La décision est rassurante, mais elle n’est pas encore une promotion.
Fitch Ratings maintient la note souveraine du Maroc à « BB+ », avec perspective stable. Le Royaume reste ainsi une marche sous la catégorie investment grade chez Fitch, alors que S&P l’a déjà réintégrée. Ce décalage entre agences éclaire surtout le prochain défi financier du Maroc : prouver que sa résilience macroéconomique peut durablement s’accompagner d’une baisse de la dette et d’un rendement économique suffisant des investissements engagés.
Le Maroc encaisse les chocs, conserve des réserves de change confortables, accède aux marchés et bénéficie d’un soutien solide des institutions financières internationales. Pour Fitch Ratings, ces éléments justifient le maintien de la note souveraine à « BB+ » avec perspective stable.
Mais ce « BB+ » est presque plus intéressant par ce qu’il ne change pas que par ce qu’il confirme.
Le Maroc reste en effet, chez Fitch, un cran sous le seuil BBB-, première marche de la catégorie dite investment grade. Autrement dit, l’agence reconnaît la solidité relative du Royaume, mais considère que certains indicateurs restent encore insuffisamment robustes pour justifier une nouvelle amélioration.
La comparaison avec S&P devient dès lors incontournable.
L’autre grande agence de notation a déjà replacé le Maroc dans la catégorie investment grade. Les deux agences observent pourtant le même pays, les mêmes comptes publics et, dans les grandes lignes, les mêmes dynamiques économiques. Leur divergence tient surtout à la pondération donnée aux forces et aux vulnérabilités.
Fitch met clairement en avant plusieurs atouts.
Le premier est la crédibilité du cadre macroéconomique. Malgré la succession de chocs depuis 2020 — pandémie, sécheresses, inflation importée, tensions géopolitiques et hausse des coûts énergétiques — le Maroc a évité une rupture de ses équilibres extérieurs.
Les réserves de change restent jugées adéquates. Le Royaume bénéficie également d’un accès régulier aux financements multilatéraux et bilatéraux ainsi que de la ligne de crédit modulable du FMI, pensée comme une assurance contre les chocs externes.
La structure de la dette constitue un autre élément de confort. Les maturités sont relativement longues et une large part de l’endettement est contractée à taux fixe, ce qui limite à court terme le risque lié au refinancement.
Mais c’est précisément la dette qui continue de freiner le passage à l’étage supérieur.
Fitch projette un niveau de dette publique proche de 67 % du PIB à l’horizon 2028, sensiblement supérieur à la médiane des pays affichant une notation comparable. Cela ne signifie pas que la dette marocaine soit jugée insoutenable. Cela signifie plutôt que les marges de manœuvre budgétaires demeurent moins confortables que celles d’un souverain solidement installé dans l’investment grade.
À ce facteur s’ajoute le calendrier d’investissement exceptionnel engagé par le Royaume.
Lignes ferroviaires, infrastructures aéroportuaires, eau, énergie, équipements urbains, préparation de la Coupe du monde 2030 : le Maroc a enclenché un cycle d’investissement d’une ampleur rarement observée dans son histoire récente.
Sur le papier, ces dépenses peuvent augmenter la productivité, attirer des capitaux privés et relever le potentiel de croissance.
Mais une agence de notation regarde aussi l’autre côté du bilan : dépassements éventuels de coûts, engagements supplémentaires de l’État, risques portés par certaines entreprises publiques et capacité réelle des nouvelles infrastructures à générer suffisamment d’activité.
C’est probablement là que se jouera le prochain mouvement de Fitch.
La question n’est plus seulement de savoir si le Maroc peut financer ses ambitions. Elle devient : ces investissements produiront-ils suffisamment de croissance, de recettes et de valeur ajoutée pour améliorer progressivement les ratios d’endettement ?
L’enjeu est considérable car la frontière entre BB+ et BBB- n’est pas seulement symbolique.
L’investment grade peut élargir la base des investisseurs autorisés à détenir de la dette marocaine, améliorer la perception du risque souverain et, toutes choses égales par ailleurs, contribuer à réduire le coût du financement du Royaume et de certaines entreprises marocaines sur les marchés internationaux.
Le message de Fitch est donc moins sévère qu’il n’y paraît.
L’agence ne conteste ni la stabilité financière du Maroc ni sa capacité à absorber des chocs. Elle demande davantage de preuves sur la durée.
Le Royaume a déjà démontré sa résilience. Pour franchir définitivement le seuil chez Fitch, il devra maintenant démontrer que son grand cycle d’investissement peut améliorer simultanément la croissance potentielle et la trajectoire des finances publiques.
