client. Dans la finance numérique, la confiance n’est pas un supplément : c’est l’infrastructure sans laquelle aucune ouverture ne tient.





Mardi 4 Aout 2026
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