Industrie et BTP : une économie qui résiste sans accélérer


Rédigé par La rédaction le Samedi 6 Juin 2026



À quelques mois des élections, la conjoncture productive marocaine révèle une activité solide mais encore loin du changement de rythme attendu

À l’approche de la dernière ligne droite du mandat gouvernemental, l’économie productive marocaine affiche une forme de résilience. Les dernières enquêtes de conjoncture du Haut-Commissariat au Plan (HCP) montrent une industrie qui se maintient, un secteur de la construction qui progresse et une activité énergétique qui reste dynamique. Mais derrière cette stabilité apparente se cachent des fragilités persistantes : difficultés d’approvisionnement, tensions de trésorerie et ralentissement de certaines activités stratégiques.

Le premier constat est celui d’une industrie manufacturière qui tient le cap sans véritablement accélérer. Au premier trimestre 2026, la production industrielle est restée globalement stable. Certaines branches ont enregistré des performances positives, notamment l’industrie chimique, la fabrication d’équipements électriques et l’industrie de l’habillement. D’autres, en revanche, ont marqué le pas, à commencer par l’industrie automobile, la fabrication de produits en caoutchouc et plastique ainsi que la métallurgie hors équipements.

Cette stabilité traduit une réalité économique particulière. Malgré les investissements publics engagés, les grands projets d’infrastructures liés à la Coupe du monde 2030 et les programmes de reconstruction et de développement territorial, le tissu industriel marocain ne semble pas encore avoir trouvé un nouveau moteur de croissance.

Le taux d’utilisation des capacités de production dans l’industrie manufacturière s’est établi à 74 %. Ce niveau demeure satisfaisant et confirme que les entreprises continuent de produire dans des conditions relativement normales. Toutefois, il révèle également que le potentiel industriel disponible n’est pas pleinement exploité.

L’un des principaux freins reste l’approvisionnement. Selon le HCP, 43 % des entreprises industrielles ont rencontré des difficultés pour obtenir leurs matières premières, principalement celles provenant de l’étranger. Cette dépendance aux chaînes d’approvisionnement internationales continue d’exposer l’industrie marocaine aux aléas géopolitiques, logistiques et commerciaux mondiaux.

À ces contraintes s’ajoutent des tensions financières. Une entreprise industrielle sur cinq juge sa trésorerie difficile. Dans le secteur du textile et du cuir, cette proportion atteint près de 30 %. Ces chiffres rappellent que derrière les indicateurs de production se cache une réalité plus complexe : celle d’entreprises qui doivent faire face à la hausse des coûts, aux délais de paiement et aux besoins croissants de financement.

Le deuxième enseignement concerne l’industrie extractive. Le recul observé de la production de phosphates a pesé sur l’activité du secteur. Les prix de vente ont également diminué. Cette évolution constitue un signal important pour l’économie nationale, compte tenu du poids stratégique du phosphate dans les exportations marocaines et dans l’équilibre de certaines recettes extérieures.

À l’inverse, le secteur énergétique continue de jouer un rôle stabilisateur. La production a progressé grâce à l’augmentation de l’activité dans la production et la distribution d’électricité, de gaz et de vapeur. Cette dynamique confirme la montée en puissance des investissements énergétiques engagés ces dernières années. Néanmoins, cette progression ne s’est pas accompagnée d’une amélioration de l’emploi, qui a au contraire reculé dans le secteur.

La bonne surprise provient du bâtiment et des travaux publics. La construction a enregistré une hausse de son activité au premier trimestre 2026, portée par la construction de bâtiments et les travaux spécialisés. Le taux d’utilisation des capacités de production atteint 72 %, tandis que l’emploi progresse également.

Cette embellie confirme l’effet positif des programmes d’investissement publics, des projets liés aux infrastructures sportives et des différents chantiers immobiliers en cours dans plusieurs régions du Royaume.

Mais là aussi, les fragilités demeurent. Près de 23 % des entreprises du secteur déclarent rencontrer des difficultés d’approvisionnement en matériaux et 30 % considèrent leur situation de trésorerie comme difficile.

Au final, le tableau dressé par le HCP ressemble à celui d’une économie qui résiste davantage qu’elle ne se transforme. À quelques mois des élections législatives, le Maroc présente des indicateurs de stabilité appréciables dans l’industrie et la construction. Cependant, l’accélération économique attendue n’est pas encore au rendez-vous.

Pour le prochain gouvernement, l’enjeu ne sera donc pas seulement de préserver cette résilience. Il devra surtout créer les conditions d’un nouveau cycle de croissance capable de renforcer la compétitivité industrielle, réduire les dépendances extérieures et transformer les grands investissements publics en gains durables pour l’emploi et la création de valeur.




Samedi 6 Juin 2026
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