Hamza Lemssouguer, le Marocain qui gére 20 milliards de dollars d’actifs


le Mardi 7 Avril 2026

En 2020, Hamza Lemssouguer aurait pu rejoindre l’univers de Ken Griffin, patron de Citadel. Il a choisi une autre voie. Six ans plus tard, le trader né au Maroc est présenté comme l’un des phénomènes les plus rapides de la finance londonienne, à la tête d’Arini Capital, une plateforme de crédit que le Wall Street Journal estime désormais à 20 milliards de dollars d’actifs gérés. Une ascension impressionnante, mais qui mérite d’être racontée avec précision plutôt qu’avec légende.



Dans la haute finance, les récits de réussite se ressemblent souvent. Celui de Hamza Lemssouguer, lui, détonne.

D’abord parce qu’il commence par un refus. Selon le Wall Street Journal, en 2020, Ken Griffin lui propose de gérer plusieurs milliards de dollars pour Citadel, l’un des géants mondiaux des hedge funds. Lemssouguer décline. À l’époque, son nom circule déjà parmi les profils les plus redoutés du crédit européen. Bloomberg rapportait en 2021 que Credit Suisse l’avait convaincu d’abandonner une opportunité chez Citadel, signe qu’il était alors considéré comme un actif stratégique, presque trop précieux pour être laissé partir.

La suite tient moins du conte de fées que du pari méthodique. Après son départ de Credit Suisse, Hamza Lemssouguer lance Arini Capital en 2022 avec environ 1,3 milliard de dollars. Le positionnement est clair : le crédit, la dette d’entreprises, les situations complexes, les paris à contre-courant. Rien de glamour au sens médiatique du terme, mais un terrain redoutable où la réputation se construit dans la douleur, trade après trade. Reuters montrait déjà en novembre 2024 que le fonds principal d’Arini pesait 3,7 milliards de dollars et avait signé une performance de 23,4 % sur les dix premiers mois de l’année.

C’est là que l’histoire devient spectaculaire. Le Wall Street Journal affirme aujourd’hui qu’Arini gère 20 milliards de dollars et présente Lemssouguer comme le gestionnaire de hedge fund à la croissance la plus rapide de sa génération, sur la base de données de Hedge Fund Research. Dit autrement, le trader qui a refusé d’entrer dans une machine déjà toute-puissante aurait réussi à construire la sienne. Ce n’est pas simplement une réussite personnelle. C’est une démonstration de force dans un secteur où les nouveaux entrants peinent souvent à survivre, et où la taille se conquiert rarement à cette vitesse.

Le chiffre de 20 milliards est sérieux, puisqu’il est publié par le Wall Street Journal, mais il reste pour l’instant surtout porté par cette enquête récente et par ses reprises. Les chiffres publics antérieurs accessibles montraient une progression déjà fulgurante, sans encore atteindre ce seuil dans les publications plus anciennes. C’est une nuance importante, surtout à l’heure où les réseaux sociaux transforment chaque succès en mythe instantané. Le bon réflexe journalistique consiste donc à parler d’une estimation récente solidement relayée, plutôt que d’un chiffre définitivement gravé dans le marbre.

Au-delà du montant, il y a ce que cette trajectoire raconte. Dans une finance londonienne réputée fermée, codifiée et socialement verrouillée, Hamza Lemssouguer apparaît comme un profil à part. Le Wall Street Journal insiste sur son style peu conventionnel, son parcours singulier et sa manière de détonner dans un milieu souvent très formaté. Cela ne fait pas une morale, encore moins une fable nationale. Mais cela rappelle qu’au plus haut niveau des industries mondiales, y compris dans les plus élitistes, des profils nés loin des centres classiques du pouvoir peuvent non seulement entrer dans le jeu, mais en redéfinir les règles.

Pour le Maroc, la portée symbolique est réelle. Non pas au sens folklorique du “succès marocain” brandi comme trophée, mais au sens plus exigeant d’une preuve silencieuse. Celle qu’un talent issu de cette origine peut s’imposer dans l’un des univers les plus durs du capitalisme global. Dans un pays où l’on parle beaucoup de réussite, mais trop peu des terrains où elle se mesure vraiment, le cas Lemssouguer mérite mieux que l’admiration automatique. Il mérite une lecture lucide : celle d’un homme qui a refusé la puissance d’un géant pour tester la sienne propre — et qui, selon les sources financières les plus sérieuses du moment, semble avoir gagné son pari.

Dans cette histoire, le plus frappant n’est peut-être pas qu’Hamza Lemssouguer gère aujourd’hui 20 milliards de dollars. C’est qu’il ait estimé, en 2020, qu’il valait mieux renoncer à la sécurité d’un empire existant pour tenter de bâtir le sien. Dans la finance comme ailleurs, les trajectoires les plus rares commencent souvent par un refus.




Mardi 7 Avril 2026
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