Interrogations géopolitiques sur un éventuel retour de Trump à la Maison blanche


Rédigé par le Mercredi 17 Janvier 2024

Alors que la moitié de la population mondiale est appelée, cette année, à voter dans différentes élections, un éventuel retour aux affaires de l’ex-président des Etats-Unis, Donald Trump, suscite bien des interrogations sur ses impacts géopolitiques.



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2024 est, à l’échelle internationale, une année électorale par excellence. 4,1 milliards de personnes, soit la moitié de la population mondiale, en âge de voter, devront se rendre aux urnes, dans 68 pays, pour désigner soit un chef d’Etat, soit des représentants au parlement, soit des élus locaux.

Les médias occidentaux, comme à leur habitude, se sont déjà mis à étiqueter lesdites élections de véritablement démocratiques ou pas, selon que le régime du pays en question a leur faveur ou, au contraire, leur déplaît.

A un moment ou un autre, ces médias vont finir par admettre que la plupart des peuples des pays du Sud global se moque royalement de leur avis. 

D’autant plus que les élites politiques des pays occidentaux suscitent de moins en moins de considération de leurs propres peuples, avec des taux d’abstentionnisme aux scrutins électoraux si élevés que le caractère démocratique de leurs systèmes politiques devient de plus en plus douteux.

Dangereux clivage aux Etats-Unis

Nul besoin de rappeler que les résultats des élections présidentielles du début novembre 2020 aux Etats-Unis, qui ont porté Joe Biden à la Maison blanche, ont été contestés par les partisans du président sortant, Donald Trump, dont la popularité auprès d’une large frange de la population américaine n’a pas diminué. 

Malgré de multiples poursuites judiciaires, Trump se présente à nouveau aux présidentielles du 5 novembre 2024, et a remporté, le 15 janvier, les primaires du parti républicain dans l’Etat de l’Iowa.

Que penser, dans un pareil contexte, des décisions des Etats du Colorado et du Maine, qui ont jugé Trump inéligible à la candidature aux élections présidentielles ?  

Le sénateur du Texas, Ted Cruz, a estimé que « les démocrates aiment tellement la « démocratie » qu'ils sont prêts à tout faire pour empêcher les électeurs de voter contre leur opposant ».

Toujours est-il que nombre d’observateurs de la scène politique américaine se demandent si les Etats-Unis ne se dirigent pas vers une guerre civile. 

Le clivage entre les partisans de Trump et ceux du parti démocrate est tel que, quel que soit le résultat du suffrage présidentiel de novembre prochain, le camp des perdants ne va pas manquer de le contester.

Malaise en Europe

En Europe occidentale, ou les dirigeants politiques sont non seulement aussi « woke » que le parti démocrate américain, mais d’une telle servilité envers les Etats-Unis qu’ils craignent comme la peste un retour de Trump à la présidence. Si c’est le cas, ils ne sauront plus sur quel pied danser.

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, qui a doit lui-même requérir le suffrage de ses compatriotes, le 31 mars prochain (si les présidentielles sont effectivement tenues dans ce pays en guerre contre la Russie), doit avoir des sueurs froides à l’idée d’un éventuel retour de Trump à la Maison blanche.

Dans pareille perspective, Zelensky peut dire adieu au soutien militaire et financier de Washington, qui se fait, d'ailleurs, déjà de plus en plus maigre. Les élus républicains au Congrès sont, en effet, très réticents à l’idée de continuer à miser sur une Ukraine qui a, manifestement, perdu la guerre face à la Russie. 

Evidemment, à Moscou, les sentiments sont très différents envers Trump. Le président Vladimir Poutine, qui se présente également, à la mi-mars, pour un nouveau mandat, le cinquième depuis la modification de la constitution, en 2020, s’il est venu à être reconduit, sait pouvoir négocier avec un Trump de retour aux affaires.

Incertitudes en Asie

C’est plutôt à Pékin qu’une telle perspective ne suscite pas grand enthousiasme. Les dirigeants chinois savent que les républicains ne les portent pas du tout dans leurs cœurs et s’inquiètent d’une éventuelle guerre avec les Etats-Unis à propos du Taïwan. Ils s’y préparent, d’ores et déjà, très sérieusement.

Les risques d’un conflit armé en Mer de Chine sont réels, d’autant plus que Taïwan vient de porter, le 13 janvier, à la présidence Lai Ching‑te (William Lai pour les anglophones), dont l’hostilité envers le régime de Pékin n’est pas un secret.

La grande inconnue, c’est la position de l’Inde envers une éventuelle nouvelle présidence de Trump, dont le premier ministre Narendra Modi a de forte chance de voir sa formation politique ultra-nationaliste, le Bharatiya Janata Party, remporter les élections législatives, prévues entre les mois d’avril et de mai de cette année.

Jusqu’à présent, Delhi s’est montrée franchement alignée sur les positions de Washington concernant la sécurité dans le Sud-est asiatique, ou plus crûment l’ambition américaine d’endiguement de la Chine, mais commence à présenter quelques signes de vouloir, quelque peu, s’en détacher.

Ainsi, malgré l’islamophobie affichée du gouvernement de l’Inde, point commun avec celui d’Israël, que Delhi a d’abord ouvertement soutenu après l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, une remise en question de cette politique semble engagée.

A en croire l’ancien diplomate indien et actuel analyste géopolitique M.K. Bhadrakumar : « d’un atout stratégique, la connexion israélienne est en train de devenir un handicap pour le gouvernement indien. Delhi (…) a repris sa position traditionnelle consistant à voter contre Israël dans les résolutions de l’Assemblée générale des Nations unies sur le problème palestinien ».

« Netanyahou décevant et Gallant crétin »

Donald Trump, qui avait réussi à convaincre plusieurs Etats arabes de conclure les Accords d’Abrahams avec Israël, parviendra-t-il à faire fléchir, à nouveau, le gouvernement de Modi en faveur de celui de Netanyahou ? 

C’est, cependant, loin d’être certain, vu que Trump a tenu des propos peu amènes envers le premier ministre israélien et son ministre de la défense. « Netanyahou est décevant et Gallant est un crétin » a déclaré, à la mi-octobre 2023, l’ancien président américain et actuel candidat à un nouveau mandat à la tête des Etats-Unis.

Il ne faut aucun doute que quelque soit l'occupant du bureau ovale à la Maison blanche, en janvier 2025, le soutien à Israël est une constante de la politique étrangère des Etats-Unis.

Toutefois, le mépris et le rejet grandissants du lobby juif américain envers Netanyahou et son gouvernement d'extrême droite, ainsi que le dégoût naturel de Trump envers les investissements à fonds perdus peuvent exercer une influence non-négligeable sur la scène politique israélienne, dans le sens d'un apaisement des esprits au Moyen-Orient. 
 
Réputé pour son pragmatisme et son sens de la négociation, Donald Trump, qui n’a engagé l’armée américaine dans aucun conflit au cours de sa présidence, pourrait bien, s’il venait à être porté encore une fois à la Maison blanche, se présenter sur la scène mondiale comme un faiseur de paix.




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Mercredi 17 Janvier 2024
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