Football marocain : pourquoi les grands projets ont besoin de temps


Une dernière réflexion sur le parcours de l'équipe nationale au mondial 2026, basée sur une métaphore politique que je trouve pertinente à la veille des élections de septembre prochain.



La démocratie est le meilleur système possible ( c'est une conviction personnelle absolue) si l'on veut instaurer durablement la prospérité d'un pays (lutter contre la corruption est indispensable aussi, mais ça c'est un autre sujet).

La démocratie instaure un contrôle permanent des gouvernants, devenus comptables de leurs gestions et de leurs actes, elle favorise la bonne gouvernance et garantit aux citoyens un ensemble de libertés fondamentales :  la liberté d'expression, d'association, de conscience etc.

Elle repose sur un principe essentiel : l'indépendance des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Cette séparation constitue le meilleur rempart contre l'arbitraire.

La démocratie ne s'impose pas, elle se construit en tenant compte de l'évolution économique et sociale de la population et de sa maturité décisionnelle.

La raison et l'émotion étant souvent en conflit, le système democratique comporte un risque réel celui de permettre à n'importe qui de dire n'importe quoi. Ce risque concerne, le plus souvent, les pays où la culture démocratique n'est pas solidement enracinée, mais pas qu'eux.

Dans ces contextes, une partie de l'électorat, mue par la frustration ou l'incertitude économique, peut porter au pouvoir des mouvements populistes qui exploitent l'émotion plutôt que la raison.

Ces gouvernements, souvent dépourvus de compétence réelle pour gouverner, promettent des solutions simples à des problèmes complexes. Ils inventent des solutions, séduisantes sur le papier, absolument désastreuses dans leurs réalisations.

Avant d'arriver au pouvoir, ils sont, comme les francs-tireurs isolés, aux aguets pour détruire, à la moindre erreur tous ce que des prédécesseurs ont mis des années à construire.

Le projet de développement du football marocain date de 2006, avec mis en œuvre depuis 2008.

Il est porteur de plusieurs dynamiques sportives, bien entendu, mais aussi économiques, sociales, politiques et géopolitiques à travers un softpower qui installe le Maroc comme un pays crédible et les Marocains comme des citoyens sympathiques.

L'image du Maroc au Mexique, lors du passage de l'équipe nationale et son merveilleux public, s'est améliorée comme aucune campagne publicitaire aurait pu le faire. Le Mexique est, pour ceux qui ne le savent pas, un des pays les plus hostiles à notre cause nationale.

Ouahbi, notre entraîneur national, est le seul entraîneur arabe  champion du monde U20, le seul Africain avec le Ghanéen Sellas Teteh à prétendre à cette distinction. Il est à la tête des Lions de l'Atlas depuis 4 mois et à sa première défaite il est attaqué comme jamais auparavant pour un entraineur national.

Les frustrations de ceux qui ne voient dans les avancées du pays que la partie vide du verre se sont enfin libérées. Ils attaquent à tout va.

C'est de bonne guerre et toutes les critiques sont bonnes à écouter, même si certaines ne sont pas bonnes à entendre, tant elles sont décalées. Il y en a une qui m'a interpellé. Celle qui consiste à comparer le Maroc et la Norvège pour souligner le retard du pays. Elle n'est pas dénué d'intérêt.

L'ambition du pays c'est de viser la Norvège et pas l'environnement immédiat.

Mais il faut savoir raison garder.

On ne peut pas exiger du pays qu'il rattrape en 20 ans un retard de 250 ans (révolution politique en Europe), un pays doté du fond souverain le plus efficace du monde, alimenté par des ressources hydrocarbures abondantes avec un pays dont le fond souverain est alimenté par l'épargne et le soutien de pays amis.

Ouahbi a perdu, c'était inéluctable, compte tenu des forces en présence, mais pas par peur de l'adversaire, comme il se dit à droite et à gauche, mais parce qu'il a estimé que c'était la seule façon de gagner.

Pousser la France aux penalties était l'objectif. Un objectif qu'il aurait pu atteindre sans le but de Mbappé qui a tout changé. Ironie du sort il est entaché d'une erreur de jugement des joueurs qui ont cru qu'il y avait main.

Dommage, à la 60éme minute le Maroc était sur la voie de la stratégie tracée, grâce à Bounou et d'une organisation tactique basée sur la privation du ballon en bloc bas. Le Maroc a gagné la bataille de la possession (52% contre 48) et des passes réussies (498/476) face à la France on ne le dit pas suffisamment).

On peut le regretter et en tirer les enseignements nécessaires et continuer à faire confiance au staff qui a installé le Maroc au top 10 du football mondial pour un moment.

Il faut rester concentré sur les objectifs du pays, sortir du sous-développement et faire du football un instrument, parmi d'autres, de cet objectif La démocratie n'est jamais un acquis définitif : elle exige, pour prospérer, une tradition civique enracinée, des institutions robustes et une vigilance constante des citoyens face aux tentations populistes, qu'on se le dise.

Dima Maghrib.

Par Bargach Larbi.


Lundi 13 Juillet 2026

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