La météo s’impose, une fois de plus, comme un acteur à part entière du commerce maritime dans le détroit de Gibraltar. À Algésiras, l’Autorité portuaire de la baie maintient les restrictions d’accès au port pour les camions à destination de Tanger Med. Une mesure contraignante pour les transporteurs routiers, mais jugée nécessaire pour préserver la sécurité et la fluidité minimale des opérations. Dans le même temps, l’accès aux terminaux à conteneurs reste autorisé, évitant une paralysie complète de l’activité.
À Tarifa, la situation est plus radicale. Le port espagnol a de nouveau suspendu, ce lundi, ses connexions maritimes avec Tanger en raison de la dégradation persistante des conditions météorologiques dans le détroit. Vents forts, houle et visibilité réduite compliquent la navigation dans cette zone déjà réputée exigeante. Les autorités portuaires évoquent une décision dictée par la prudence, alors que les prévisions restent instables.
Malgré ces perturbations, le trafic n’est pas totalement interrompu. Les liaisons par ferry entre Algésiras et le nord de l’Afrique demeurent opérationnelles à ce stade, selon les autorités portuaires. Les traversées s’effectuent toutefois dans des conditions difficiles, nécessitant des ajustements constants des horaires et une coordination renforcée entre les différents intervenants. Sur le terrain, cette situation se traduit par des files d’attente, des délais rallongés et une pression accrue sur les équipes portuaires.
Le président de l’Autorité portuaire de la baie d’Algésiras, Gerardo Landaluce, a qualifié cet épisode de « circonstances absolument exceptionnelles ». Une formule forte, qui reflète le caractère inhabituel de la durée et de l’intensité des perturbations météorologiques actuelles. Dans un détroit habitué aux aléas climatiques, la répétition de ces épisodes commence à peser sur l’organisation logistique et sur la planification des flux commerciaux.
Les données disponibles illustrent l’ampleur de l’enjeu. Entre la reprise partielle du trafic maritime jeudi dernier et dimanche, près de 3.000 camions ont pu embarquer à destination de Tanger, tandis qu’un volume similaire a été enregistré dans le sens inverse. Par ailleurs, environ 2.000 unités ont accédé aux terminaux à conteneurs durant cette période. Des chiffres qui montrent que, malgré les contraintes, la chaîne logistique continue de fonctionner, au prix d’une gestion fine et parfois sous tension.
Face à cette situation, les responsables portuaires insistent sur l’importance de la coordination entre autorités, opérateurs maritimes et acteurs du transport routier. Cette coopération permet d’absorber une partie du choc, mais elle révèle aussi les limites du système en cas de perturbations prolongées. En filigrane, la question de solutions logistiques complémentaires est désormais posée, afin de mieux faire face à ce type d’événements à l’avenir.
Pour le Maroc, et particulièrement pour Tanger Med, hub stratégique des échanges avec l’Europe, ces épisodes rappellent une réalité incontournable : la dépendance aux conditions du détroit de Gibraltar exige une adaptation permanente. Entre résilience logistique et anticipation climatique, l’enjeu dépasse l’actualité immédiate et s’inscrit dans une réflexion de long terme sur la sécurisation des échanges économiques entre les deux rives.