Fantasia : la tbourida est aussi une affaire des femmes


Rédigé par le Jeudi 8 Juin 2023

La fantasia marocaine, généralement perçue comme une tradition masculine à laquelle tout un chacun peut participer... Cependant, des femmes marocaines ont décidé de briser ce stéréotype en organisant des tbourida où les cavaliers sont en réalité des cavalières.



Le Maroc, un pays doté d'une culture et de traditions riches, incluant la fantasia : un sport équestre inspiré de la chasse et de la guerre, qui est fréquemment pratiqué lors des festivals locaux.

Initialement, la fantasia, également connue sous le nom de Tbourida, était une technique militaire utilisée par les Arabes pour prendre l'ennemi par surprise. Cette même technique fut employée par les soldats arabes lors de la conquête de l'Espagne au VIIIème siècle. De nos jours, les fantasias sont devenues des spectacles organisés lors des moussems, perpétuant ainsi à travers les siècles cette tradition guerrière tout en témoignant de la passion du Maroc pour les chevaux.

La fantasia trouve son origine à l'intersection des arts de guerre, de la chasse et de l'équitation. Elle est considérée comme le premier sport équestre du Maroc, avec environ 1000 troupes (sorbas) et 15000 chevaux qui y participent.

Ce sport captivant est principalement pratiqué lors de célébrations religieuses ou tribales, telles que l'Aïd, les mariages ou les naissances, ainsi que lors des festivals connus sous le nom de moussems. Le Festival de la Fantasia, qui a lieu chaque année à Meknès, est d'ailleurs l'un des événements les plus significatifs du royaume.

Alors que la fantasia était autrefois un art ancestral exclusivement pratiqué par les hommes, on observe aujourd'hui une tendance à sa féminisation

Les femmes marocaines défient les stéréotypes en s'adonnant à la pratique de la fantasia, une discipline équestre traditionnelle berbère.

La fantasia, une tradition berbère ancestrale, remonte à plusieurs siècles. Il s'agit d'un spectacle équestre qui simule une charge militaire : les cavaliers galopent côte à côte en ligne, exécutant des figures avant de tirer en l'air avec des fusils à poudre noire. Au-delà d'une simple parade militaire, c'est un véritable spectacle où l'on vient admirer les chevaux barbes magnifiquement parés d'harnachements dorés et les costumes traditionnels des 11 cavaliers qui enchaînent des figures de haute voltige. Le mot "fantasia" dérive du latin et signifie "divertissement, fantaisie". Dans la langue marocaine, il a même pris le sens d'"ostentation", "panache" et est même utilisé pour qualifier une personne audacieuse... ou légèrement exhibitionniste !

Depuis 2005, la fantasia a subi une transformation significative : elle s'est ouverte à la participation des femmes. Ce sport autrefois réservé aux hommes a été investi par des femmes audacieuses. Et pourquoi pas ? Après tout, les guerrières amazones font partie des légendes marocaines, à l'instar de la reine Kahina ou de Zeina. À ce sujet, feu Lalla Amina, présidente de la Fédération Royale Marocaine des Sports Équestres, raconte dans une interview diffusée dans le reportage "Les Rebelles de l'Atlas" réalisé par Othman Essakali, l'histoire de la création de la toute première troupe féminine de fantasia à Mohammedia en 2005. C'est grâce à son initiative que cette pratique a pu s'ouvrir aux femmes.

Effectivement, depuis 2005, la tbourida s'est ouverte aux femmes grâce à l'initiative de Lalla Amina, présidente de la Fédération Royale Marocaine des Sports Équestres. Une anecdote intéressante raconte que cette féminisation de la tbourida a débuté lorsqu'une jeune fille, dont le père était éleveur de chevaux et cavalier de fantasia, a exprimé à Lalla Amina sa passion pour ce sport et son désir de former une troupe féminine. Un an plus tard, Lalla Amina a réalisé ce souhait, et ainsi la fantasia s'est féminisée.

La Tbourida

La Tbourida, un terme dérivé de "Baroud" signifiant "poudre à canon", est un art équestre ancestral remontant au 15ème siècle. Il s'agit d'une représentation équestre qui simule une série de parades militaires, recréées selon les conventions et les rituels ancestraux arabo-amazighs.

Chaque parade de Tbourida est réalisée par une troupe appelée "Sorba", composée d'un nombre impair de cavaliers et de chevaux (de 15 à 25), alignés avec le chef de tribu, le "Mokaddem", monté sur sa propre monture au milieu. La Tbourida a conservé au fil des générations une dimension spirituelle importante, notamment grâce à la mise en scène captivante et impressionnante mettant en valeur le cheval, considéré comme un animal sacré dans l'islam.


Salma LABTAR




Journaliste sportive et militante féministe, lauréate de l'ISIC En savoir plus sur cet auteur
Jeudi 8 Juin 2023
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