L’intelligence artificielle est en train de casser ce mécanisme.
Pendant vingt ans, le marché reposait sur un contrat implicite relativement simple : les médias produisaient l’information, Google l’indexait et envoyait en échange du trafic vers leurs sites.
Avec AI Overviews, Google affiche directement une synthèse générée par IA au-dessus des résultats traditionnels. AI Mode va encore plus loin : le moteur devient presque un chatbot capable de répondre, comparer, expliquer et reformuler sans que l'utilisateur ait nécessairement besoin de visiter les sites ayant fourni l’information.
Et c’est précisément ce que redoutent les éditeurs.
Une étude du Pew Research Center réalisée sur près de 69.000 recherches Google avait montré que lorsqu'un résumé IA apparaissait, seulement 8 % des recherches débouchaient sur un clic vers un résultat classique, contre 15 % lorsqu'il n'y avait pas de résumé IA. Plus spectaculaire encore : les liens présents directement dans les réponses IA n’étaient cliqués que dans environ 1 % des cas.
Autrement dit : Google peut utiliser l'information d'un média sans nécessairement lui restituer le lecteur. C'est ce que l'on appelle la désintermédiation.
Qui a réellement fourni la réponse ?
Deuxième problème : celui des sources.
Les éditeurs européens expliquent que les sites affichés comme références par Google ne constituent pas nécessairement l’ensemble des contenus utilisés pour fabriquer la réponse. Google peut d'abord rechercher plusieurs documents pour « ancrer » sa réponse, puis n'en afficher que quelques-uns comme sources visibles.
Un média peut donc potentiellement contribuer à une réponse sans être cité ni recevoir de trafic. Les éditeurs réclament davantage de transparence sur les contenus réellement utilisés et sur les critères de sélection des sources.
Peut-on refuser ?
Google a commencé à répondre aux critiques. Le groupe a notamment introduit fin août 2026 un mécanisme permettant aux sites de refuser l'utilisation de leurs contenus dans certaines fonctionnalités d'IA liées à Search, sans nécessairement disparaître des résultats traditionnels. Il annonce également davantage d'indicateurs dans Search Console.
Mais les éditeurs considèrent que le débat reste loin d'être réglé : que couvre exactement l'opt-out ? Les contenus utilisés pour entraîner ou affiner les modèles sont-ils concernés ? Comment distinguer les impressions et les clics provenant de l'IA ? Et surtout, comment calculer une éventuelle rémunération lorsque plusieurs médias ont contribué à une réponse unique ?
Pourquoi le Maroc doit regarder ce dossier de très près
Au Maroc, la question est particulièrement stratégique : Google représentait environ 95 % du marché des moteurs de recherche en août 2026.
Pour un éditeur marocain, perdre une partie du trafic Google ne signifie donc pas perdre un canal parmi d'autres. Cela peut affecter simultanément les pages vues, la publicité, l'acquisition d'abonnés et la visibilité de la marque.
Le sujet rejoint d'ailleurs le débat marocain sur les droits numériques des éditeurs. La législation nationale reconnaît déjà des droits aux éditeurs de journaux concernant l'exploitation numérique de leurs publications, tandis que la réforme du droit d'auteur adoptée en 2026 cherche précisément à adapter le cadre marocain aux nouvelles formes d'exploitation numérique et à l'essor de l'IA.
Le prochain combat des médias marocains pourrait donc ne plus être seulement celui du SEO. Il sera peut-être celui de l'AIO : Artificial Intelligence Optimization, mais aussi celui d'une question beaucoup plus fondamentale : qui doit être rémunéré lorsque l'IA transforme le travail d'un journaliste en réponse sans lecteur ?
Avec AI Overviews, Google affiche directement une synthèse générée par IA au-dessus des résultats traditionnels. AI Mode va encore plus loin : le moteur devient presque un chatbot capable de répondre, comparer, expliquer et reformuler sans que l'utilisateur ait nécessairement besoin de visiter les sites ayant fourni l’information.
Et c’est précisément ce que redoutent les éditeurs.
Une étude du Pew Research Center réalisée sur près de 69.000 recherches Google avait montré que lorsqu'un résumé IA apparaissait, seulement 8 % des recherches débouchaient sur un clic vers un résultat classique, contre 15 % lorsqu'il n'y avait pas de résumé IA. Plus spectaculaire encore : les liens présents directement dans les réponses IA n’étaient cliqués que dans environ 1 % des cas.
Autrement dit : Google peut utiliser l'information d'un média sans nécessairement lui restituer le lecteur. C'est ce que l'on appelle la désintermédiation.
Qui a réellement fourni la réponse ?
Deuxième problème : celui des sources.
Les éditeurs européens expliquent que les sites affichés comme références par Google ne constituent pas nécessairement l’ensemble des contenus utilisés pour fabriquer la réponse. Google peut d'abord rechercher plusieurs documents pour « ancrer » sa réponse, puis n'en afficher que quelques-uns comme sources visibles.
Un média peut donc potentiellement contribuer à une réponse sans être cité ni recevoir de trafic. Les éditeurs réclament davantage de transparence sur les contenus réellement utilisés et sur les critères de sélection des sources.
Peut-on refuser ?
Google a commencé à répondre aux critiques. Le groupe a notamment introduit fin août 2026 un mécanisme permettant aux sites de refuser l'utilisation de leurs contenus dans certaines fonctionnalités d'IA liées à Search, sans nécessairement disparaître des résultats traditionnels. Il annonce également davantage d'indicateurs dans Search Console.
