Fonction Publique : 11% du PIB pour quelle efficacité ?


Rédigé par le Lundi 19 Janvier 2026



C'est le plus gros poste de dépense de l'État et son problème le plus épineux. Avec une masse salariale avoisinant les 11% du PIB, le Maroc dépense énormément pour ses fonctionnaires. Pourtant, l'évaluation révèle une inefficacité structurelle majeure : une mauvaise répartition géographique et fonctionnelle qui s'apparente à une "perte sèche" pour l'économie nationale.

L'impossible gestion des ressources humaines de l'État

L'évaluation thématique menée par la Cour des Comptes (Rapport 478) sur la fonction publique est accablante de lucidité. Elle met en lumière un déséquilibre flagrant. D'un côté, les administrations centrales à Rabat sont souvent en sureffectif, avec une concentration de cadres. De l'autre, les services déconcentrés, ceux qui sont au contact direct du citoyen dans les régions rurales ou éloignées, souffrent d'un manque chronique de personnel qualifié.

En termes d'évaluation des politiques publiques, c'est un échec de l'allocation des ressources. L'État paie des salaires qui ne génèrent pas l'utilité sociale attendue là où le besoin est le plus criant. C'est ce que les économistes appellent une "deadweight loss" (perte sèche).

Le problème est que l'évaluation s'arrête au constat. Pourquoi ? Parce que l'administration manque d'outils de Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Compétences (GPEC). Le recrutement se fait encore trop souvent sur une base budgétaire (remplacer un départ à la retraite) plutôt que sur une base stratégique (quelles compétences nous faut-il pour demain ?).

De plus, la mobilité des fonctionnaires est entravée par des rigidités statutaires et sociales. Il est extrêmement difficile pour l'administration de redéployer autoritairement des effectifs d'une région à une autre. Ainsi, malgré les rapports d'évaluation qui tirent la sonnette d'alarme année après année, la machine continue de reproduire les mêmes déséquilibres. Ce cas illustre parfaitement la limite de l'exercice : savoir ce qui ne va pas est une chose, avoir la capacité managériale et politique de le corriger en est une autre.




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Lundi 19 Janvier 2026
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