La prochaine bataille de la notation souveraine marocaine ne se jouera donc probablement pas dans les réserves de change. Elle se jouera dans la capacité à transformer les milliards investis avant 2030 en croissance durable, en recettes nouvelles et, surtout, en dette relativement moins lourde.
Le Maroc encaisse les chocs, conserve des réserves de change confortables, accède aux marchés et bénéficie d’un soutien solide des institutions financières internationales. Pour Fitch Ratings, ces éléments justifient le maintien de la note souveraine à « BB+ » avec perspective stable.
Mais ce « BB+ » est presque plus intéressant par ce qu’il ne change pas que par ce qu’il confirme.
Le Maroc reste en effet, chez Fitch, un cran sous le seuil BBB-, première marche de la catégorie dite investment grade. Autrement dit, l’agence reconnaît la solidité relative du Royaume, mais considère que certains indicateurs restent encore insuffisamment robustes pour justifier une nouvelle amélioration.
La comparaison avec S&P devient dès lors incontournable.
L’autre grande agence de notation a déjà replacé le Maroc dans la catégorie investment grade. Les deux agences observent pourtant le même pays, les mêmes comptes publics et, dans les grandes lignes, les mêmes dynamiques économiques. Leur divergence tient surtout à la pondération donnée aux forces et aux vulnérabilités.
Fitch met clairement en avant plusieurs atouts.
Le premier est la crédibilité du cadre macroéconomique. Malgré la succession de chocs depuis 2020 — pandémie, sécheresses, inflation importée, tensions géopolitiques et hausse des coûts énergétiques — le Maroc a évité une rupture de ses équilibres extérieurs.
Les réserves de change restent jugées adéquates. Le Royaume bénéficie également d’un accès régulier aux financements multilatéraux et bilatéraux ainsi que de la ligne de crédit modulable du FMI, pensée comme une assurance contre les chocs externes.
La structure de la dette constitue un autre élément de confort. Les maturités sont relativement longues et une large part de l’endettement est contractée à taux fixe, ce qui limite à court terme le risque lié au refinancement.
Mais c’est précisément la dette qui continue de freiner le passage à l’étage supérieur.
Fitch projette un niveau de dette publique proche de 67 % du PIB à l’horizon 2028, sensiblement supérieur à la médiane des pays affichant une notation comparable. Cela ne signifie pas que la dette marocaine soit jugée insoutenable. Cela signifie plutôt que les marges de manœuvre budgétaires demeurent moins confortables que celles d’un souverain solidement installé dans l’investment grade.
À ce facteur s’ajoute le calendrier d’investissement exceptionnel engagé par le Royaume.
Lignes ferroviaires, infrastructures aéroportuaires, eau, énergie, équipements urbains, préparation de la Coupe du monde 2030 : le Maroc a enclenché un cycle d’investissement d’une ampleur rarement observée dans son histoire récente.
Sur le papier, ces dépenses peuvent augmenter la productivité, attirer des capitaux privés et relever le potentiel de croissance.
Mais une agence de notation regarde aussi l’autre côté du bilan : dépassements éventuels de coûts, engagements supplémentaires de l’État, risques portés par certaines entreprises publiques et capacité réelle des nouvelles infrastructures à générer suffisamment d’activité.
C’est probablement là que se jouera le prochain mouvement de Fitch.
La question n’est plus seulement de savoir si le Maroc peut financer ses ambitions. Elle devient : ces investissements produiront-ils suffisamment de croissance, de recettes et de valeur ajoutée pour améliorer progressivement les ratios d’endettement ?
L’enjeu est considérable car la frontière entre BB+ et BBB- n’est pas seulement symbolique.
L’investment grade peut élargir la base des investisseurs autorisés à détenir de la dette marocaine, améliorer la perception du risque souverain et, toutes choses égales par ailleurs, contribuer à réduire le coût du financement du Royaume et de certaines entreprises marocaines sur les marchés internationaux.
Le message de Fitch est donc moins sévère qu’il n’y paraît.
L’agence ne conteste ni la stabilité financière du Maroc ni sa capacité à absorber des chocs. Elle demande davantage de preuves sur la durée.
Le Royaume a déjà démontré sa résilience. Pour franchir définitivement le seuil chez Fitch, il devra maintenant démontrer que son grand cycle d’investissement peut améliorer simultanément la croissance potentielle et la trajectoire des finances publiques.
La prochaine bataille de la notation souveraine marocaine ne se jouera donc probablement pas dans les réserves de change. Elle se jouera dans la capacité à transformer les milliards investis avant 2030 en croissance durable, en recettes nouvelles et, surtout, en dette relativement moins lourde.