On dénombre aujourd’hui plus de conflits interétatiques actifs qu’à aucun autre moment depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Les dépenses militaires mondiales ont augmenté pour la dixième année consécutive.
Bien que le nombre total de décès liés aux conflits ait diminué par rapport au pic enregistré en 2023, l’année écoulée a tout de même enregistré le deuxième plus grand nombre de morts liées aux conflits depuis la création de l’Indice, il y a près de vingt ans.
La guerre civile au Soudan, le conflit prolongé en Ukraine et la brève mais lourde de conséquences guerre des Douze Jours entre Israël, les États-Unis et l’Iran ont rendu la situation internationale plus fragile et plus militarisée que jamais.
La 20ème édition de l’Indice mondial de la paix (GPI) classe 163 États et territoires indépendants selon leur niveau de paix, représentant 99,7% de la population mondiale. Élaboré par l’Institut pour l’économie et la paix (IEP), le GPI constitue la principale mesure de la paix dans le monde.
Ce rapport présente, sur la base de 23 indicateurs qualitatifs, l’analyse la plus complète et la plus étayée par les données à ce jour des tendances en matière de paix, de sa valeur économique et des moyens de bâtir des sociétés pacifiques.
Les résultats de cette année montrent que le niveau moyen de paix dans le monde s’est détérioré de 0,7% au cours de l’année écoulée. Il s’agit de la douzième année consécutive de recul de la paix mondiale et de la quinzième en dix-huit ans. Sur les 163 pays inclus dans l’Indice, 99 ont connu une détérioration de leur niveau de paix et 62 une amélioration. On compte désormais 119 pays moins pacifiques qu’en 2008.
L’Islande demeure le pays le plus pacifique au monde pour la dix-neuvième année consécutive, suivie de la Nouvelle-Zélande, de la Suisse, de la Slovénie et de l’Irlande.
La Russie reste le pays le moins pacifique, tandis que le Soudan, la République démocratique du Congo, l’Ukraine et Israël complètent ce classement.
L’Europe occidentale et centrale demeure la région la plus pacifique, tandis que le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord restent les moins pacifiques.
L’Europe orientale et l’Asie centrale constituent la seule des huit régions couvertes par le GPI à avoir enregistré une amélioration moyenne au cours de l’année écoulée, alors que l’Asie du Sud a connu la plus forte détérioration régionale, en raison notamment de la baisse du niveau de paix au Népal et au Pakistan.
La Pologne a enregistré la plus forte progression au niveau national, son score global s’améliorant de 9,1 %, ce qui lui permet de gagner 23 places et de se hisser au 22ème rang mondial, grâce notamment à une amélioration de 17,5% de l’indicateur relatif aux conflits en cours.
Le Gabon, le Lesotho, l’Ukraine et la Turquie figurent également parmi les pays ayant enregistré les progrès les plus importants, cette dernière évolution reflétant la poursuite du processus de paix entre le gouvernement turc et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). À l’inverse, le Népal a connu la plus forte détérioration, son score global reculant de 9,01%.
Les conflits intraétatiques internationalisés sont de plus en plus fréquents, leur nombre ayant augmenté de plus de 175% depuis 2010.
Le nombre de décès liés aux conflits internes a, quant à lui, plus que sextuplé durant cette période, passant d’environ 29.000 en 2008 à plus de 181.000 l’année dernière, avec un pic dépassant les 309.000 en 2023.
Le nombre de pays enregistrant au moins 1.000 décès liés à un conflit au cours d’une même année est passé de huit en 2008 à vingt l’année dernière.
La montée des conflits s’inscrit dans une transformation structurelle plus large du système international, qualifiée de «Grande Fragmentation», amorcée à la fin des années 2000.
«Le recours croissant à l’IA dans les conflits armés suscite des inquiétudes quant à l’érosion du contrôle humain dans la prise de décisions létales.»
Le nombre de puissances moyennes a presque doublé depuis 1991, passant de neuf à seize, tandis que celui des puissances émergentes a triplé. La capacité matérielle cumulée des puissances moyennes dépasse désormais celle des grandes puissances.
