Si la scène paraît encore improbable pour les législatives de septembre 2026, elle pourrait l’être beaucoup moins lors des communales de 2027.
Imaginez la scène.
Nous sommes devant le guichet chargé des accréditations de presse. Photographes, cameramen, journalistes, correspondants étrangers attendent leur tour.
Puis arrive un humanoïde. Il marche normalement, porte un micro, une caméra intégrée et, autour du cou, une carte de presse.
— Bonjour , Hello. Je viens retirer mon accréditation pour couvrir les élections.
Le fonctionnaire lève les yeux. Il regarde la machine. Puis le formulaire. Puis encore la machine.
Sur le formulaire, tout avait été prévu : nom, prénom, média, numéro de carte de presse, fonction, photographie…
Mais probablement pas la case : « Êtes-vous un être humain ? »
Cela prête à sourire. Pour l'instant. 2026 : probablement trop tôt
Le Maroc organise ses élections législatives le 23 septembre 2026. Le calendrier officiel fixe la campagne du 10 au 22 septembre.
Il est peu probable que nous voyions, dans quelques semaines, un robot humanoïde se promener entre les candidats avec un micro pour recueillir leurs déclarations.
Mais la véritable question n'est peut-être déjà plus celle-là. Car les rédactions utilisent désormais des intelligences artificielles pour rechercher, transcrire, traduire, résumer, comparer des programmes, analyser des discours, préparer des interviews ou produire des contenus.
La frontière s'est déplacée. Hier, la machine était un logiciel installé sur l'ordinateur du journaliste. Aujourd'hui, elle devient un agent capable d'effectuer certaines tâches de manière relativement autonome.
Demain, elle aura des yeux, des oreilles, des jambes et un micro.
Le passage de ChatGPT au robot journaliste est finalement moins spectaculaire qu'il n'y paraît. C'est simplement l'intelligence artificielle qui sort de l'écran.
Et si ce n'est pas en 2026, ce sera peut-être en 2027
L'expérience pourrait devenir beaucoup plus intéressante lors des prochaines élections communales.
Les conseillers communaux élus en 2021 disposent d'un mandat de six ans et les prochaines élections communales sont attendues en 2027, séparément des législatives de 2026.
D'ici là, douze mois supplémentaires se seront écoulés. Douze mois dans l'univers de l'intelligence artificielle, c'est presque une génération technologique.
Les robots humanoïdes progressent. Les modèles multimodaux savent déjà voir, écouter, parler et raisonner sur leur environnement. Leur intégration transformera progressivement une intelligence numérique en acteur physique.
Alors faisons l'expérience intellectuelle jusqu'au bout. Une rédaction marocaine achète ou loue un humanoïde. Elle l'équipe de ses outils journalistiques. Elle le baptise SI-Reporter 01.
Le robot est placé sous la responsabilité d'un directeur de publication humain. Il ne décide pas de la ligne éditoriale. Il exécute une mission définie par la rédaction.
Direction : campagne des communales 2027.
Et là, les questions commencent.
Qui faut-il accréditer ?
Le robot peut-il entrer dans un meeting ?
Peut-il poser une question à un candidat ?
Peut-il filmer dans un espace réservé aux journalistes ?
Peut-il enregistrer une conférence de presse ?
Peut-il se présenter devant un président de commune et dire : « Bonjour Monsieur le candidat, je suis journaliste à L'ODJ Média » ?
Et surtout : qui est juridiquement responsable de ce qu'il publie ?
Le constructeur du robot ?
L'entreprise qui fournit son intelligence artificielle ?
Le média propriétaire de la machine ?
Le journaliste qui lui donne ses instructions ?
Ou, comme cela paraît beaucoup plus logique, le directeur de publication et la rédaction qui l'ont envoyé sur le terrain ?
À ce moment-là, notre problème cesse d'être technologique. Il devient juridique.
Peut-être que nous posons la mauvaise question
Nous demanderons spontanément : « Un robot peut-il être journaliste ? »
Je ne suis pas certain que ce soit la bonne question.
Une caméra n'est pas journaliste.
Un ordinateur n'est pas journaliste.
Un logiciel de montage n'est pas journaliste.
