Gaz butane : 48 heures de suspension, la distribution à l’arrêt les 21 et 22 avril


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Jeudi 9 Avril 2026

Derrière la suspension annoncée des 21 et 22 avril, c’est toute la chaîne du gaz butane qui vacille. Marges figées, coûts en hausse, tensions sur l’approvisionnement : le secteur tire la sonnette d’alarme, au risque de perturber le quotidien de millions de ménages.



Le secteur du gaz butane traverse une zone de fortes turbulences. Les distributeurs et exploitants de dépôts ont décidé de suspendre leurs activités pendant 48 heures, les 21 et 22 avril, avec une possibilité de prolongation.
 

Cette grève, rare par son ampleur, fait planer une inquiétude immédiate : celle de perturbations dans l’approvisionnement. Le gaz butane reste un produit vital, omniprésent dans les foyers marocains, des grandes villes aux zones rurales. Et dans ce type de situation, quelques jours suffisent à créer une tension palpable.
 

Au cœur du malaise, un déséquilibre devenu structurel. Les marges des distributeurs sont restées quasiment inchangées depuis plus de dix ans, alors que les coûts, eux, ont suivi une trajectoire ascendante. Le gasoil, notamment, pèse lourdement dans les charges. À cela s’ajoutent les frais de transport, de maintenance et de main-d’œuvre. « Nous travaillons à perte sur certains circuits », confie un opérateur, sous couvert d’anonymat.
 

Le problème est connu, documenté… mais jamais vraiment tranché. Le gaz butane est subventionné et son prix strictement réglementé. Ce choix protège le pouvoir d’achat et c’est essentiel mais il enferme aussi les distributeurs dans une équation économique rigide. Impossible d’ajuster les tarifs, même lorsque les charges explosent.
 

Ce déséquilibre fragilise particulièrement les plus petits acteurs. Près de 60 % des opérateurs ne bénéficieraient pas de mécanismes de soutien direct, ce qui les expose à des difficultés financières sérieuses. Or, ce sont souvent eux qui assurent la distribution dans les zones enclavées. Sans eux, la chaîne logistique se grippe rapidement.
 

À ces tensions internes s’ajoutent des signaux d’alerte sur les flux d’approvisionnement. Certaines sources évoquent un ralentissement des livraisons en provenance d’Espagne depuis fin mars, même si aucune rupture officielle n’est confirmée. Ce flou entretient les interrogations, notamment sur la gestion des stocks stratégiques et la capacité d’anticipation.
 

Le gouvernement, de son côté, se retrouve sous pression. Les distributeurs affirment avoir multiplié les démarches ces derniers mois, sans réponse jugée satisfaisante. La suspension annoncée intervient d’ailleurs après « l’épuisement des voies de dialogue », selon les professionnels.
 

Reste désormais une question centrale : une issue rapide est-elle possible ? Une révision des marges, même partielle, ou un soutien ciblé pourraient apaiser la situation. À défaut, le risque est réel de voir s’installer une tension durable sur un produit essentiel, dans un contexte déjà marqué par la hausse des prix de l’énergie et des denrées de base.
 

Deux jours de grève, peut-être plus. Mais surtout un signal difficile à ignorer : derrière chaque bonbonne, il y a un équilibre fragile. Et aujourd’hui, cet équilibre semble prêt à céder.





Jeudi 9 Avril 2026
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