À très haut niveau, une finale ne se joue jamais uniquement sur la pelouse. Elle se construit aussi dans les discours, les silences, les attitudes et les messages envoyés à l’adversaire comme à l’environnement médiatique. Dans les grandes compétitions internationales, la communication devient une arme à part entière, capable d’influencer le climat émotionnel et parfois même le cours des événements. La finale de la CAN 2025 n’a pas échappé à cette logique, tant la tension a été installée bien avant le coup d’envoi.
La veille du match, Pape Thiaw a choisi de sortir du registre strictement sportif pour déplacer le débat sur un terrain sensible. En dénonçant publiquement de supposés manquements sécuritaires lors de l’arrivée de la délégation sénégalaise à Rabat, le sélectionneur des Lions de la Teranga a jeté une ombre sur l’organisation, à quelques heures seulement d’un rendez-vous majeur.
« Mes joueurs étaient en danger », a-t-il martelé en conférence de presse, évoquant une situation jugée « anormale » et laissant entendre que « tout pouvait arriver ». Un discours lourd de sous-entendus, dans lequel la question sécuritaire dépassait le cadre logistique pour devenir un levier de pression psychologique à la veille d’une finale continentale.
Cette sortie médiatique s’inscrivait dans une séquence déjà amorcée. Quelques heures auparavant, la Fédération sénégalaise de football avait évoqué des « dysfonctionnements » et sollicité l’intervention de la CAF afin de garantir équité et sécurité. En amplifiant ce message, Pape Thiaw a contribué à installer l’idée d’un environnement défavorable, voire hostile, autour de son équipe.
Pour de nombreux observateurs, cette communication offensive relevait davantage d’une tentative de déstabilisation du contexte que d’une simple alerte. En invoquant « l’image de l’Afrique » et la crédibilité de la CAN, le sélectionneur a placé les organisateurs et le pays hôte sous pression, tout en préparant le terrain d’un récit post-match déjà balisé.
Le point de rupture est survenu en fin de temps réglementaire, lorsque l’arbitre a accordé un penalty au Maroc. À partir de cet instant, le match a quitté le champ du jeu pour entrer dans celui de la mise en scène. Contestations virulentes, agitation du banc sénégalais, puis un geste rarissime à ce niveau : l’ordre donné aux joueurs de quitter la pelouse.
Un acte lourd de sens et de conséquences. En demandant à ses joueurs de sortir du terrain, Pape Thiaw n’a pas protégé son équipe, il l’a exposée. Il a transformé une décision arbitrale contestée en crise institutionnelle, interrompant une finale suivie par des millions de téléspectateurs et plaçant ses propres joueurs dans une position intenable.
À ce moment précis, ni l’arbitre ni le jeu n’étaient plus au centre de l’attention. Le principal protagoniste était devenu le sélectionneur lui-même, semblant ignorer les dispositions du Code disciplinaire de la CAF, notamment l’article 148, qui prévoit des sanctions lourdes pour toute équipe refusant de poursuivre un match.
Difficile, dès lors, de ne pas y voir une stratégie de déstabilisation psychologique assumée : pression sur le corps arbitral, rupture volontaire du rythme de la rencontre, mise sous tension de l’adversaire et construction immédiate d’un récit de victimisation. Une méthode connue dans le football, mais rarement poussée à ce degré lors d’une finale continentale.
Cette stratégie n’a pourtant produit aucun effet sur le terrain. Le penalty a été maintenu, la rencontre a repris et le Sénégal a rappelé sa supériorité sportive en prolongation. Mais l’épisode a éclipsé la prestation des joueurs, réduisant la finale à une polémique extra-sportive et donnant l’image d’une équipe davantage focalisée sur la contestation que sur le jeu.
Après le coup de sifflet final, la communication de Pape Thiaw s’est inscrite dans la continuité. Confronté à la controverse, le sélectionneur a adopté une posture mêlant excuses et justification. « Je m’excuse pour le football », a-t-il déclaré, tout en remettant implicitement en cause l’arbitrage, évoquant un penalty contestable et un but sénégalais refusé plus tôt.
Sous couvert d’apaisement, ce discours a prolongé un narratif déjà installé avant la finale : celui d’un Sénégal confronté à un environnement jugé injuste. Une posture victimaire qui, loin de refermer la parenthèse, a renforcé l’idée d’une communication maîtrisée de bout en bout, au service d’un climat de défiance.
Cette séquence n’est pas restée sans suites. Selon plusieurs sources, la Confédération africaine de football a rapidement ouvert des discussions sur d’éventuelles sanctions à l’encontre du sélectionneur sénégalais, considéré comme directement responsable de l’interruption du match. Une suspension de plusieurs rencontres a été évoquée, d’autant que l’intervention du capitaine aurait été décisive pour éviter un abandon pur et simple de la finale. La Fédération sénégalaise de football pourrait également faire face à des sanctions, notamment financières, en raison des incidents constatés.
Au-delà du résultat sportif, cette CAN 2025 laissera l’image d’une finale confisquée par une gestion émotionnelle et managériale défaillante. Le football africain mérite mieux que des scènes théâtrales et des stratégies de tension. En choisissant l’escalade du conflit plutôt que la maîtrise, Pape Thiaw a fragilisé sa propre crédibilité, bien davantage que ne l’aurait fait n’importe quelle décision arbitrale.