Dans le même temps, la part du PIB mondial détenue par les principales puissances européennes a fortement diminué: celle de l’Allemagne est passée de 8,5% à 4,3%, celle de la France de 5,2% à 2,9% et celle de l’Italie de 3,8% à 2,2%.
Les États-Unis ont vu leur score se détériorer de 4%, principalement en raison d’une instabilité politique accrue, en hausse de 38,5%. Les manifestations violentes y ont également fortement augmenté. Le pays occupe désormais la 134ème place de l’Indice mondial de la paix.
Sur les 23 indicateurs du GPI, 14 se sont détériorés, huit se sont améliorés et un est resté stable. L’indicateur des décès liés aux conflits internes a enregistré sa plus forte dégradation annuelle depuis la création de l’Indice, avec une hausse de 6,5%.
L’édition de cette année ne reflète toutefois que partiellement l’impact de la guerre contre l’Iran en 2026, de nombreux indicateurs relatifs aux conflits s’arrêtant à la fin de l’année 2025.
L’indicateur des relations avec les pays voisins a enregistré la deuxième plus forte détérioration, tandis que les dépenses militaires, exprimées en pourcentage du PIB, se sont dégradées pour la troisième année consécutive, 97 pays ayant augmenté leurs dépenses de défense.
Le monde est devenu moins pacifique au cours des dix-huit dernières années. Sur les 163 pays inclus dans le GPI, 119 ont connu une détérioration et 42 une amélioration. Sur les 23 indicateurs analysés, 17 se sont détériorés et six se sont améliorés.
Le domaine des conflits en cours s’est dégradé de 18,5% et celui de la sécurité de 3,2%. Si le domaine de la militarisation s’est amélioré de 1,3% en moyenne sur la période, cette tendance s’est toutefois fortement inversée depuis 2022, la hausse récente étant principalement concentrée en Europe occidentale et centrale.
Les détériorations les plus marquées à long terme concernent les manifestations violentes, les conflits extérieurs et les conflits intérieurs, dont les indicateurs se sont dégradés respectivement de 68,3%, 63,5% et 44,7% depuis 2008.
Le nombre de réfugiés et de personnes déplacées internes demeure élevé, avec 117 millions de personnes déplacées de force dans le monde en 2025, soit une personne sur 67.
L’écart entre les pays les plus pacifiques et les moins pacifiques s’est également creusé: la situation des 25 pays les moins pacifiques s’est détériorée de 18,9% en moyenne depuis 2008, tandis que celle des 25 pays les plus pacifiques ne s’est dégradée que de 0,3%.
L’Indice mondial de la paix 2026 examine également la manière dont l’intelligence artificielle redéfinit la guerre et la consolidation de la paix. Le nombre d’attaques de drones recensées a été multiplié par 115 entre 2018 et 2025, 565 groupes armés distincts ayant mené au moins une attaque de drone durant cette période. Le recours croissant à l’IA dans les conflits armés suscite des inquiétudes quant à l’érosion du contrôle humain dans la prise de décisions létales.
On dénombre huit foyers de conflits distincts à travers le monde, et presque tous les pays en guerre appartiennent à l’un d’eux.
La Corne de l’Afrique constitue l’exemple le plus frappant de foyer de conflits régional: les neuf mécanismes de conflit identifiés y opèrent simultanément, au Soudan, en Éthiopie, en Érythrée, en Somalie et au Soudan du Sud, alimentés par les flux de réfugiés, les réseaux de contrebande d’or, les guerres par procuration et la concurrence pour l’accès aux ports de la mer Rouge.
L’impact économique de la violence sur l’économie mondiale s’élevait en 2025 à 21.800 milliards de dollars en parité de pouvoir d’achat (PPA), soit 10,5% du PIB mondial, ou l’équivalent de 2.657 dollars par habitant.
Sans un investissement délibéré dans les attitudes, les institutions et les structures de la paix positive, la trajectoire de la paix mondiale au cours de la prochaine décennie risque de continuer à se dégrader.