Heure légale : "PJD" quand on gouverne, on l'impose ; "PJD" quand on s’oppose, on la conteste


Rédigé par le Jeudi 2 Avril 2026



Il y a des revirements politiques qui éclairent moins une conviction qu’une commodité. Le débat relancé sur le GMT+1 en est un exemple presque parfait. Car ceux qui dénoncent aujourd’hui avec emphase les effets de l’heure légale sur les élèves, les familles ou les horaires de prière sont aussi ceux qui, lorsqu’ils étaient aux commandes, ont validé et installé cette même mesure dans la durée.

Le paradoxe est brutal : au gouvernement, on adopte le GMT+1 ; dans l’opposition, on découvre soudain ses dégâts. Huit ans après l’avoir entérinée dans l’exercice du pouvoir, cette formation politique se rallie désormais à la contestation populaire, comme si elle en avait toujours été spectatrice et jamais actrice. Ce retournement tardif ressemble moins à une autocritique sincère qu’à une tentative classique de recyclage politique.

Le 28 mars 2026, cette nouvelle posture a été officialisée en reprenant les griefs désormais bien connus contre l’heure supplémentaire : enfants contraints de rejoindre l’école dans l’obscurité, désorganisation de la vie familiale, décalage avec les horaires de prière, fatigue sociale accumulée. Autant d’arguments recevables sur le fond, mais qui posent une question simple : pourquoi ces réalités, visibles depuis des années, deviennent-elles soudain insupportables seulement depuis les bancs de l’opposition ?

C’est toute l’ambiguïté du moment. Car critiquer aujourd’hui une décision que l’on a soi-même portée hier revient à demander aux citoyens d’oublier un peu vite qui a fait quoi. La dénonciation actuelle tente de capter une colère réelle, mais elle se heurte à une mémoire politique têtue : lorsque cette réforme a été imposée, elle ne l’a pas été par un adversaire, mais bien par ceux qui prétendent désormais réparer une erreur qu’ils ont eux-mêmes contribué à installer.

Le plus troublant est que cette posture se drape aujourd’hui dans le langage de l’écoute populaire. On affirme rejoindre une demande citoyenne, on réclame une étude scientifique globale, on souligne que les bénéfices énergétiques restent faibles au regard des coûts sociaux. Très bien. Mais cette lucidité nouvelle arrive avec un retard qui interroge. Une fois sorti du pouvoir, il devient toujours plus facile de redécouvrir les souffrances du quotidien.

Au fond, le problème n’est pas qu’un parti évolue. Changer de position peut être honorable, à condition de nommer clairement ses responsabilités passées. Le problème commence quand la conversion opportuniste remplace l’aveu. Car entre reconnaître “nous nous sommes trompés” et se comporter comme si l’on n’avait jamais participé à la décision, il y a toute la différence entre une révision crédible et une manœuvre politique.

Dans cette affaire, la critique du GMT+1 mérite mieux qu’un simple recyclage de circonstance. Elle mérite un vrai débat national, pas un numéro d’opposition tardive. Car au Maroc, les citoyens commencent à bien connaître ce vieux scénario : au gouvernement, on adopte ; dans l’opposition, on s’indigne. Et entre les deux, ce sont toujours les mêmes qui s’adaptent : les familles, les élèves, les travailleurs.

​Ce repositionnement n’a d’ailleurs rien d’isolé. Il rappelle un autre grand moment de plasticité politique : celui de la libéralisation des prix de l’essence et du gazole.

Là aussi, le même acteur, Le PJD, avait assumé au pouvoir une décision lourde de conséquences sur le quotidien des ménages, avant de redécouvrir dans l’opposition les vertus de la dénonciation sociale.

Quand il dirigeait le gouvernement, il parlait réforme, rationalité économique et courage politique ; une fois dans l’opposition, il adopte le vocabulaire de la souffrance populaire, du pouvoir d’achat étranglé et des injustices du marché.

Même acteur, même mécanique, même confort du recul : on prend des décisions impopulaires au nom du réalisme lorsqu’on gouverne, puis on en critique les effets au nom du peuple lorsqu’on n’en assume plus le coût politique. À force, ce double langage finit par dessiner non pas une ligne de conviction, mais une méthode : gouverner sans mémoire, puis s’opposer sans bilan.




Jeudi 2 Avril 2026
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