IA et Industrie : Le Maroc face à l’ère de la transformation industrielle


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Jeudi 22 Janvier 2026

Casablanca — Dans les halls vivants de l’Exposition mondiale sur la fabrication avancée et la mobilité du futur (WAM Morocco), la question qui revenait sans cesse entre deux stands d’innovation n’était pas seulement technologique. Elle était profondément économique et sociétale : jusqu’où le Maroc peut-il vraiment capitaliser sur l’intelligence artificielle pour transformer son industrie et son modèle de croissance ?



En ce mois de janvier à Casablanca, où se tient la première édition du World Advanced Manufacturing & Future Mobility Exhibition (WAM Morocco), plus de 100 entreprises internationales provenant de plus de 18 pays des États-Unis au Vietnam en passant par la France, l’Espagne ou l’Arabie Saoudite exposent leurs technologies les plus avancées en fabrication intelligente, robotique ou mobilité 4.0.
 

Ce salon, porté par Kaoun International, filiale du Dubai World Trade Centre, illustre bien un tournant stratégique : le Maroc ne veut plus être uniquement consommateur de technologies. Il veut les concevoir, les appliquer et surtout en tirer un impact concret sur son économie nationale. 


L’IA, un levier encore sous-exploité mais crucial

Au cœur des discussions, l’intelligence artificielle souvent évoquée comme un mot-clef cosmétique s’est imposée comme une force transformatrice qui dépasse largement l’automatisation traditionnelle. Les intervenants ont insisté sur un point essentiel : l’IA ne se limite pas à remplacer des tâches, elle redéfinit totalement des chaînes de valeur industrielles, de la logistique à la maintenance prédictive en passant par l’optimisation énergétique.
 

Un exemple frappant : l’idée selon laquelle le Maroc devrait impérativement rivaliser avec les « grands modèles linguistiques » des géants technologiques mondiaux a été relativisée. Pour des acteurs comme Mounir Sada, expert en risques géopolitiques fondant ses scénarios sur des outils d’IA, « les ressources technologiques disponibles peuvent déjà être adaptées à nos besoins locaux, sans passer par une course aux plus gros modèles mondiaux ».
 

Cette approche « locale et pragmatique » renforce l’idée que le Maroc, en misant sur des solutions ciblées plutôt que sur de l’import massif de technologies étrangères, pourrait construire une toute autre dynamique d’innovation domestique durable.


Un défi macro-économique et social -10 milliards de dollars d’ici 2030

Sur le plan macro-économique, les projections gouvernementales visent une contribution de l’intelligence artificielle de l’ordre de 10 milliards de dollars au PIB national d’ici 2030.
 

Ce chiffre certes ambitieux s’inscrit dans une stratégie plus large de transformation numérique qui comprend :
 

la formation de dizaines de milliers de talents spécialisés en IA et données ;

la création de centres de données souverains, notamment des projets à énergie renouvelable dans le Sud du pays ;

et l’intégration de solutions IA dans les administrations, la finance, les PME comme les grandes industries.
 

Ces efforts s’ajoutent à une dynamique déjà engagée dans l’économie numérique, mais posent des questions cruciales : la formation, la gouvernance des données et la capacité d’intégration des PME nationales restent des défis majeurs sur la route de cette transformation.


Entre opportunités pour les jeunes et risques structurels

Pour les jeunes diplômés ou les professionnels en reconversion, l’essor de l’IA et de l’industrie 4.0 représente une chance unique de trouver des emplois qualifiés et de participer à la construction d’un Maroc numériquement souverain. Le Président de la Fédération marocaine des technologies de l’information et de l’offshoring n’a pas manqué de rappeler l’importance de lier formation, offshoring et innovation pour structurer un écosystème viable.
 

Pourtant, des défis subsistent : des contraintes structurelles dans l’éducation, des écarts de compétences ou encore la réticence de certaines entreprises à investir pleinement dans le numérique montrent que la trajectoire n’est pas linéaire.


Une dynamique mondiale qui appelle à une coordination renforcée

Au-delà des frontières, des voix comme celle de Mehdi Snene, responsable du programme IA à l’ONU, ont comparé l’enjeu de l’IA à des défis globaux comme le climat non seulement pour ce qu’elle promet en termes de croissance, mais aussi pour les questions d’éthique, de gouvernance et de coordination internationale qu’elle soulève.
 

Cette dimension globale résonne particulièrement au Maroc, pays acteur actif dans les chaînes de valeur africaines et mondiales, où l’innovation est devenue une boussole stratégique plutôt qu’un simple slogan.

Dans un monde où l’intelligence artificielle secoue les certitudes économiques et industrielles, le Maroc n’est pas spectateur mais acteur en mouvement. Le rendez-vous de WAM Morocco à Casablanca a posé les jalons d’une réflexion essentielle : celle d’un pays engagé à la fois dans la modernisation de ses infrastructures productives et dans la construction d’un avenir numérique inclusif et durable. Reste maintenant à transformer le potentiel en réalité, à la hauteur des ambitions affichées.





Jeudi 22 Janvier 2026
Dans la même rubrique :