Une intelligence artificielle n'a pas davantage besoin de devenir juridiquement journaliste pour participer à la production d'information.
Le robot pourrait tout simplement être considéré comme un outil journalistique extrêmement sophistiqué, placé sous responsabilité humaine.
Dans cette hypothèse, ce n'est peut-être pas SI-Reporter 01 qu'il faudrait accréditer.
Il faudrait accréditer la rédaction qui l'exploite et l'humain qui en assume la responsabilité.
Et cette distinction pourrait devenir fondamentale.
Parce que le vrai sujet n'est pas le robot. Le vrai sujet est la responsabilité.
Lorsque SI-Reporter 01 posera une question maladroite, qui répondra ?
Lorsqu'il identifiera incorrectement une personne, qui corrigera ?
Lorsqu'il enregistrera quelqu'un qui ne devait pas l'être, qui sera responsable ?
Lorsqu'il produira une information erronée, qui publiera le rectificatif ?
La réponse que nous choisirons déterminera probablement une partie du droit des médias de demain.
Car il serait dangereux de créer des machines juridiquement irresponsables auxquelles des humains pourraient ensuite déléguer leurs propres responsabilités.
Le principe devrait peut-être être exactement inverse : plus la machine devient autonome, plus la responsabilité humaine doit être identifiable.
Rendez-vous en 2027
Alors, non. Je ne pense pas que SI-Reporter 01 retirera réellement son badge pour les législatives du 23 septembre prochain. Mais je serais beaucoup moins catégorique pour 2027.
Et quelque part au Maroc, un responsable chargé des accréditations pourrait alors vivre une scène assez savoureuse.
Un humanoïde arrivera devant son bureau.
Il déposera son dossier.
Le fonctionnaire cherchera son nom dans la liste.
SI-Reporter 01 — L'ODJ Média.
Il regardera le robot.
Il regardera son écran.
Puis il posera probablement la seule question que personne n'avait pensé à inscrire dans la procédure : « Et votre responsable humain, il est où ? »
À mon avis, c'est précisément par cette question que devrait commencer le journalisme augmenté de demain.
L'intelligence peut être artificielle. La responsabilité, elle, doit rester humaine.
Nous sommes devant le guichet chargé des accréditations de presse. Photographes, cameramen, journalistes, correspondants étrangers attendent leur tour.
Puis arrive un humanoïde. Il marche normalement, porte un micro, une caméra intégrée et, autour du cou, une carte de presse.
— Bonjour , Hello. Je viens retirer mon accréditation pour couvrir les élections.
Le fonctionnaire lève les yeux. Il regarde la machine. Puis le formulaire. Puis encore la machine.
Sur le formulaire, tout avait été prévu : nom, prénom, média, numéro de carte de presse, fonction, photographie…
Mais probablement pas la case : « Êtes-vous un être humain ? »
Cela prête à sourire. Pour l'instant. 2026 : probablement trop tôt
Le Maroc organise ses élections législatives le 23 septembre 2026. Le calendrier officiel fixe la campagne du 10 au 22 septembre.
Il est peu probable que nous voyions, dans quelques semaines, un robot humanoïde se promener entre les candidats avec un micro pour recueillir leurs déclarations.
Mais la véritable question n'est peut-être déjà plus celle-là. Car les rédactions utilisent désormais des intelligences artificielles pour rechercher, transcrire, traduire, résumer, comparer des programmes, analyser des discours, préparer des interviews ou produire des contenus.
La frontière s'est déplacée. Hier, la machine était un logiciel installé sur l'ordinateur du journaliste. Aujourd'hui, elle devient un agent capable d'effectuer certaines tâches de manière relativement autonome.
Demain, elle aura des yeux, des oreilles, des jambes et un micro.
Le passage de ChatGPT au robot journaliste est finalement moins spectaculaire qu'il n'y paraît. C'est simplement l'intelligence artificielle qui sort de l'écran.
Et si ce n'est pas en 2026, ce sera peut-être en 2027
L'expérience pourrait devenir beaucoup plus intéressante lors des prochaines élections communales.
Les conseillers communaux élus en 2021 disposent d'un mandat de six ans et les prochaines élections communales sont attendues en 2027, séparément des législatives de 2026.
