Une inflation modérée… mais pas uniforme
Ce que révèle surtout cette photographie du HCP, c’est la diversité des trajectoires derrière la moyenne nationale. Car les produits non alimentaires, en particulier, racontent une histoire contrastée : les variations vont d’une baisse de 2,6% pour le poste « Transport » à une hausse de 3,3% pour « Restaurants et hôtels ».
Et là, on touche à une réalité très marocaine : ce sont souvent les dépenses de services sorties, restauration, hébergement qui donnent l’impression que « tout augmente », même lorsque l’inflation globale paraît maîtrisée. Pour beaucoup de foyers urbains, ces postes ne sont plus un luxe exceptionnel, mais une composante de la vie sociale et familiale, parfois même professionnelle.
À l’inverse, le recul du « Transport » sur l’année est une donnée intéressante. Il peut s’expliquer par des ajustements sur les coûts liés à l’énergie et aux carburants, mais aussi par des dynamiques de marché plus larges. Ce n’est pas forcément un soulagement total, mais c’est un frein réel à l’accélération générale des prix.
L’inflation sous-jacente confirme la tendance
Autre indicateur clé, souvent moins commenté mais très surveillé : l’inflation sous-jacente. Elle exclut les produits à prix volatils et ceux à tarifs publics, pour mieux capturer la tendance « de fond ». En 2025, elle aurait augmenté de 0,8%, au même rythme que l’IPC annuel moyen.
C’est un signal important. Il signifie que la hausse des prix ne se limite pas à des fluctuations saisonnières ou à quelques produits qui font le yo-yo. Elle traduit aussi une évolution plus structurelle, même si elle reste modérée.
En clair : l’inflation ne crie pas, mais elle murmure en continu.
Des villes plus touchées que d’autres
L’autre enseignement marquant concerne les écarts géographiques. En 2025, les hausses annuelles les plus fortes de l’IPC ont été enregistrées à Fès (+1,7%), suivie de Kénitra (+1,3%), Guelmim (+1,2%), Settat (+1,1%) et Tétouan (+1%).
Derrière, on retrouve Rabat et Errachidia (+0,9%), puis Agadir et Tanger (+0,8%), Casablanca (+0,7%), Meknès, Dakhla et Al Hoceima (+0,5%), Béni Mellal (+0,4%) et enfin Marrakech (+0,2%).
Ces écarts ne sont pas anecdotiques. Ils rappellent que l’inflation n’est pas seulement une statistique nationale : c’est aussi une expérience locale. Selon la ville, la structure de consommation, l’offre disponible, la pression sur les loyers, le niveau de services ou même la logistique, le ressenti peut varier fortement.
Et au passage, cela interroge : pourquoi certaines villes encaissent davantage la hausse ? Quels mécanismes locaux amplifient la tension sur les prix ? C’est une question économique, mais aussi sociale.
Décembre 2025 : une petite respiration sur les prix
Le HCP indique également qu’en décembre 2025, l’IPC a connu une baisse de 0,1% par rapport à novembre. Une variation qui s’explique par un recul de 0,3% de l’indice des produits alimentaires, alors que l’indice des produits non alimentaires a stagné.
Dans le détail, plusieurs baisses alimentaires ont été observées entre novembre et décembre :
Huiles et graisses : -3,9%
Fruits : -2,8%
Viandes : -1,2%
Mais tout n’a pas baissé. Certains produits ont au contraire augmenté :
Poissons et fruits de mer : +3,3%
Légumes : +2,8%
Lait, fromage et œufs : +0,6%
Café, thé et cacao : +0,4%
Sur le non alimentaire, la baisse a concerné principalement les carburants (-0,5%), un poste sensible qui pèse directement sur les budgets, surtout pour les actifs dépendants de la voiture ou des déplacements fréquents.
Dans ces conditions, l’inflation sous-jacente aurait diminué de 0,2% en décembre 2025 par rapport au mois précédent. Une donnée qui peut être interprétée comme un ralentissement ponctuel des tensions.
Une inflation « maîtrisée », mais un pouvoir d’achat toujours exposé
Au final, oui, 0,8% peut sembler faible. Mais pour un ménage, l’inflation n’est jamais vécue comme une moyenne : elle se ressent sur les produits qu’on achète souvent, ceux qu’on ne peut pas éviter, ceux qui reviennent chaque semaine.
Et c’est là que l’analyse devient plus critique : une inflation modérée n’efface pas les fragilités. Elle s’ajoute à d’autres pressions, comme le coût du logement, la charge de transport quotidienne, ou la hausse des dépenses liées aux services.
La bonne nouvelle, c’est que le Maroc semble avoir évité une spirale inflationniste incontrôlée en 2025. La vigilance, elle, reste indispensable. Parce que dans l’économie réelle, la stabilité n’est pas seulement un chiffre : c’est une capacité à tenir, mois après mois, sans renoncer à l’essentiel.
2025 aura donc été une année de hausse mesurée des prix, mais pas une année neutre. Le signal du HCP est clair : l’inflation ralentit, mais elle n’a pas dit son dernier mot. Et pour les ménages marocains, la bataille du pouvoir d’achat se joue souvent dans les détails… ceux qui remplissent le panier.