Mais les éditeurs considèrent que le débat reste loin d'être réglé : que couvre exactement l'opt-out ? Les contenus utilisés pour entraîner ou affiner les modèles sont-ils concernés ? Comment distinguer les impressions et les clics provenant de l'IA ? Et surtout, comment calculer une éventuelle rémunération lorsque plusieurs médias ont contribué à une réponse unique ?
Pourquoi le Maroc doit regarder ce dossier de très près
Au Maroc, la question est particulièrement stratégique : Google représentait environ 95 % du marché des moteurs de recherche en août 2026.
Pour un éditeur marocain, perdre une partie du trafic Google ne signifie donc pas perdre un canal parmi d'autres. Cela peut affecter simultanément les pages vues, la publicité, l'acquisition d'abonnés et la visibilité de la marque.
Le sujet rejoint d'ailleurs le débat marocain sur les droits numériques des éditeurs. La législation nationale reconnaît déjà des droits aux éditeurs de journaux concernant l'exploitation numérique de leurs publications, tandis que la réforme du droit d'auteur adoptée en 2026 cherche précisément à adapter le cadre marocain aux nouvelles formes d'exploitation numérique et à l'essor de l'IA.
Le prochain combat des médias marocains pourrait donc ne plus être seulement celui du SEO. Il sera peut-être celui de l'AIO : Artificial Intelligence Optimization, mais aussi celui d'une question beaucoup plus fondamentale : qui doit être rémunéré lorsque l'IA transforme le travail d'un journaliste en réponse sans lecteur ?
Pour un Observatoire AIO marocain des éditeurs
Il est probablement temps que les éditeurs marocains cessent d’observer chacun de leur côté la baisse éventuelle de leurs clics Google et commencent à mesurer collectivement ce que les moteurs d’IA font réellement de leurs contenus.
Un Observatoire AIO marocain pourrait suivre, chaque semaine, un panier stable de plusieurs centaines de requêtes représentatives : actualité, économie, santé, automobile, consommation, tourisme, administration, sport ou encore politique publique. Pour chacune, il mesurerait la présence d’AI Overviews ou d’AI Mode, les médias cités, la position des sources, les liens effectivement proposés et, lorsque les données le permettent, le trafic réellement récupéré.
Le même exercice pourrait être étendu à ChatGPT, Gemini, Perplexity et aux autres moteurs conversationnels.
L’objectif ne serait pas de déclarer la guerre à l’intelligence artificielle. Il serait beaucoup plus simple : produire nos propres données avant de négocier nos propres droits.
Car sans chiffres partagés, chaque éditeur restera seul face aux plateformes. Avec des données consolidées, le débat change de nature : il devient économique, juridique et stratégique.
Après l’audience et le SEO, les médias marocains doivent désormais apprendre à mesurer une nouvelle rareté : la visibilité de leurs sources dans un Internet où l’on peut lire l’information sans jamais visiter celui qui l’a produite.
Un Observatoire AIO marocain pourrait suivre, chaque semaine, un panier stable de plusieurs centaines de requêtes représentatives : actualité, économie, santé, automobile, consommation, tourisme, administration, sport ou encore politique publique. Pour chacune, il mesurerait la présence d’AI Overviews ou d’AI Mode, les médias cités, la position des sources, les liens effectivement proposés et, lorsque les données le permettent, le trafic réellement récupéré.
Le même exercice pourrait être étendu à ChatGPT, Gemini, Perplexity et aux autres moteurs conversationnels.
L’objectif ne serait pas de déclarer la guerre à l’intelligence artificielle. Il serait beaucoup plus simple : produire nos propres données avant de négocier nos propres droits.
Car sans chiffres partagés, chaque éditeur restera seul face aux plateformes. Avec des données consolidées, le débat change de nature : il devient économique, juridique et stratégique.
Après l’audience et le SEO, les médias marocains doivent désormais apprendre à mesurer une nouvelle rareté : la visibilité de leurs sources dans un Internet où l’on peut lire l’information sans jamais visiter celui qui l’a produite.
Pourquoi L’ODJ Média a produit ce guide à télécharger librement
Avec l’arrivée d’AI Overviews, d’AI Mode et des moteurs conversationnels, l’économie de l’édition numérique entre dans une nouvelle phase. Google et les plateformes d’IA ne se contentent plus d’orienter les internautes vers les sites : elles peuvent désormais synthétiser directement leurs contenus, parfois sans générer de visite.
L’ODJ Média a souhaité produire ce Petit guide AIO pour les éditeurs marocains afin de poser simplement les termes du problème et surtout d’apporter des premières réponses opérationnelles.
Le document explique les nouveaux risques liés à la baisse du trafic, à la visibilité des sources, à l’attribution des contenus et aux mécanismes d’opt-out. Il propose également des indicateurs de suivi, un protocole de test sur 90 jours et la création d’un Observatoire AIO marocain des éditeurs.
L’objectif n’est pas de s’opposer à l’intelligence artificielle, mais de permettre aux médias marocains de la mesurer, de s’y adapter et de défendre collectivement la valeur de l’information qu’ils produisent.
L’ODJ Média a souhaité produire ce Petit guide AIO pour les éditeurs marocains afin de poser simplement les termes du problème et surtout d’apporter des premières réponses opérationnelles.
Le document explique les nouveaux risques liés à la baisse du trafic, à la visibilité des sources, à l’attribution des contenus et aux mécanismes d’opt-out. Il propose également des indicateurs de suivi, un protocole de test sur 90 jours et la création d’un Observatoire AIO marocain des éditeurs.
L’objectif n’est pas de s’opposer à l’intelligence artificielle, mais de permettre aux médias marocains de la mesurer, de s’y adapter et de défendre collectivement la valeur de l’information qu’ils produisent.