D'ici là, douze mois supplémentaires se seront écoulés. Douze mois dans l'univers de l'intelligence artificielle, c'est presque une génération technologique.
Les robots humanoïdes progressent. Les modèles multimodaux savent déjà voir, écouter, parler et raisonner sur leur environnement. Leur intégration transformera progressivement une intelligence numérique en acteur physique.
Alors faisons l'expérience intellectuelle jusqu'au bout. Une rédaction marocaine achète ou loue un humanoïde. Elle l'équipe de ses outils journalistiques. Elle le baptise SI-Reporter 01.
Le robot est placé sous la responsabilité d'un directeur de publication humain. Il ne décide pas de la ligne éditoriale. Il exécute une mission définie par la rédaction.
Direction : campagne des communales 2027.
Et là, les questions commencent.
Qui faut-il accréditer ?
Le robot peut-il entrer dans un meeting ?
Peut-il poser une question à un candidat ?
Peut-il filmer dans un espace réservé aux journalistes ?
Peut-il enregistrer une conférence de presse ?
Peut-il se présenter devant un président de commune et dire : « Bonjour Monsieur le candidat, je suis journaliste à L'ODJ Média » ?
Et surtout : qui est juridiquement responsable de ce qu'il publie ?
Le constructeur du robot ?
L'entreprise qui fournit son intelligence artificielle ?
Le média propriétaire de la machine ?
Le journaliste qui lui donne ses instructions ?
Ou, comme cela paraît beaucoup plus logique, le directeur de publication et la rédaction qui l'ont envoyé sur le terrain ?
À ce moment-là, notre problème cesse d'être technologique. Il devient juridique.
Peut-être que nous posons la mauvaise question
Nous demanderons spontanément : « Un robot peut-il être journaliste ? »
Je ne suis pas certain que ce soit la bonne question.
Une caméra n'est pas journaliste.
Un ordinateur n'est pas journaliste.
Un logiciel de montage n'est pas journaliste.
Une intelligence artificielle n'a pas davantage besoin de devenir juridiquement journaliste pour participer à la production d'information.
Le robot pourrait tout simplement être considéré comme un outil journalistique extrêmement sophistiqué, placé sous responsabilité humaine.
Dans cette hypothèse, ce n'est peut-être pas SI-Reporter 01 qu'il faudrait accréditer.
Il faudrait accréditer la rédaction qui l'exploite et l'humain qui en assume la responsabilité.
Et cette distinction pourrait devenir fondamentale.
Parce que le vrai sujet n'est pas le robot. Le vrai sujet est la responsabilité.
Lorsque SI-Reporter 01 posera une question maladroite, qui répondra ?
Lorsqu'il identifiera incorrectement une personne, qui corrigera ?
Lorsqu'il enregistrera quelqu'un qui ne devait pas l'être, qui sera responsable ?
Lorsqu'il produira une information erronée, qui publiera le rectificatif ?
La réponse que nous choisirons déterminera probablement une partie du droit des médias de demain.
Car il serait dangereux de créer des machines juridiquement irresponsables auxquelles des humains pourraient ensuite déléguer leurs propres responsabilités.
Le principe devrait peut-être être exactement inverse : plus la machine devient autonome, plus la responsabilité humaine doit être identifiable.
Rendez-vous en 2027
Alors, non. Je ne pense pas que SI-Reporter 01 retirera réellement son badge pour les législatives du 23 septembre prochain. Mais je serais beaucoup moins catégorique pour 2027.
Et quelque part au Maroc, un responsable chargé des accréditations pourrait alors vivre une scène assez savoureuse.
Un humanoïde arrivera devant son bureau.
Il déposera son dossier.
Le fonctionnaire cherchera son nom dans la liste.
SI-Reporter 01 — L'ODJ Média.
Il regardera le robot.
Il regardera son écran.
Puis il posera probablement la seule question que personne n'avait pensé à inscrire dans la procédure : « Et votre responsable humain, il est où ? »
À mon avis, c'est précisément par cette question que devrait commencer le journalisme augmenté de demain.
L'intelligence peut être artificielle. La responsabilité, elle, doit rester humaine.