Hantavirus : un virus discret qui révèle les liens profonds entre l’homme, l’animal et son environnement


Entretien avec le Pr Said Zouhair, professeur de virologie à la faculté de médecine de Marrakech.

Recueilli par Dr Anwar CHERKAOUI, expert en communication médicale et journalisme de santé.

Souvent méconnu du grand public, le hantavirus fait pourtant l’objet d’une surveillance attentive par les spécialistes des maladies infectieuses.

Transmis par certains rongeurs sauvages, il peut provoquer des atteintes pulmonaires ou rénales parfois graves.

À l’occasion du 24e Congrès national de la Société Marocaine de Lutte contre les Maladies Infectieuses, organisé à Marrakech les 15 et 16 mai 2026, Pr Said Zouhair, virologue, microbiologiste et doyen de la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Marrakech, décrypte les enjeux scientifiques et sanitaires liés à ce virus émergent, symbole des interactions complexes entre l’homme et son écosystème.

« Le hantavirus nous rappelle que les maladies infectieuses naissent souvent aux frontières entre l’homme, l’animal et la nature »



Dr Anwar CHERKAOUI : Ces dernières années, le hantavirus suscite un intérêt croissant dans les milieux scientifiques. De quel type de virus s’agit-il exactement ?

Pr Said ZOUHAIR : Le hantavirus appartient à une famille de virus naturellement hébergés par certains rongeurs sauvages. L’infection humaine demeure relativement rare, mais elle retient l’attention des experts en raison de sa capacité à provoquer des formes cliniques sévères.

Selon les souches et les régions du monde, les manifestations touchent principalement les poumons ou les reins.

Dr Anwar CHERKAOUI : Comment l’être humain peut-il contracter cette infection ?

Pr Said ZOUHAIR : La transmission se fait le plus souvent par inhalation de particules microscopiques issues de l’urine, des excréments ou de la salive de rongeurs infectés. Les lieux fermés restés longtemps inoccupés — caves, greniers, cabanes ou entrepôts — constituent les principaux contextes d’exposition.

Dr Anwar CHERKAOUI : Quels sont les premiers signes cliniques ?

Pr Said ZOUHAIR : Les symptômes initiaux sont peu spécifiques. Ils évoquent souvent une grippe : fièvre, fatigue intense, douleurs musculaires, céphalées et parfois troubles digestifs.

Cette présentation banale peut retarder l’identification du diagnostic si l’on ne tient pas compte du contexte d’exposition.

Dr Anwar CHERKAOUI : Pourquoi ce virus est-il particulièrement surveillé par les infectiologues ?

Pr Said ZOUHAIR : Parce que certaines formes peuvent évoluer rapidement vers des complications graves. Dans les Amériques, certaines souches provoquent des atteintes pulmonaires aiguës avec détresse respiratoire.

En Europe et en Asie, d’autres souches entraînent surtout des atteintes rénales, parfois associées à des manifestations hémorragiques. Ces situations exigent une prise en charge hospitalière rapide.

Dr Anwar CHERKAOUI : Dispose-t-on aujourd’hui d’un traitement spécifique ?.

Pr Said ZOUHAIR : À ce jour, il n’existe pas de traitement antiviral spécifique universellement reconnu comme pleinement efficace contre l’ensemble des hantavirus.

La prise en charge repose essentiellement sur le traitement symptomatique, la surveillance étroite et, dans les formes sévères, les soins intensifs avec assistance respiratoire si nécessaire.

Dr Anwar CHERKAOUI : La prévention demeure donc essentielle.

Pr Said ZOUHAIR : Sans aucun doute. La meilleure stratégie consiste à limiter l’exposition aux rongeurs et à leurs déjections. Il est recommandé d’aérer les locaux fermés avant leur nettoyage, de porter des gants et un masque, et d’éviter de balayer à sec des poussières potentiellement contaminées.

Dr Anwar CHERKAOUI : Quel message souhaitez-vous transmettre à travers ce congrès ?

Pr Said ZOUHAIR : Les maladies émergentes nous rappellent que la santé humaine ne peut être dissociée de celle des animaux et de l’environnement. Le hantavirus illustre parfaitement cette approche intégrée.

La vigilance scientifique, la surveillance épidémiologique, l’éducation du public et la coopération internationale sont indispensables pour anticiper les menaces infectieuses de demain.

Mardi 12 Mai 2026



Rédigé par Salma Chmanti Houari le Mardi 12 Mai 2026
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