ICE : comment fonctionne l’agence de Trump qui défraye la chronique et agite les rues américaines ?


Rédigé par le Lundi 26 Janvier 2026

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, l’US Immigration and Customs Enforcement (ICE) est redevenue l’un des piliers centraux de la politique migratoire américaine. En 2025, l’agence fédérale mène ce que de nombreux observateurs qualifient de campagne de répression migratoire la plus intensive depuis plusieurs décennies, tant par son ampleur que par l’élargissement de ses prérogatives opérationnelles.



ICE : plongée dans la mécanique de l’agence qui pilote les déportations massives aux États-Unis

Créée en 2002, dans le sillage des attentats du 11 septembre, l’ICE était initialement conçue comme un outil de lutte contre le terrorisme, la criminalité transnationale et la fraude douanière. Vingt-trois ans plus tard, sa mission s’est profondément transformée. L’agence dispose aujourd’hui d’environ 22 000 agents, soit plus du double de ses effectifs d’avant 2025, et d’un budget annuel avoisinant les 8 milliards de dollars.
 

Une organisation puissante et segmentée

L’ICE s’articule autour de trois grandes branches. L’Office of Detention and Removal Operations (ERO) est chargé de l’arrestation, de la détention et de l’expulsion des personnes en situation irrégulière. C’est cette division qui concentre l’essentiel des opérations sur le territoire américain. Le Homeland Security Investigations (HSI) mène, de son côté, des enquêtes sur les réseaux criminels transnationaux, incluant le trafic de drogue, la traite humaine, la cybercriminalité ou encore le blanchiment d’argent. Enfin, l’Office of the Principal Legal Advisor (OPLA) représente l’agence devant les tribunaux de l’immigration.
 

En théorie, cette architecture vise à protéger la sécurité nationale. En pratique, depuis janvier 2025, l’action de l’ICE est désormais orientée prioritairement vers la traque systématique des personnes sans statut migratoire légal, indépendamment de tout lien avec la criminalité organisée.


Des pouvoirs étendus et contestés

L’un des tournants majeurs réside dans l’adoption d’un mémorandum autorisant les agents à pénétrer dans des domiciles privés sans mandat judiciaire. Cette mesure rompt avec une pratique antérieure reposant sur des mandats administratifs, juridiquement insuffisants pour forcer l’entrée dans un logement. Les défenseurs des droits civiques y voient une atteinte directe au quatrième amendement de la Constitution américaine, qui protège contre les perquisitions arbitraires.
 

Sur le terrain, l’ERO s’appuie sur des bases de données biométriques et sur le programme 287(g), qui permet aux forces de police locales d’exercer des compétences fédérales en matière d’immigration. Ce dispositif autorise l’interpellation de personnes sur la seule base de leur statut migratoire, sans infraction pénale associée.
 

Une montée en intensité des opérations

Les opérations de l’ICE suivent désormais un schéma récurrent observé dans plusieurs grandes villes : raids ciblés, arrestations dans des quartiers résidentiels, transferts vers des centres de détention, puis expulsions rapides. Selon les chiffres officiels, 605 000 expulsions ont été enregistrées en 2025, auxquelles s’ajoutent environ 65 000 personnes placées en détention administrative. Par ailleurs, près de 1,9 million de migrants auraient quitté le territoire par “auto-expulsion”, sous la pression des contrôles et des menaces.
 

Cette intensification s’est accompagnée d’une augmentation du recours à la force, avec plusieurs incidents mortels ayant suscité une vive émotion. Des fusillades impliquant des agents de l’ICE ont été recensées, dont certaines ont coûté la vie à des citoyens américains, alimentant un débat national sur l’usage disproportionné de la force.


Une société civile en réaction

Face à cette politique, une mobilisation citoyenne diffuse mais persistante s’est organisée. Des collectifs informels, appelés “ICE spotters”, documentent les arrestations, alertent les quartiers concernés et tentent de ralentir les opérations par des moyens non violents. Dans plusieurs États, des manifestations de grande ampleur ont conduit au déploiement de la Garde nationale, parfois contesté devant les tribunaux.
 

Pendant ce temps, l’ICE continue de se présenter officiellement comme un rempart contre les menaces sécuritaires, alors que sur le terrain, ses actions sont de plus en plus perçues comme un instrument de contrôle social, au cœur d’une polarisation politique et juridique profonde.
 

La question reste désormais ouverte : jusqu’où cette extension des pouvoirs de l’ICE peut-elle aller sans redéfinir les équilibres fondamentaux entre sécurité, droits civiques et État de droit aux États-Unis ?





Journaliste et étudiant malien en stage, passionné par la géopolitique, l'histoire et le sport.… En savoir plus sur cet auteur
Lundi 26 Janvier 2026
Dans la même rubrique :